Iphigénie : figure crépusculaire et bouleversante, sous le regard de Krzysztof Warlikowski

Iphignié : figure crépusculaire et bouleversante, sous le regard de Krzysztof Warlikowski
Iphigénie en Tauride, mise en scène de Krzysztof Warlikowski au Palais Garnier © Guergana Damianova / OnP

Iphigénie : figure crépusculaire et bouleversante, sous le regard de Krzysztof Warlikowski

Confronté à la tragédie grecque, le metteur en scène Krzysztof Warlikowski (après son dernier opus “Les Français” que nous avons chroniqué ici), en quête de réalisme, offre une relecture contemporaine du mythe et nous livre une Iphigénie bouleversante.

En figurant l’héroïne pensionnaire d’une maison de retraite, hantée par son passé, Warlikowski scrute, sans relâche, une mémoire crépusculaire dont les réminiscences, à l’instar des tourments qui l’assaillent, n’en sont que plus perturbantes, entre remémoration et hallucinations ?. Un coup de maître.

Iphigénie en Tauride, mise en scène de Krzysztof Warlikowski au Palais Garnier © Guergana Damianova / OnP
Iphigénie en Tauride, mise en scène de Krzysztof Warlikowski au Palais Garnier © Guergana Damianova / OnP

Iphigénie est donc aux prises avec ses souvenirs et ses démons : héritière de la malédiction des Atrides, sauvée in extremis par la Déesse Diane, quand son père Agamemnon voulut la sacrifier pour adoucir la colère des Dieux, et que transportée par Diane en Tauride (l’actuelle Crimée), elle en fait sa prêtresse, chargée d’exécuter tous les étrangers qui entrent sur les terres du roi Thoas.

Là où des années plus tard, elle y retrouvera son frère Oreste et son ami Pylade, confrontée dès lors au dilemme du choix sacrificiel et par la même à cette répétition des crimes qui marque à jamais sa lignée (meurtres d’Agamemnon par Clytemnestre, de Clytemnestre par Oreste et enfin d’Oreste par Iphigénie qui sera interrompu à temps).

Et pour installer cette figure tutélaire symbole de toutes les femmes qui, au cours du XXe siècle ont vécu les pires horreurs, le metteur en scène crée avec la décoratrice Małgorzata Szczęśniak, un espace éclaté, d’une grande maitrise formelle, propice au découpage temporel et au déploiement d’un paysage mental aussi fragile que traumatique.

Iphigénie en Tauride, mise en scène de Krzysztof Warlikowski au Palais Garnier © Guergana Damianova / OnP
Iphigénie en Tauride, mise en scène de Krzysztof Warlikowski au Palais Garnier © Guergana Damianova / OnP

Où les décors, les lumières, la vidéo et les costumes convoquent à la perfection des images ultra-réalistes, en projection totale avec cette histoire de violence et son introspection.

Un coup de maître […]

A l’abri d’un immense miroir sans tain installé sur la scène qui laissera voir le plateau en plusieurs lieux ( la salle commune avec ses pensionnaires, une chambrée, un couloir de douches) ou bien reflètera aux spectateurs leurs propres images, déferle en visions kaléidoscopiques le passé d’une vieille femme et les chapitres d’une famille maudite, aux prises avec la violence, le pouvoir, la culpabilité, le sacrifice, et le remords.

[…] une Iphigénie bouleversante […]

Le tout emmené par une distribution, des chœurs, au diapason ainsi qu’une direction d’acteurs/chanteurs qui excelle. Où chaque geste/vocalise s’empare du drame, l’explore et le révèle sur la trame musicale ardente, contrastée, du chef d’œuvre de Gluck dont l’architecture se dévoile puissamment sous la direction de Bertrand de Billy. Du grand art, bravo.

INFOS

Dates : du 2 au 25 décembre 2016 l Lieu Palais Garnier (Paris)
Metteur en scène :  Krzysztof Warlikowski

Note
Originalité
Scénographie
Jeu des acteurs/chanteurs
Mise en scène
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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