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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.

Un « Eugène Onéguine » à hauteur d’âme à l’Opéra Garnier

Un "Eugène Onéguine" à hauteur d’âme à l'Opéra Garnier Il y a, dans l’"Eugène Onéguine" mis en scène par Ralph Fiennes, une élégance de retenue qui frappe d’emblée. Rien ici ne cherche à forcer le sens ni à tordre l’œuvre pour l’actualiser à coups de concepts revisités. Le metteur en scène avance à pas feutrés, presque en lecteur amoureux, préférant écouter Tchaïkovski et Pouchkine plutôt que leur répondre. Cette modestie apparente est précisément ce qui donne à la proposition sa force et son inspiration.

Brecht sans aspérités au Théâtre de la Ville

Il y a chez Emmanuel Demarcy-Mota une foi sincère dans le théâtre. Le paradoxe, c’est qu’il y croit parfois un peu trop. "Le Cercle de craie caucasien" en est ici une illustration : un spectacle dense, esthétique, surchargé de signes — comme si Brecht, pour être entendu aujourd’hui, devait être souligné au stabilo.

« Contre » : John Cassavetes et Gena Rowlands, un couple en toute indépendance

Couple emblématique du cinéma américain indépendant, John Cassavetes et Gena Rowlands, disparue en août dernier, sont mis en scène au Vieux-Colombier avec les acteurs et actrices, producteurs et critiques qui les entouraient. "Contre" raconte la fabrication d’une œuvre sous l’angle du film "Une femme sous influence", en rupture avec l’industrie hollywoodienne, par un groupe d’artistes qui s’acharnent à rester libre et créatifs envers et contre tout.

« Un Bal masqué » à Bastille et Anna Netrebko pour traverser la nuit

À l’Opéra Bastille, "Un Bal masqué" s’impose comme une lecture volontairement épurée du drame verdien, où la mise en scène de Gilbert Deflo laisse la primauté à la musique et aux voix. Portée par une direction attentive aux équilibres et une distribution dominée par l’Amelia d’Anna Netrebko, la production explore les tensions entre pouvoir, désir et fatalité sans surcharge illustrative, faisant du chant le véritable moteur dramaturgique de la soirée.

« Marie Stuart » de Chloé Dabert : la violence politique au scalpel

En s’attaquant à "Marie Stuart" de Schiller, Chloé Dabert livre une lecture radicalement contemporaine de la tragédie politique. Dépouillée de tout romantisme, sa mise en scène observe avec une précision chirurgicale la manière dont le pouvoir moderne neutralise ses figures gênantes : non par la brutalité, mais par la procédure, le report et l’effacement de la responsabilité. Une relecture glaçante, qui fait de la décapitation moins un acte qu’un protocole.

Ivo van Hove dissèque « Hamlet » jusqu’au vertige à l’Odéon

Entre Shakespeare, Queen et Bob Dylan, Ivo van Hove compose un "Hamlet" sous haute tension, où la musique devient langage intérieur et où la tragédie se joue autant dans la tête que sur le plateau. Ce "Hamlet" d’Ivo van Hove ne cherche pas à raconter une histoire : il s'attache à scruter un esprit mortifère. Et en radiographier les méandres. À l’Odéon, le Danemark n’existe plus vraiment. Ce qui compte, c’est l’intérieur. L’intérieur d’un homme trop lucide pour survivre tel quel. L’intérieur d’un esprit qui cogne contre ses propres murs.

Nicolas Barry : une déclaration, sa déclaration

On pourrait croire que tout a déjà été dit sur l’amour — et puis on rencontre une pièce comme "La déclaration d’amour de Louis Hee à John Ah-Oui" et l’on comprend que ce n’est pas l’amour qui manque de mots, mais peut-être notre capacité à entendre leurs fractures. Sur le plateau du Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet, dans l’intimité presque confessionnelle de la salle Christian-Bérard, Nicolas Barry installe une scène d’un dépouillement radical qui, paradoxalement, en dit plus que mille décors.

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