“Tableau d’une exécution” : les liaisons dangereuses entre Art et Pouvoir

"Tableau d'une exécution" : les liaisons dangereuses entre Art et Pouvoir
© Tableau d’une exécution / crédit photo : Simon Gosselin

“Tableau d’une exécution” : les liaisons dangereuses entre Art et Pouvoir

“Tableau d’une exécution” questionne les relations de l’artiste avec le pouvoir politique et sa responsabilité éthique de créateur vis à vis de la vérité. Car si cette pièce, c’est l‘histoire de l’exécution du tableau, de sa commande et du lien entre l’artiste et son commanditaire, c’est aussi et surtout l’histoire d’une femme peintre, qui revendique sa liberté de création et d’interprétation.

Les liaisons dangereuses entre Art et Pouvoir

Au lendemain de la bataille de Lépante, le plus grand massacre en mer de l’histoire, l’artiste peintre Galactia se voit confier par le Doge de Venise la réalisation d’une fresque de trente mètres célébrant la victoire des Vénitiens catholiques sur les Turcs musulmans. Pour le Doge, cette fresque représentera la bataille, elle sera “ce qui reste de l’histoire”.

Galactia, femme jusqu’auboutiste et libre, accepte la commande et convoque les combattants mutilés comme modèles, pour être au plus près de la chair, des corps, des cris, de la douleur et de la vérité. Et choisit donc de peindre la guerre telle qu’elle est : un massacre.

Le doge fait alors emprisonner Galactia mais le tableau divise l’aristocratie. Le clan des amateurs d’art l’emporte : le chef-d’œuvre sera exposé.

Galactia est ainsi libérée car le Doge le sait bien : contre la virulence d’une œuvre, une certaine forme de tolérance peut être un antidote beaucoup plus efficace que la censure la plus brutale. Et l’artiste récupéré à l’abri de petits arrangements presque entre amis entre l’art et le pouvoir !

Où celle qui se voulait héroïne et martyre ne peut que s’exclamer douloureusement : “Être comprise c’est la mort. Une mort atroce“.

Une fresque noire

A l’abri d’une dramaturgie efficace et d’un texte fort, Howard Barker nous plonge au cœur du processus vital, irréductible, qui sous-tend l’acte artistique et ses enjeux.

Nous entrons dès lors dans l’atelier de Galactia et sommes confrontés à sa complexité intime, son goût de la provocation, son indépendance féroce et son orgueilleuse intégrité. Où s’interfèrent les rapports entre l’artiste et le pouvoir ainsi que son libre arbitre revendiqué face au politique ou au jugement de la critique ridiculisé.

Dans sa mise en scène inventive, Claudia Stavisky a reconstitué un atelier de peintre dont la configuration et le désordre font souffler un esprit shakespearien mais aussi contemporain sur cette fresque noire.

La présentation du tableau aux commanditaires est notamment un grand moment avec sans aucun autre artifice, une immense toile couleur rouge sang de 300 m² qui recouvre toute la scène.

Christiane Cohendy à l’abri d’un jeu singulier et instinctif incarne avec fougue Galactia, figure intrépide, inattendue et insaisissable, tandis que Philippe Magnan, parfait, apporte toute sa superbe au personnage du Doge de Venise.

INFOS

Dates : du jour 10 au 28 janvier 2018 l Lieu Théâtre du Rond-Point (Paris)
Metteur en scène : Claudia Stavisky

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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