“The Hidden Force”, le choc de deux cultures sous l’orage théâtral d’Ivo van Hove

"The Hidden Force", le choc de deux cultures sous l'orage théâtral d'Ivo van Hove
“The Hidden Force” de Louis Couperus, mise en scène Ivo van Hove photo ©_Jan_Versweyveld

“The Hidden Force”, le choc de deux cultures sous l’orage théâtral d’Ivo van Hove

L’orage déferle sur le plateau de la grande halle de la Villette et de quelle manière ! sous le regard précis et incisif d’Ivo van Hove, le maître belge. En raison de la mousson mais pas que, à cause aussi de la fin d’un monde colonial et d’une tempête intérieure qui secoue les êtres avec leurs désirs irrépressibles et leurs fausses certitudes. Car c’est à la chute d’un homme, de sa famille, et d’une colonie (les Indes orientales néerlandaise) que s’intéresse Ivo van Hove avec “The Hidden Force” et son adaptation spectaculaire d’un roman de Louis Couperus (1863-1923).

En petit-fils d’un gouverneur-général faisant fonction de la colonie néerlandaise, l’auteur passa une partie de sa jeunesse aux Indes orientales néerlandaises.

Et c’est justement après une visite de l’île, l’actuelle Indonésie, qu’il écrit son livre, en 1900. Dans ce roman, il prévoit la fin prochaine de la colonisation en s’appuyant sur la figure de Otto van Oudijck.

Un haut commissaire trop sûr de lui et de son aura, se démène pour appliquer sa vision occidentale à une culture profondément ancrée dans le mystique et les traditions, montrant ses limites et son impossibilité à comprendre ce qui se passe réellement sur l’île et dans sa famille.

Alors qu’Otto van Oudijck voit ses proches lui échapper, son pouvoir est alors ébranlé par une contestation de plus en plus forte de la population locale où une série d’événements violents et inexplicables viennent semer le trouble jusque dans son cercle familial.

On assiste à une force mystérieuse qui s’empare du peuple indonésien et infiltre un ordre social rongé de toute part. Où les éléments naturels et irrationnels qui se déchaînent ont un effet destructeur en s’opposant à la vision progressiste du colonisateur.

L’art et la manière d’Ivo van Hove

Et les trombes d’eau qui s’abattent sur la ville sont la déferlante conjurée au ciel, d’une confrontation entre deux cultures, traitée sans manichéisme ni cliché, mais aussi le cataclysme intérieur qui ravage chacun des protagonistes, où derrière le masque de la civilisation bourgeoise, il y a une crise intime et existentielle qui fait rage entre désamour, tromperies et désirs inavoués.

La fausse harmonie d’un clan donc est comme noyée sous l’eau qui coule à flot tandis que cette perdition s’accompagne d’une bande-son hypnotique – dans laquelle la musique occidentale incarnée par le piano se charge de percussions métissées – est interprétée en direct par le compositeur Harry De Wit.

La mise en scène offre un écrin glaçant à cette déflagration souterraine qui s’empare de chacun des personnages et d’un monde finissant.

D’une maîtrise absolue, l’espace scénique à l’abri d’effets saisissants (douche de sang, danse-transe sous la pluie, tempête tropicale) passe du vertige intérieur et suffocant des protagonistes au déchaînement de forces sous une nature accablante et menaçante.

Le tout porté par la troupe impeccable du Théâtre international d’Amsterdam et son engagement total, en osmose parfaite avec la tragédie et son sens du rythme et de la rupture. Bravo !


INFOS

Dates : du 4 au11 avril 2019 Lieu : Théâtre de la ville / hors les murs / La Villette (Paris)

Metteur en scène : Ivo van Hove

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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