[BD] Ce qui se cache derrière les étoiles, de Julien Josselin & Manon Dubreuil (Glénat)
Le kakapo est un perroquet néo-zélandais doté de grandes ailes dont il ne peut rien faire : il ne vole pas. À la onzième page de Ce qui se cache derrière les étoiles, Camille regarde passer les vaisseaux dans un ciel rose en confiant qu’il lui arrive de se sentir exactement comme ça. Un drôle d’animal à la démarche maladroite qui regarde les autres parcourir le monde. Tout le livre est dans cette case. Julien Josselin au scénario et Manon Dubreuil au dessin publient chez Glénat, le 26 août 2026, un one-shot jeunesse de 128 pages qui parle de rêves, d’échecs et d’une planète qu’on a vidée avant de la quitter.
Une station-service au bout du monde
Depuis que les voyages spatiaux sont devenus accessibles, l’humanité s’est largement fait la malle. Restent ceux qui n’ont pas pu partir. Camille vit avec sa mère dans une station-service où l’on ravitaille les vaisseaux de passage, quelque part entre une casse à ciel ouvert et un phare qui ne guide plus personne. Josselin ouvre son récit sur un fantasme d’enfant plutôt que sur une exposition : capybaras armés de haches, aliens-vampires-sorcières mis sous les verrous, foule en liesse, et la remise d’une décoration appelée « l’étoile de toutes les étoiles » — le passeport qui ouvre les portes de toutes les galaxies. Les yeux de Camille se transforment littéralement en étoiles. Puis la case suivante ramène à la réalité, aux carcasses rouillées et à la pompe à essence. Le procédé est vieux comme la BD jeunesse. Il marche toujours.

La lettre, l’école, et Sasha
Arrive la lettre qui change tout : une place à la dernière école de pilotage encore en activité. La mère dit non. Catégoriquement. Ce refus donne au livre son premier vrai conflit, et il ne se règle pas d’un haussement d’épaules. Puis vient Sasha, camarade de classe nettement plus doué, qui transforme le rêve solitaire en aventure partagée — et en comparaison permanente. Josselin sait construire une scène — il vient de l’écriture pour l’image, on y reviendra — et il évite le récit d’apprentissage triomphal. Camille rate des choses. Souvent. L’album parle autant de l’échec que de la réussite, ce qui, dans une BD adressée aux dix-douze ans, mérite d’être salué : on y explique gentiment que vouloir très fort ne suffit pas toujours, et que la place qu’on décroche a parfois été prise à quelqu’un d’autre. En arrière-plan court la question écologique, jamais assénée : cette Terre-là est épuisée parce qu’on l’a considérée comme une étape.
Manon Dubreuil, premier album et déjà une couleur
C’est la première bande dessinée de Manon Dubreuil, sortie de l’école Pivaut après cinq ans d’études, dont une année à Montréal en concept art chez Ubisoft, et un stage auprès de Gijé — on retrouve chez elle le même goût des rondeurs et des personnages animaliers. Son dessin est franchement séduisant : silhouettes souples, décors surchargés de détails à fouiller, et surtout des ciels. Des dégradés turquoise, corail, prune, qui font tenir des planches entières sur une seule ambiance lumineuse. La bande finale de la page onze — Camille de dos, minuscule, un vol d’oiseaux blancs traversant un crépuscule rose — est de celles qu’un lecteur de douze ans photographiera pour la mettre en fond d’écran. Le découpage reste sage, avec ses gaufriers réguliers et ses récitatifs encadrés à l’ancienne. On aimerait la voir prendre plus de risques ; ce sera pour le prochain.

Quand YouTube passe à la case
Reste le nom qui va faire vendre : Julien Josselin, pionnier du web français, plume de Suricate, de Golden Moustache et de Cyprien, scénariste des Dissociés vu par une dizaine de millions de personnes, déjà passé à la BD avec les deux tomes de Trousse Boy. On pourrait redouter le coup marketing. Ce n’est pas le cas ici : l’album est écrit, structuré, et son humour ne cherche pas le clin d’œil générationnel. Il porte d’ailleurs les traces d’un long chantier — l’ouvrage a longtemps été annoncé sous le titre Le Dernier pilote, qui traîne encore dans les fiches de certains libraires. Le résultat n’invente rien, et ne prétend pas le faire : on est en terrain balisé, entre Wall-E pour la planète-décharge et Le Château dans le ciel pour l’émerveillement mécanique. Le soin, en revanche, se voit partout. Et la confiance faite à l’intelligence des jeunes lecteurs, qui n’est pas si répandue au rayon dix ans. Pour un premier album à quatre mains, c’est déjà beaucoup. Moteurs allumés.
📖 Résumé de l’éditeur

Depuis que les voyages spatiaux sont devenus accessibles, une grande partie de l’humanité a abandonné la planète bleue pour explorer les étoiles. Dans la station-service de sa mère, Camille ravitaille les vaisseaux de passage et les regarde s’envoler vers l’infini, là où les rêves semblent n’avoir aucune limite. Mais comment quitter cette planète dévastée ? Une opportunité inattendue va bientôt lui donner espoir à travers une lettre : c’est officiel, Camille a décroché une place à la dernière école de pilotage ! Là-bas, la rencontre avec Sasha transforme ce rêve d’espace en aventure à partager. Mais quand on vise les étoiles, il faut parfois affronter ce qui se cache dans l’ombre… Comment vivre ses rêves, ses succès, mais aussi ses échecs, dans un monde dont les ressources s’épuisent ?
📚 Fiche éditeur
| Scénario | Julien Josselin |
| Dessin et couleurs | Manon Dubreuil |
| Éditeur | Glénat |
| Date de sortie | 26 août 2026 |
| Prix | 17,00 € |
| EAN | 9782344055229 |
| Pagination | 128 pages |
| Format | Album cartonné, 198 × 266 mm, couleurs |
