Fureur des corps et contemporanéité pour une soirée gagnante du Ballet au Palais Garnier
The Seasons’ Canon – Crystal Pite © Julien Benhamou / OnP

Fureur des corps et contemporanéité par quatre chorégraphes d’aujourd’hui à (re)voir : Thierrée / Shechter / Pérez / Pite

Danse et genres sont à l’honneur de ce programme présenté au Palais Garnier en 2018 qui questionne le masculin et le féminin en passant par un dépassement des deux pour se confondre en un profil androgyne et qui est à revoir à la fin de cet article. Une traversée portée par une ferveur des corps et une contemporanéité dont les danseurs de la compagnie parisienne se sont appropriés le vocabulaire et l’esthétique, dans un geste aussi enlevé que maîtrisé.

Un univers ardent

On est accueilli en préambule de la soirée par James Thierrée et ses créatures étranges dont il a le secret, qui voient des corps mi-humains/mi-insectes s’articuler, déambuler, ramper, muer, dans les parties publiques du Palais Garnier où chaque figure, chaque vision, chaque sonorité, renvoie à son univers baroque et toujours ardent.

Un lâcher prise

La soirée se poursuit avec “The art of not looking back” créée par l’israélien Hofesh Shechter en 2009, qui fait son entrée au répertoire.

Portée par des danseuses sous haute tension, la pièce fait écho au choc vécu par le chorégraphe israélien lorsqu’il fut abandonné par sa mère au plus jeune âge. Tour à tour guerrières, pionnières ou victimes, les danseuses hypnotisent l’espace dans une ambiance tribale à l’abri de mouvements d’ensemble désarticulés dans une lumière blanche puis vive, avant une libération brutale et salvatrice.

Puis,“The Male dancer” de l’Espagnol Iván Pérez interroge avec 10 interprètes masculins la figure du danseur pour s’affranchir et se libérer de son image normative, porté par un geste pluriel célébrant le corps et sa nouvelle symbolique, qui fait exploser les codes de la masculinité.

Un embrasement chorégraphique

Le spectacle se termine avec le retour très attendu de la chorégraphe canadienne Crystal Pite, qui fut élève de William Forsythe au Ballet de Frankfort, et sa création “The Season’s Canon” dont l’embrasement nous laisse une fois encore, sans voix.

Un oeuvre phénoménale pour 54 danseurs sur les Quatre Saisons de Vivaldi en version revisitée par Max Richter, sur une chorégraphie organique et d’une intensité inouïe où le rituel d’une communauté humaine se charge d’une danse tellurique aux prises avec les éléments/phénomènes déclinant chaque saison.

Les danseurs sans distinction de genre, en pantalon de treillis et torse-nus, le cou tatoué d’une minerve colorée en vert, embrassent le monde naturel et ses mystères dans une chaîne de mouvements, les liant les uns aux autres, ainsi qu’une tension dramaturgique palpable, le tout emmené par la cheftaine et royale Marie-Agnès Gillot.

Disponible du 10/01/2021 au 16/05/2021

Chorégraphes : James Thierrée, Hofesh Shechter, Ivan Pérez, Crystal Pite

NOS NOTES ...
Originalité
Chorégraphie
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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