[BD] Lee Horn – Le Fantôme de Wounded Knee, de Philippe Thirault & Gilles Mezzomo (Glénat)
Décembre 1890, Wounded Knee. Un enfant blanc élevé par les Sioux, Cri-de-l’aigle, survit au massacre où sa famille d’adoption est tuée sous ses yeux par un officier yankee. Recueilli par des fermiers afro-américains, il grandit sous le nom de Lee Horn et se retrouvera, l’âge venu, à porter le drapeau de ceux qui ont tué les siens. Philippe Thirault au scénario et Gilles Mezzomo au dessin, avec Céline Labriet aux couleurs, signent ce one-shot de 88 pages paru chez Glénat le 30 septembre 2026.
Lee Horn, de Wounded Knee aux Philippines
L’album embrasse une trajectoire longue. Après l’enfance sioux et le massacre, Lee Horn traverse l’océan pour l’armée américaine et découvre aux Philippines ce que la guerre coloniale fait aux populations civiles. Ce qu’il a vu enfant, il le voit recommencer de l’autre côté du fusil, et il le voit depuis le camp qui l’inflige.
À Manille, il reconnaît l’officier qui a détruit sa vie : Ben Norton a fait carrière, il est devenu un héros public et, de retour aux États-Unis, un homme d’influence qui se prépare à entrer en politique. La traque s’engage alors, et le récit montre ce que la vengeance fait de Lee Horn.
Lee Horn, entre Sioux et armée américaine
Le récit est construit sur une identité impossible : blanc chez les Sioux, indien chez les Blancs, soldat de l’armée qui a tué les siens. C’est un motif connu du western, et l’album ne prétend pas le réinventer. Thirault y ajoute la vengeance, qui menace de faire de Lee Horn un homme aussi violent que celui qu’il poursuit.
Le récit couvre un quart de siècle en quatre-vingt-huit pages, du Dakota aux Philippines puis à New York. Le massacre de Wounded Knee occupe à lui seul les dix premières planches, et la violence y est montrée de face.
Le dessin de Gilles Mezzomo et les couleurs de Céline Labriet
Mezzomo tient un réalisme franco-belge classique, trait fin, hachures nombreuses, visages travaillés au détail. Son découpage est dense — cinq à sept cases par page le plus souvent, organisées en bandes régulières — et il réserve les grandes cases horizontales aux scènes de masse, où il place beaucoup de monde sans perdre en lisibilité.
Pour la séquence de Wounded Knee, Céline Labriet installe une dominante hivernale, bleus et gris sur des blancs de neige, qu’elle réchauffe par touches d’ocre et de brun sur les vêtements et les feux. Le résultat est cohérent. Les onomatopées, intégrées au décor plutôt que posées dessus, sont bien vues.
Faut-il lire Lee Horn ?
L’album s’adresse aux amateurs de western adulte et de fresque historique : un personnage solide, un dessin sûr, un sujet qui relie les guerres indiennes à la guerre des Philippines. Le motif de l’homme pris entre deux mondes reste classique. Dix-neuf euros pour quatre-vingt-huit pages en grand format reste juste.
Orphelin blanc élevé par les Sioux, Cri-de-l’aigle est un survivant du massacre de Wounded Knee durant lequel sa famille indienne est assassinée sous ses yeux par un officier yankee nommé Ben Norton. Recueilli par une famille de fermiers afro-américains, Cri-de-l’aigle grandit, devient Lee Horn, adolescent ballotté entre plusieurs communautés. À peine adulte, il traverse l’océan pour servir sous le drapeau américain. Aux Philippines, il se retrouve au cœur d’une guerre coloniale où les pires exactions sont perpétrées sur la population. Pour la seconde fois de sa vie, Lee assiste impuissant au déchaînement de la barbarie. Mais cette fois, un visage fait renaître les souvenirs enfouis du passé. Car, à Manille, Lee reconnaît l’homme qui a détruit sa vie : Ben Norton. Devenu officier supérieur, « héros » des guerres indiennes défuntes, Norton est un artisan du génocide philippin. Cet officier charismatique, manipulateur, et d’une cruauté sans bornes, semble destiné à une belle carrière… D’ailleurs de retour aux États-Unis cet homme influent protégé par le pouvoir se prépare désormais à entrer en politique ! Mais Lee veille. Il n’a jamais cessé de traquer Norton, C’est cet homme qu’il va poursuivre de sa vengeance. Jusqu’à l’anéantissement, ou la folie…