Le Voyage au Groenland de Sébastien Betbeder, entre fiction et réalité
Le Voyage au Groenland est l’aboutissement d’un périple cinématographique en trois étapes. La première fut la venue d’Ole et Adam à Paris. Ces deux Groenlandais vivant à Kullorsuaq – un village de quatre cents âmes égaré quelque part sur une immense terre immaculée – n’avait jamais vu la capitale ni grand-chose d’autre du monde. Thomas Scimeca et Thomas Blanchard sont chargés d’accueillir et d’accompagner ces drôles de touristes qui ne parlent ni français ni anglais. Cette première rencontre a fait l’objet d’un court-métrage par Sébastien Betbeder, Inupiluk, couronné de plusieurs prix dont le César du meilleur court-métrage 2015.
Thomas et Thomas qui n’ont changé ni de prénom, ni de métier et à peine de personnalité pour les besoins d’Inupiluk, sont ensuite embarqués dans un projet plus ambitieux : réaliser un film à Kullorsuaq même. Or un film ça se prépare et pour Sébastien Betbeder, la préparation, ça se filme ! Lorsque Sébastien retrouve T&T pour ébaucher le scénario et chercher les « enjeux narratifs » du projet, les caméras tournent toujours avec pour résultat un second court-métrage intitulé Le film que nous tournerons au Groenland.
Prochain arrêt : le fin fond du Groenland
Dernière étape, nous voilà enfin à Kullorsuaq pour boucler la boucle groenlandaise. T&T débarquent au village en hélicoptère où Nathan le père d’un des Thomas les accueille avec bonhomie. Retrouvaille père/fils, confrontation avec l’inconnu, échange avec les villageois, les deux intermittents ratés s’extirpent de la société pour vivre une expérience unique.
Une expérience aussi pour le spectateur car Le voyage au Groenland tangue constamment entre réel et fiction au risque de nous perdre. Ainsi, les habitants du village sont tous des locaux qui se sont prêtés au jeu des caméras. La chasse à l’ours et au phoque sont réellement leur principal moyen de survie pendant l’année. L’eau courante se puise à l’extérieur, les toilettes ne sont évacuées qu’une fois par semaine et l’alcool est interdit dans le village. Oui, tout ça, c’est vrai. Sébastien Betbeder n’a pas voulu abîmer la réalité de la vie à Kullorsuaq tout en y rajoutant un scénario assez léger pour que le film ait tout de même une trame. Mais le résultat est perturbant, on est paumé, on ne sait plus distinguer entre jeu et sincérité. Finalement, est-ce un film ou un documentaire ?
Flou artistique et regard d’enfant
Les deux protagonistes illustrent bien ce flou. On sent le jeu affleuré et pourtant, on veut croire à leur authenticité, elle semble réelle. T&T sont des losers au grand cœur. Ils portent un regard d’enfant dénué de tout jugement sur le monde. Cette innocence d’abord rafraichissante face à l’inconnu devient agaçante parce qu’elle est trop souvent couplée à une mollesse et un je-m’en-foutisme un peu comique mais qui nous détachent de l’histoire et des personnages.
Ou alors c’est juste un film pour dire que la vie passe
Finalement, on ne comprend pas bien l’intention du film comme s’il manquait au scénario une colonne vertébrale. Mais peut-être que Le voyage au Groenland, c’est juste un film pour dire que la vie passe, ici ou ailleurs, voilà pas de quoi en faire tout un plat. Qu’on fait ce qu’on veut parfois mais pas toujours. Que les comédiens ils triment et que les Groenlandais de Kullorsuaq, ils deviennent chasseurs à défaut d’avoir d’autres options. Ils se suicident aussi justement parce qu’ils manquent d’options. Que faire un jogging dans ces contrées glacées, c’est possible, c’est grisant même. C’est d’ailleurs l’objet d’une scène absurde mais belle où la société moderne (la passion du jogging) déborde sur cette terre reculée du monde.
Le voyage au Groenland nous laisse une sensation d’inachevée comme si on voulait que le film nous en dise plus ou soit plus intense. Son absurdité, sa candeur et la pureté de ses grands espaces compensent tout juste ses défauts de scénario. Sortie en salle le 30 novembre 2016.
Thomas et Thomas cumulent les difficultés. En effet, ils sont trentenaires, parisiens et comédiens… Un jour, ils décident de s’envoler pour Kullorsuaq, l’un des villages les plus reculés du Groenland où vit Nathan, le père de l’un d’eux. Au sein de la petite communauté inuit, ils découvriront les joies des traditions locales et éprouveront leur amitié.
Sortie : le 30 novembre 2016
Durée : 1h38
Réalisateur : Sébastien Betbeder
Avec : Thomas Blanchard, Thomas Scimeca et François Chattot
Genre : Comédie dramatique
Un rêve….. peut être une réalité grâce à vous !!
Merci et bonne journée
Un beau film original . En creux, une critique plus douce qu’amère de notre civilisation. Un ton décalé qui nous plonge au coeur des choses. Magnifiquement filmé, il nous dit que le monde n’est pas uniquement peuplé de ‘trépidants’, affamés de profits et de pouvoir d’achat. Excellent recadrage particulièrement en cette période d’embûches de Noël.
Merci à Mr Betbeder, aux deux copains-acteurs et à toute l’équipe.