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Henry Taylor, l’Amérique face à face

Henry Taylor, l’Amérique face à face
Henry Taylor, I Am a Man, 2017 Acrylique sur papier (Collection particulière)

Henry Taylor, l’Amérique face à face

Chez Henry Taylor, les personnages ne posent pas. Ils nous regardent. Et ce regard-là n’a rien d’innocent.

Au Musée Picasso, le peintre américain investit deux étages et treize salles avec une centaine de peintures, sculptures et installations qui composent moins une rétrospective qu’une traversée de l’Amérique contemporaine.

Ses amis, ses proches, des anonymes, des figures publiques : Taylor peint des vies. Mais derrière chaque visage affleure une histoire plus vaste, celle d’une communauté noire américaine, de ses blessures, de ses résistances, de ses fantômes.

La peinture à vif

Sa peinture est immédiatement reconnaissable : couleurs franches, silhouettes parfois sommairement dessinées, perspectives malmenées, matière qui semble encore en mouvement.

Rien de lisse, rien de décoratif. Taylor peint comme on parle quand on n’a plus envie de prendre de gants.

Il y a de la tendresse, beaucoup. Mais jamais de complaisance. Car le portrait chez Taylor est un acte politique.

Il redonne une visibilité à ceux que l’histoire de l’art a trop souvent relégués au second plan.

L’intime devient alors une arme douce : un corps, un visage, une scène ordinaire suffisent à faire surgir la mémoire collective, les violences raciales, les rapports de domination, mais aussi l’humour, la fraternité et la beauté triviale des existences.

Et puis il y a Picasso. Taylor ne vient pas s’agenouiller devant le maître. Il dialogue avec lui, le déplace, le bouscule.

Ses relectures de Picasso, mais aussi de Philip Guston ou David Hammons, transforment l’histoire de l’art en matière vivante.

Le geste est puissant : reprendre les images qui ont façonné notre regard pour y faire entrer ceux qui en furent longtemps absents.

Taylor ne peint donc pas seulement des corps noirs. Il peint ce que le regard dominant avait appris à ne pas voir.

Objets récupérés, sculptures bricolées, peintures aux allures parfois presque enfantines : tout chez lui semble refuser la bienséance esthétique. Le rebut devient œuvre, l’anonyme devient sujet, le quotidien devient histoire.

Une peinture qui rit parfois, qui cogne souvent, qui pleure en silence. Et surtout une peinture qui refuse de choisir entre le beau et le politique.

Dans les salles du Musée Picasso, Henry Taylor réussit ainsi un tour de force : regarder le passé sans y rester enfermé, convoquer Picasso sans lui être soumis, raconter l’Amérique sans jamais transformer son œuvre en manifeste.

Il peint les vivants. Et soudain, ce sont les morts qui reviennent.

 Date : jusqu’au 6 septembre 2026 – Lieu : Musée Picasso (Paris)

NOS NOTES ...
Intérêt
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.
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