Un Roi Lear à la peine et empesé au théâtre de la Porte Saint-Martin

Un Roi Lear à la peine et empesé au théâtre de la Porte Saint-Martin
Photo Jean-Louis Fernandez

Un Roi Lear à la peine et empesé au théâtre de la Porte Saint-Martin

On s’attendait à un grand moment de théâtre. Le Roi Lear, la pièce monstre de Shakespeare est aussi la plus emblématique de son répertoire, où la tragédie politique se dispute aux rivalités familiales exacerbées et aux enjeux de pouvoir. D’une puissance inouïe, elle nous entraîne, d’une voix incarnée par chacun des mots, au plus profond de l’âme humaine et de ses errements.

Encore faudrait-il que la mise en scène signée Georges Lavaudant soit délestée d’un académisme faussement ingénu et d’une déclamation qui impriment un artifice entre le texte et le public, s’opposant à toute identification et à une réactualisation de l’œuvre. Quant au rôle titre, confié ici à Jacques Weber, on regrettera un excès de cabotinage et un jeu poussif au démarrage qui manquait cruellement de justesse.

Dans l’Angleterre médiévale, Lear, roi fatigué et tyran vieillissant, se décide à partager son empire entre ses trois filles, à condition qu’elles déclarent publiquement l’amour qu’elles lui portent. Tandis que les aînées rivalisent d’allégeance, la benjamine Cordélia refuse le jeu de la confession publique entrainant les foudres du monarque et son bannissement avant que les aînées décident de s’affranchir de l’autorité royale en chassant leur père du pouvoir.

Le royaume sombre rapidement dans les guerres et les luttes de clans où les drames sanglants se disputent aux destins politiques et démesurés des personnages.

L’avidité de pouvoir des prétendantes est portée à son paroxysme. Elle renvoie à la folie des hommes prisonniers de leur soif de domination et d’auto-destruction, conduisant à une guerre fratricide qui coûtera finalement au roi son pays, sa famille et la vie.

Désintégration d’un monde donc où l’anéantissement est à l’œuvre ainsi que celle d’un homme déchu, abandonné à sa solitude, sa vieillesse, sa folie, et sa finitude. Or, la mise en scène de Georges Lavaudant manque de mordant. Trop sage et trop scolaire, autant dire datée, elle appuie lourdement sur les différents degrés de théâtralité qui oscillent entre réalité et fiction, tragédie et bouffonnerie. Et force ainsi les comédiens à surjouer qui passent à coté de la vérité humaine de cette tragédie crépusculaire et ô combien ravageuse. Dommage !

Dates : du 3 au 28 novembre 2021 – Lieu : Théâtre de la Porte Saint-Martin dans le cadre de la programmation hors les murs du Théâtre de la Ville (Paris)
Mise en scène :Georges Lavaudant 

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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