Sortie en vidéo pour Les oiseaux de passage, fresque hypnotique et virtuose.

Rapayet & Zaida, duo Wayuu charismatique, unis pour le meilleur et pour le pire.

Il est des films qui n’ont besoin que de quelques minutes d’image, de son, de musique pour imprimer durablement notre subconscient. Le nouveau long métrage de Ciro Guerra, au nom équivoque, Les oiseaux de passage, est de ceux-ci. Rejoint à la réalisation par sa productrice, Cristina Gallego, le duo nous invite d’emblée au rite d’initiation pour l’entrée dans la vie de femme dans la communauté amérindienne Wayuu. Nous sommes dans les années 60, au milieu d’une terre aride, calcaire, déserte, à l’exception de ce regroupement d’hommes et de femmes venus célébrer le passage à l’âge adulte d’une des siennes. Seuls face à l’immensité. Vêtue d’un immense foulard rouge intense amarré sur la tête, qui contraste avec la sobriété solaire du reste, Zaida s’impose sur notre rétine, et plus particulièrement sur celle de Rapayet, homme au cœur profondément bon, mais à la poche insuffisamment pleine. Pas de danse endiablés au rythme d’une musique aussi épique que transcendantale, l’amour a tracé son chemin, se calquant sur leurs déhanchés enflammés. Il guidera les pas de Rapayet dans tout ce qu’il entreprendra plus tard pour sa douce.

Densité, chamanisme et Roi Dollar.

Derrière cette apparente simplicité d’histoire se cache un intense fourmillement narratif. L’ascension sociale sans précédent d’un homme du désert grâce au Roi Dollar des gringos, le tout à travers le balbutiement du trafic de marijuana en Colombie. Le us et coutumes de la communauté Wayuu, ses rites chamaniques, à la fois symbole de protectionnisme, d’unicité, mais également de fermeture et de rejet d’autrui. L’intensité du drame familial qui se joue tout autour de ces vols d’oiseaux aux multiples couleurs dans des paysages à couper le souffle. Un mélange des genres unique proposé par les réalisateurs qui situe définitivement le film parmi les objets cinématographiques inclassables et inoubliables. On pense inévitablement à Sergio Leone pour la gestion des espaces, la musique entêtante et l’écriture des personnages au jeu et aux dialogues mâtinés d’humour noir savoureux. Tout en s’inscrivant dans un genre usé jusqu’à la moelle qu’est le film de narcos, Guerra et Gallego trouvent une personnalité bienvenue à travers cette plongée dans une communauté indigène face à l’inéluctabilité de la modernité. Un immense tableau de maître.

Les oiseaux de passage est sorti en DVD, Blu-Ray et VOD depuis le 20 août. N’hésitez pas à marcher sur les pas de Rapayet, au coeur de cette Colombie méconnue et d’une richesse culturelle sans pareil.

Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue.

Sortie DVD : le 20 août 2019
Durée : 2h05
Réalisateur : Ciro Guerra & Cristina Gallego
Avec : José Acosta, Natalia Reyes, Carmiña Martinez, Jhon Navaez, José Vicente, Greider Meza
Genre : Polar
Prix : 19,99 € (DVD)
Acheter : sur Fnac

Note
Originalité
Réalisation
Scénario
Jeu des acteurs
Jean-Marie Siousarram
Manipulateur de mots pour la presse web depuis quelques années. Cinéphage compulsif, féru de culture en tout genre, de voyages, de musique électronique, de foot. Rejeton de Chaplin, Hitchcock et Fincher.

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