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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Madame Butterfly : l’univers poétique en majesté de Bob Wilson, sur France 5

Madame Butterfly dans la mise en scène de Bob Wilson demeure un choc émotionnel, tant son univers hypnotique fait naître un nouveau rapport au plateau, décomposant le temps et l’espace jusqu’à tendre à l’intemporalité. Cette production a fait l'objet d'une captation diffusée sur France 5, le 2 janvier à 22H40.

Regarder autrement : Mickalene Thomas au Grand Palais

Avec  "All About Love" Thomas ne cherche pas à élargir les marges du récit dominant. Elle en déplace l’axe. Les corps qu’elle représente ne sont ni pédagogiques ni explicatifs. Ils ne demandent pas à être compris ni excusés. Ils existent, pleinement, avec une assurance qui ne sollicite ni compassion ni validation.

Machines, Nanas et utopies : le trio qui voulait changer la vie (derniers jours)

Rarement une exposition aura su recréer avec autant de justesse l’intensité organique d’une complicité artistique. En réunissant Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely et Pontus Hulten, le Grand Palais propose une lecture dynamique et cohérente d’une époque où la frontière entre l’œuvre, la vie et le jeu s’effaçait méthodiquement.

Top 10 Théâtre 2025 : gestes majeurs, scènes en tension

Un palmarès n’a de sens que s’il raconte autre chose que lui-même. Celui-ci dessine une année où le théâtre s’est montré à la hauteur de ses responsabilités : interroger le présent, affronter les héritages, éprouver la scène comme lieu de pensée autant que de sensations. Dix spectacles, dix gestes, mais une même exigence : faire du plateau un espace de friction entre le monde et ceux qui le regardent.

« Killer Joe » : le mal n’entre pas, il est déjà là

"Killer Joe", chez Patrice Costa, ne cherche pas à plaire. Il serre la gorge. Il rit jaune. Il pue la sueur morale et la violence domestique. Et c’est précisément là que le spectacle fait mouche, sans management aucun. La pièce de Tracy Letts est déjà une grenade dégoupillée : une Amérique en lambeaux, des liens familiaux rongés par l’appât du gain, un tueur à gages qui agit comme révélateur chimique des pourritures ordinaires.

« La Séparation » : l’art du théâtre et de la littérature (derniers jours)

Il y a des pièces qui tiennent dans une intrigue, et d’autres qui tiennent dans une fêlure existentielle. "La Séparation" appartient à la seconde catégorie : pas de confort narratif, pas de drame emballé, mais un effritement lent, une langue qui respire comme un animal blessé. Claude Simon, prix Nobel de littérature, ne s’invite pas souvent au théâtre ; Alain Françon, lui, ose l’y porter. Et c’est un choc.

« Notre-Dame de Paris » : L’Amour à mort sous haute tension à l’Opéra Bastille

Cette captation, diffusée sur France 4 le 8 décembre 2024 à 22h35, a été filmée à l'Opéra Bastille en mars et avril 2021. Une conception théâtrale du ballet et un sens aigu de la dramaturgie du chef d’œuvre de Victor Hugo, font de cette version avant-gardiste de Notre-Dame de Paris, créée en 1965, par Roland Petit pour l’Opéra de Paris et 90 danseurs, un spectacle total.

Le Lac des cygnes revu et corrigé par Angelin Preljocaj : saisissant

Après Blanche Neige et Roméo et Juliette, Angelin Preljocaj renoue avec le ballet narratif et son goût pour les histoires. Mêlant le chef-d’œuvre musical de Tchaïkovski à des arrangements plus contemporains comme il aime à le faire, il s’empare du mythe de la femme-cygne, et y ajoute des problématiques à la fois écologiques, psychologiques et politiques très actuelles. ransposition du conte donc dans le monde de l’industrie, du pouvoir et de la finance où les amours contrariées se vivent au milieu des gratte-ciels et de ses artifices entre moments de fêtes et d’hystérie collective. La première scène donne le ton : la danseuse qui incarne Odette, Théa Martin, est attrapée par plusieurs hommes en noir, et transformée, manu militari, en cygne. Cette métamorphose forcée, sur la musique inquiète de Tchaïkovski, annonce la radicalité du final qui verra les cygnes, en un moment suspendu, tomber ensemble au sol et dont la chute au regard de l’écosystème sacrifié, prend une dimension tragique.

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