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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

Catherine Frot et Michel Fau, un duo d’enfer !

Catherine Frot et Michel Fau se retrouvent sur scène, sept ans après le succès de Fleur de Cactus (qui avait valu à l'actrice le Molière de la comédienne dans une pièce de théâtre privé). Ils interprètent ici un couple gratiné de l’après-guerre, pétri de préjugés, dont la vie bourgeoise et stricte va être déréglée par des évènements inattendus. Un réjouissement ! On connait la passion de Fau pour le théâtre d’André Roussin qui offre une peinture acide de la bourgeoisie française et de la folie humaine à travers des personnages d’une mauvaise incomparable qui se débattent sans merci avec leur petitesse et leur monstruosité.

« Le ciel de Nantes » ou l’art et la manière de Christophe Honoré, sur France 4

Il y a 20 ans déjà, Christophe Honoré s’était lancé dans l’écriture d’un long-métrage sur sa famille, qui n’avait pas abouti. Trop vampirique sans doute cette branche maternelle issue de la classe populaire. Aujourd’hui, dans une salle de cinéma d’une autre époque, là où la scène devient le lieu magnifique d’un film impossible, porté par un art scénique et une désinvolture qui n’appartiennent qu’à lui, Christophe Honoré convoque les siens pour raconter et chanter leur histoire. Il mêle théâtre et cinéma qui focalisent l’emprise du temps et sa distanciation entre réel et fiction, offrant une voix décomplexée et intense à sept membres emblématiques de cette lignée (sur trois générations) que les drames personnels mais aussi l’Histoire n’ont pas épargnée.

« Faust » le deal parfait de Tobias Kratzer avec le diable !

L’opéra de Gounod revisité par le metteur en scène allemand Tobias Kratzer est une réussite totale. On y retrouve le vieux Faust en quête de jeunesse éternelle, mais celui-ci (le ténor français Benjamin Bernheim) en appelle à Satan (Christian Van Horn) par lassitude de payer des call-girls. Il vend donc son âme au diable dans l’espoir de gagner l’amour d’une Marguerite (la soprano Ermonela Jaho) qui danse en boîte de nuit ou se retrouve dans le métro. Une relecture qui fait écho à la relecture du Faust de Goethe par Charles Gounod, qui ancre les raisons de la vente de son âme au diable dans la recherche de l'amour et de la jeunesse plutôt que dans la volonté de connaissance dans l'esprit faustien allemand.

« Les Quatre Saisons » selon Anne Teresa de Keersmaeker et Radouan Mriziga

Figure majeure de la danse contemporaine, Anne Teresa De Keersmaeker nourrit depuis quarante ans un rapport intense à la musique. En collaboration avec Radouan Mriziga, elle entreprend d’explorer "Les Quatre Saisons de Vivaldi". Partageant un même intérêt pour l’observation de la nature, la géométrie et l’abstraction incarnée, les deux chorégraphes reviennent à la structure même de la célèbre partition musicale, et aux émotions qu’elle convoque. Une réussite.

Noémie Lvovsky et Yvan Attal : un duo de choc au Festival de Ramatuelle

Sébastien Thiéry, comédien, est aussi auteur de pièces de théâtre où son écriture féroce, désopilante et affranchie de toute morale, cohabite avec la comédie de boulevard, n’hésitant pas à déstabiliser le spectateur. Un as en la matière qui n’a pas son pareil pour démasquer et se moquer avec la perfidie qu’on lui connait de la folie et de l’hypocrisie d’une époque toujours plus déréglée et désincarnée. Aujourd’hui, c’est à un couple de bobos parfaits (enfin presque !) qu’il s’attaque en questionnant l’épineuse question de la transparence au sein du couple. Tout un programme...

« Outsider » : l’envolée chorégraphique de Rachid Ouramdane

Rachid Ouramdane est un habitué des projets à la croisée des disciplines qui aime explorer de nouveaux territoires, sensoriels comme imaginaires, et repousser les limites du chorégraphique. Avec "Outsider", le chorégraphe mêle quatre sportifs de l’extrême aux fugues des 21 danseurs et danseuses du Ballet du Grand-Théâtre de Genève, où s'explorent les thèmes de la fragilité, du risque et du dépassement.

Notre Sélection

« La Jalousie » : le vertige bourgeois selon Michel Fau (succès, prolongations !)

Il y a chez Michel Fau un goût rare, presque aristocratique, pour la cruauté polie. Avec "La Jalousie" de Sacha Guitry, qu’il met en scène et interprète à la Michodière, il ne ressuscite pas le boulevard — il le transfigure. Là où d’autres n’auraient vu qu’un vaudeville poudré, Fau découvre une tragédie miniature, sertie dans un écrin d’or et de satin, où chaque sourire cache un gouffre.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.