Top 10 Cinéma : le meilleur de l’année 2020

2020, l’année des émotions et des événements contrastés.

A l’heure où la réouverture des salles de cinéma vient une nouvelle fois d’être repoussée, nous voilà de plus en plus confronté à la triste réalité d’un univers contemporain où le 7e Art est simplement devenu un consommable lambda. Le contexte sanitaire exceptionnel de l’année 2020, amené à se prolonger dans le temps, nous a indubitablement classé dans la case « non-essentiel ». Et pour cause, le cinéma ne sait pas faire évader l’esprit durant 2 heures. Le cinéma n’est pas vecteur de transmission de culture, d’éducation, de savoir. Le cinéma ne nourrit pas le corps de millions de personnes à travers le monde, que ce soit lors de tournages, de distributions, de conceptions et bien évidemment de diffusions. « Non-essentiel » et dangereux. C’est pour cela qu’on se contentera de petits écrans, de pages de publicité le dimanche soir, de lumières et de bruits parasites pour découvrir les prochains Spielberg, Kechiche, Shyamalan ou autre Pixar. Ironique ou pas, je crois fermement en la capacité de rebond du cinéma, de notre système vertueux envié de part le monde, en notre capacité d’adaptation qui nous fera découvrir un TOP 2021 plus riche que jamais. En salle.

10 – Possessor (Brandon Cronenberg – Canada).

Nous avions découvert médusé et enthousiaste « le fils de » avec son premier film, le déjà envoutant Antiviral en 2012. C’est peu de dire que son retour 8 ans plus tard nous a littéralement estomaqué. Si vous aviez un doute sur la filiation cinématographique de Brandon, ils seront levé dès des premières minutes de Possessor : esthétique parfaite et glacée, intrigue profondément technocratique et surtout sévices corporels appuyés. Rien de gratuit ou presque pour une oeuvre radicale qui installe définitivement la dynastie Cronenberg. Un choc à ne pas mettre devant tous les yeux.

9 – Deux (Filippo Meneghetti – France).

Signé un premier film d’une telle qualité sur un sujet sous-traité et si peu glamour, l’Italien Filippo Meneghetti mérite amplement cette sélection aux Oscars pour représenter notre pays. Histoire d’un amour tabou et contrasté entre deux femmes d’un certain âge portée par les impeccables Martine Chevallier et Barbara Sukowa, Deux instaure une ambiance feutrée où les petits gestes du quotidien mâtinent un thriller domestique de haute volée. Petit bonus, les lieux de tournages dans Montpellier et ses alentours.

8 – The Nest (Sean Durkin – Angleterre).

Thriller domestique, partie 2. Après le remarqué Martha Marcy May Marlene, Sean Durkin avait disparu des radars pour réapparaitre avec le Grand Prix de Deauville 2020. Il est peu dire que vu la difficulté des grands festivals à pouvoir se dérouler (RIP Cannes 2020), le moindre bruissement qualitatif soulève l’attention. The Nest ou le nid, d’apparence douillet et victorien ici, mérite amplement le détour. Derrière une esthétisme à tomber, Durkin peint la déliquescence d’un couple en apparence parfait. Carrie Coon irradie l’écran et Jude Law trouve là un de ses meilleur rôle depuis des lustres. Brillant coup de scalpel.

7 – Tenet (Christopher Nolan – USA).

Palindrome remarquable et remarqué comme étant l’un des seul gros à avoir joué sa peau sur grand écran en 2020 (avec le réjouissant Greenland), Tenet possède les qualités et les défauts des derniers films de son auteur, et de manière exacerbée. Démentiel par ses séquences d’action hyper-chorégraphiées, le dernier Nolan souffre d’un autisme tout-public voulant que son tiroir à twists soit dévoilé dès le premier quart d’heure. Portant ce film, qui appelle nécessairement une visionnage multiple pour en saisir toutes les subtilités et s’en assurer une lisibilité saine (si possible !), John David Washington assure (aussi) magistralement la lignée de son patronyme sur les pas prestigieux de son père Denzel. Agaçant et virtuose.

6 – MONOS (Alejandro Landes – Colombie)

Deux pépites en deux années pour le cinéma colombien. Toujours avec un soucis du détail et de l’esthétisme dévoué au grand écran. J’insiste bien sur cela tant la découverte de ce deuxième long-métrage d’Alejandro Landes se doit de se faire dans des conditions optimales. Une plongée immersive totale dans le quotidien d’un camp de jeunes guérilleros perchés dans les montagnes, soulignée par une violence psychologique et physique hallucinante de réalisme. Une exigence qualitative exceptionnelle.

