Avec Singing Saw, Kevin Morby étend sa pop dylanesque

Kevin MorbyAvec Singing Saw, Kevin Morby étend sa pop dylanesque

Le vendredi 15 avril dernier est sorti Singing Saw, troisième album de l’artiste folk et indie rock Kevin Morby. Nous vous proposions dernièrement l’écoute du premier single de cet album. Une très belle session enregistrée par Morby à Paris il y a peu pour la Blogothèque et Arte Concert, dans laquelle il dévoila certains de ses nouveaux titres, alimentait plus encore notre soif d’en écouter davantage. Nous vous proposons de l’écouter à la fin de cet article.

Morby s’est construit en tant que musicien à New-York, débarqué de Kansas City à l’âge de 17 ans. C’est dans la « grosse pomme » et sur les scènes de Brooklyn qu’il se forge en tant que musicien, d’abord en tant que bassiste du groupe à succès Woods (dont le nouvel album City Sun Eater in the River of Light est d’ailleurs sorti il y a une grosse semaine) puis en tant que co-créateur de The Babies.

Il lance sa carrière solo avec Harlem River en 2013, dont le titre éponyme rendait un bel hommage planant et lunaire à sa ville d’accueil (clip ci-dessous), puis Still Life, un an plus tard, dans une veine plus pop, faisant de lui un artiste sur lequel la scène folk doit désormais compter.

Singing Saw, enregistré dans les alentours de Los Angeles, possède quelque chose de plus perforant et mature que ses deux prédécesseurs. Morby a été captivé enfant par les plus grands songwriters tels que Bob Dylan ou Leonard Cohen et par leur faculté, reconnue de tous, à nous rapporter des histoires. Sur cet album, il nous en raconte des bien glauques. On commence avec Cut Me Down et la description d’un meurtre. On enchaine avec I Have Been to the Mountain et la tragique histoire malheureusement vraie d’Eric Garner. Singing Saw (« scie musicale » en français) semble être le nom parfait pour décrire l’atmosphère de ce troisième album. Cet outil a le tranchant d’une arme blanche mais sait produire une musique douce et sereine pour qui sait en jouer.

Morby n’a que 27 ans mais nous chante des aventures qui nous font mûrir. « J’ai eu une enfance sans problème au sein d’un milieu de classe moyenne et je n’ai jamais eu à me soucier de rien » confie-t-il au magazine britannique NME début avril, « mais mes parents ne sont venus de rien, de familles désunies, et leurs histoires ont toujours été très intéressantes. C’est presque comme si leurs histoires sonnaient comme des romans dans le sens où elles sont vraiment très loin de la manière dont j’ai grandi. » Morby s’est nourri des récits environnants pour se mettre à nous raconter les siens.

Une orchestration plus profonde, accordant la part belle aux cuivres et à de belles lignes de piano et de cordes, comme sur le très pop Destroyer, donne souvent un souffle neuf à ses compositions, comme à son habitude, très réussies.

Les chansons de Morby s’inscrivent dans un registre connu (on ne peut s’empêcher de penser à Dylan) mais elles empestent bon la folk, ce qui est la chose essentielle. Et sa musique est loin de sonner comme du réchauffé. Bien au contraire. Quand le feu brûle, on ne se demande plus de quelle manière on l’a allumé.

Singing Saw (Dead Oceans) troisième album de Kevin Morby, paru le 15 avril 2016. En concert le vendredi 6 mai à La Maroquinerie (Paris)

Note
Originalité
Cohérence
Plaisir d'écoute
Simon Doudard
21 ans. Etudiant en sciences politiques. Curieux et avide de tous les arts, mais surtout de musique (chanson française, pop, rock, indé, jazz, hip-hop)

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