Sami Frey en osmose avec Beckett

Sami Frey en osmose avec Beckett
Premier amour de Samuel Beckett photo Hélène Bamberger-Opale

Sami Frey en osmose avec Beckett

Un homme est seul sur un banc et se remémore son histoire. Il y a cette chose qui lui est arrivée. L’amour. À moins que ce ne soit l’humour. Les deux, peut-être. Il y a surtout ce voyage intérieur dans les petites choses de la vie et cette expérience vertigineuse d’être là, tout simplement. Pour nous parler du sens de la vie, ou plutôt de son non sens.

Une traversée donc inscrite dans le concret de l’existence à la fois drôle et féroce, sarcastique et lucide, portée par la dérision beckettienne (jubilatoire) et si propre à la pensée de l’auteur. Car ce texte de jeunesse (1946) préfigure déjà l’humour ravageur et le questionnement existentiel de Samuel Beckett (1906-1989) qui caractériseront toute son œuvre, notamment théâtrale.

L’Etre et le Non-être

A mi-chemin entre l’Etre et le Non-être, entre l’ici et l’ailleurs, entre le silence et la parole, entre le dérisoire et la tendresse, Beckett affronte ici son incertitude d’aimer où vacille la lueur de l’Etre et nous livre, avec une sincérité déroutante, les interrogations et ressentis de sa rencontre avec Anne-Lulu.

Un premier amour qui, pour l’auteur, devient vision de l’amour en général, sujet récurrent de ses écrits où fait figure comme unité de base le couple ou la paire, entre dominant et dominé, bourreau et victime.

Avec sans cesse cet autre qui dérange, qui fracture l’enfermement solitaire, cet autre qui, ici sous les traits de la prostituée, de la femme puis de la mère prend “cet affreux nom d’amour“.

On reconnaît bien là Beckett et son sarcasme, de même que son éloge du rien, sorte de volonté d’éliminer tout désir pour voir ce qui peut bien émerger du vide et d’une existence réduite à sa dimension la plus élémentaire et la plus absurde.

Un corps à corps avec les mots et leurs errements

Nul besoin de se raconter des histoires, de s’accrocher à une quelconque représentation romantique de la relation amoureuse. Le récit nous livre d’abord un processus d’abandon, puis de rencontre, et enfin de perte où à travers cette introspection d’un anti-héros face à sa condition d’homme, Il y a avec la langue une expérience charnelle, un corps à corps avec les mots et leurs errements qui traduisent en filigrane l’inanité d’être.

La mise en scène sobre et très épurée de Sami Frey restitue pleinement l’écriture composite du dramaturge, au plus près de l’expérience humaine et de son incertitude, à l’abri d’un espace indéfini comme souvent chez le dramaturge, suspendu au doute continuel du personnage et de ses éternelles questions qui se veulent sans réponse.

D’une simplicité et d’une humanité palpables, Sami Frey habite à merveille les pérégrinations du personnage et ses déboires qui explorent sans relâche le dérisoire d’une existence. Bravo !

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Dates : du 29 janvier au 03 mars 2019 l Lieu : Théâtre l’Atelier    (Paris)
Metteur en scène : Sami Frey l Avec : Sami Frey

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu de l'acteur
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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