5 – Tout simplement noir (Jean-Pascal Zadi & John Wax – France).

Au-delà d’être une potacherie sans nom portée par la crème des humoristes hexagonales, Tout simplement noir démontre qu’on peut rire de tout en abordant des sujets sociétaux délicats hautement d’actualité. Misant grandement sur sa gouaille hors-norme, Jean-Pascal Zadi s’empare de la cause Noire en France et en fait un brûlot totalement politiquement incorrect où vos zygomatiques iront passer leurs meilleurs moments de l’année. Et que dire de cette scène où Lucien Jean-Baptiste dévoile une facette qu’on ne lui connaissait pas après l’utilisation du terme « bounty ». Une des meilleure comédie française depuis des lustres !

4 – Le lac aux oies sauvages (Diao Yi’nan – Chine).

On aurait tant souhaité que ce soit la seule déflagration venant de Chine à dévorer la planète. Hélas. A année exceptionnelle, petite entorse au règlement permis : en effet, Le lac aux oies sauvages est sorti chez nous en toute fin d’année 2019. Visionné en début 2020, je m’autorise donc de placer ce délicieux thriller de Diao Yi’nan parmi les grandes séances à retenir. De par sa langueur envoutante, de part son esthétisme rare, de part sa narration simple et complexe à la fois. Le magnétisme diffusé par Ge Hu, son interprète principal y est pour beaucoup également. Pur diamant noir.

3 – Le père – Otac (Srdan Golubovic – Serbie).

Nouvelle légère entorse aux règles de sélection cette année avec Le père (Otac) qui n’avait pas de distributeur en France au moment où il a remporté l’Antigone d’or du Meilleur Film au 42e Festival Cinemed de Montpellier. C’est aussi le dernier long-métrage que j’ai eu la chance de voir en cette année tronquée. Un joyau venue de Serbie narrant le courage et la résilience immense d’un homme auquel la vie et la bureaucratie de son pays a tout pris. Porté par le regard fiévreux de Goran Bogdan, véritable révélation, ce père, qui semble avoir sur lui toute la misère du monde, offre une véritable oxygénation à l’espèce humaine par cette force de caractère unique et universelle. Un uppercut humaniste, véritable ode à l’espoir, à distribuer d’urgence dans nos salles hexagonales.

2 – Queen & Slim (Merita Matsoukas – USA).

Si les USA n’ont pas pu envahir comme ils le souhaitaient nos salles obscures avec leurs blockbusters, cela n’a pas empêché quelques perles Indie de tracer leurs routes. A la manière de ces Bonnie & Clyde du XXIe siècle que sont Queen & Slim. Remarquablement postérisé par Daniel Kaluuya et Jodie Turner-Smith, le couple de l’année (élu sans effort) se forme au détour d’un fait divers malheureusement trop commun aux States : un contrôle au faciès trop appuyé. S’en suit un road trip enrichi de joutes verbales délicieuses, de réflexions aigre-douces et de situations ubuesques à l’humour noir appuyé. Un film d’actualité au culte certain.

1 – Madre (Rodrigo Sorogoyen – Espagne).

Prenez un bon bol d’air avant de vous lancer dans Madre. Le décollage ne pardonne pas. Asphyxiant, anxiogène, prenant aux tripes, imprimant la rétine, vous laissant pantelant après avoir agressé vos accoudoirs durant 10 petites minutes. Estomaqué, nous venons d’assisté au plus grand moment de cinéma de l’année 2020. Grand bol d’air, direction l’Atlantique pour retrouver cette mère courage incarnée plus qu’il ne le faudrait par Marta Nieto. Le ton a changé, le rythme aussi, un autre film débute. Rodrigo Sorogoyen prend alors son temps pour rendre hommage à toutes ces femmes qui deviennent mère et qui, du jour au lendemain, laissent tout tomber pour l’être enfanté. Un déchirement magnifié par le cinéaste espagnol. Un sommet.

Celui des éphémères sorties de 2020…

NOS NOTES ...
Originalité
Mise en scène
Jeu des acteurs
Plaisir de la séance
Jean-Marie Siousarram
Manipulateur de mots pour la presse web depuis quelques années. Cinéphage compulsif, féru de culture en tout genre, de voyages, de musique électronique, de foot. Rejeton de Chaplin & Hitchcock.
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