[BD] Professeur Bell, T6 – Les Enfants perdus, de Joann Sfar, Étienne Le Roux & Jérôme Brizard (Delcourt)
Le professeur Bell a l’apparence d’un enfant. Un de ses grands ennemis l’a changé ainsi, et il n’a trouvé aucun autre remède que le temps pour espérer regagner son âge ; cela fait des semaines que ça dure. Dans la maison, le fantôme Éliphas flotte au-dessus d’un pot de fleurs, une cliente tambourine à la porte avec une paire de jambes dans le corsage, et Ossour, le valet au fez, peste que mille ans d’empire ottoman l’aient mené à servir un Anglais — un Écossais, le corrige-t-on. Joann Sfar écrit ce sixième tome, Étienne Le Roux et Jérôme Brizard le dessinent et Walter le met en couleurs, vingt ans après le précédent volume : cinquante-six pages chez Delcourt, collection Machination, parues le 3 septembre 2026 à 15,50 €.
Un professeur Bell changé en enfant, et qui refuse qu’on le remarque
Renée se déclare, dit être prête à tout accepter ; Bell répond que sa condition lui impose de repousser à plus tard tout projet sentimental, et la congédie. Reste le téléphone, son principal réconfort : derrière le combiné, il donne ses interviews sans qu’on voie sa taille, affirme au journaliste qu’il opère à cœur ouvert pendant qu’ils parlent, et s’étonne que les autres chirurgiens n’aient pas encore découvert le procédé. Quand on lui fait remarquer que sa voix le trahit, il vide son derringer dans l’appareil. Le gag revient à chaque scène : on lui parle comme à un gosse, il menace de faire une crise, et il annonce qu’il va se droguer à mort avant de conclure que l’action reste la meilleure des drogues.
Les enfants disparus de Londres, l’inspecteur Majick et le train
L’inspecteur Majick et M. Ehrenstein viennent le chercher : de nombreuses disparitions, toujours au même endroit, et chez des riches. Bell demande s’il est vraiment le seul spécialiste du surnaturel disponible ; on lui répond qu’il est surtout le seul qui, et la phrase s’arrête là. Le trajet vers Londres occupe une planche entière, une locomotive à vapeur dont la fumée mange le ciel sur toute la largeur de la page : à chaque changement on lui achète un billet adulte pour ne pas le vexer, et à chaque passage le contrôleur insiste pour le passer au tarif enfant. Ce sont des enfants qui disparaissent dans un parc londonien, et l’apparence du professeur en fait l’appât que la police attendait — une mission qui déraille, puisque Bell est enlevé à son tour.
Le dessin d’Étienne Le Roux et Jérôme Brizard : plume serrée et aquarelle
Le trait est une plume fine, très hachurée : ferronneries, briques, verrières de gare et papiers peints victoriens sont couverts de traits croisés qui noircissent les fonds. L’aquarelle par-dessus reste sourde, dans les verts olive, les bruns et les magenta éteints ; la séquence du train passe au gris-vert froid. Le découpage tient la grille, trois à quatre cases par bande, avec une pleine largeur réservée aux moments de bascule. Le lettrage est manuscrit, en cursive penchée et de petit module, et les cartouches rectangulaires portent la voix d’un narrateur sec qui commente l’époque — on pouvait alors, sans rougir, avoir des relations dans la police. Les fonds hachurés et la petite taille du lettrage demandent ainsi une lecture attentive, et les pages chargées se regardent moins vite qu’elles ne se lisent.
Ce que vaut Professeur Bell T6 – Les Enfants perdus
Le ressort comique est trouvé et il fonctionne : un savant cynique, armé et irascible, que tout le monde traite en enfant parce qu’il en a la taille. Les dialogues portent l’essentiel, et les meilleures répliques viennent des autres personnages, Renée et Ossour en tête, qui commentent Bell pendant qu’il boude. Le risque tient à ce même ressort : presque chaque scène rejoue la même mécanique, et l’enquête ne démarre vraiment qu’une fois le train arrivé. Les Enfants perdus s’adresse aux lecteurs qui suivaient déjà la série et à ceux que le fantastique victorien attire ; le retour se fait sans qu’il faille avoir lu les cinq premiers tomes.
📖 Résumé de l’éditeur
Le professeur Bell est de retour ! Vingt ans après le dernier tome, Joann Sfar retrouve son savant aussi brillant que cynique. Dans un univers de fantastique victorien, Bell soigne monstres et fantômes, enquête sur les phénomènes surnaturels et poursuit les criminels. Dans cette nouvelle aventure, il doit résoudre une mystérieuse affaire d’enlèvements à Londres… Frappé par un sortilège, le professeur Bell a désormais l’apparence d’un enfant, même s’il n’a rien perdu de son mauvais caractère ni de sa maîtrise du revolver. La police londonienne fait appel à lui pour élucider une série d’enlèvements dans un parc : plusieurs enfants ont disparu sans laisser de trace. La métamorphose du professeur en fait l’appât idéal pour piéger le ravisseur mais la mission dérape et Bell est enlevé ! Le ravisseur ne sait pas à quel enfant terrible il a affaire…