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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Aznavour entre danse et mémoire

Comment se replonger dans la trajectoire et le répertoire d’Aznavour sur la scène, sans tomber dans le piège du simple hommage hommage ou de la froide reconstitution ? Le pari était risqué : le Petrossian Theatre, épaulé par le Los Angeles Ballet, relève ce défi en mêlant ballet contemporain et inspiration théâtrale.

Dernières dates pour « Une Mouette » réinventée au Français sous le regard fébrile d’Elsa Granat

De cette Mouette, Elsa Granat ose un geste iconoclaste : triturer Tchekhov pour mieux révéler l’ossature tragique d’une pièce que l’on croit connaître. Sa version, à la Comédie-Française, n’est pas une simple relecture, mais un acte de résurrection par l’anachronisme. En ajoutant un préquel (qui révèle les débuts chaotiques d’Arkadina, jeune mère contrainte de sacrifier son rôle parental à sa carrière) et un épilogue inédits, elle fracture le réalisme tchekhovien pour interroger la transmission artistique et les cicatrices familiales.

Le monde selon Doisneau : poétique, drôle, obstinément humain

D’emblée, l’exposition nous renvoie à un univers familier : celui d’un Paris que l’on croit connaître, mais que Doisneau parvient toujours à réinventer. Pas de chronologie stricte ici, mais des séries thématiques – enfance, banlieue, ateliers, mode, gravité et tout un monde qui défile et s’affirme inépuisable et complice.

“La Tendresse” explosive de Julie Berès (derniers jours)

Etre un homme ? Comment résonne cette question aujourd’hui dans un monde encore très marqué par le patriarcat ? Face au public, huit jeunes interprètes racontent une énergie vitale et chorale leurs colères, leurs hésitations et leurs fragilités. Ils dessinent une série de portraits subtils et poignants où se lit la difficulté, et parfois la honte, d’être un homme.

« Biographie : Un jeu » : un destin recomposé à revoir sur France 4, le 06 juillet 2025 

Bernard Kürmann a la chance, ou le fardeau, de pouvoir rejouer sa vie : fautes, joies et peines... Au cœur de ce fatras, il croit distinguer le nœud de son malheur dans la rencontre qui l’attacha à une femme, sa femme, Antoinette, et s’emploie à en conjurer l’événement. Comment ne pas la rencontrer ? Comment ne pas l’aimer ? Comment ne pas en mourir ? Dès lors, il va rejouer les scènes de sa vie, pour tenter d’en déjouer le cours et la chute, sous l’égide d’un troisième personnage, ordonnateur/metteur en scène intempestif de ce vertige biographique…

« Turandot » de Puccini : Bob Wilson en majesté à revoir avec Opéra d’été

Et qui mieux que Bob Wilson pour mettre en scène cette œuvre orientaliste où son esthétique minimaliste (abstraction du plateau décomposant des espaces géométriques délimités par une scénographie de lumières, des dégradés ou purs aplats, le tout encadré de panneaux noirs et de droits néons) fait naître un nouveau rapport à la scène, déstructurant le temps et l’espace jusqu’à tendre à l’intemporalité.

Festival d’Avignon 2025 : honneur à l’autre dans le « In » et sous les mots le feu…

Le rideau se lève du 5 au 26 juillet 2025 pour la 79ᵉ édition du Festival d’Avignon – In, orchestrée par Tiago Rodrigues. Fort de son mot d’ordre « Ensemble », l’édition célèbre le lien, la parole et les cultures, illustré par la devise du poète palestinien Mahmoud Darwich : " Je suis toi dans les mots ".

Les « Mythologies » revues et corrigées par Angelin Preljocaj et l’ex-Daft Punk Thomas Bangalter

A travers les grands mythes grecs (Icare et le Minotaure, Les Gorgones, Zeus, Aphrodite, les Amazones…), Angelin Preljocaj, adepte des contes et récits légendaires (Blanche-Neige, Roméo et Juliette, Siddhârta…), explore avec cette nouvelle création ce que cachent nos rituels et croyances. Ces grands récits d’histoire font ainsi écho à des sujets d’actualité (conflit en Ukraine, identités de genres, violences sexuelles…) par le biais des projections du plasticien et vidéaste Nicolas Clauss, qui scénarisent la traversée. Et c’est l’imaginaire collectif que le chorégraphe entend sonder. Il convoque vingt danseurs – dix danseurs du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux et dix danseurs du Ballet Preljocaj – dans cette exploration des mythes fondateurs, les faisant dialoguer avec nos rituels contemporains. Que se cache-t-il dans l’ombre de nos existences, entre nos peurs, nos idéaux et nos croyances ? Que peut-on lire entre les lignes de nos rites d’aujourd’hui ? Les corps sont, sans doute, les révélateurs les plus à même d’exprimer cet indicible.

Notre Sélection

« La Jalousie » : le vertige bourgeois selon Michel Fau (succès, prolongations !)

Il y a chez Michel Fau un goût rare, presque aristocratique, pour la cruauté polie. Avec "La Jalousie" de Sacha Guitry, qu’il met en scène et interprète à la Michodière, il ne ressuscite pas le boulevard — il le transfigure. Là où d’autres n’auraient vu qu’un vaudeville poudré, Fau découvre une tragédie miniature, sertie dans un écrin d’or et de satin, où chaque sourire cache un gouffre.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.