Lambert Wilson, magnifique en Alceste à l’humeur noire

Lambert Wilson, un Alceste magnifique à l’humeur noire
Lambert Wilson et Pauline Cheviller dans Le Misanthrope de Molière © Svend Andersen

Lambert Wilson, magnifique en Alceste à l’humeur noire

La vanité, le pouvoir de médisance, les compromissions, mais aussi l’émancipation des femmes sont au cœur de cette pièce de Molière.

Alceste, le misanthrope, est le plus loyal et le plus droit des hommes. Ce jaloux, qui veut changer la face du monde, se retrouve pris au piège d’un système plus fort que lui, car il a le mauvais goût de dire ce qu’il pense. Il ne lui manque qu’une vertu, l’indulgence vis-à-vis des autres. Face à lui, objet de son désir et de rejet, Célimène est une femme empreinte de liberté.

Alceste souffre donc de l’hypocrisie du monde dans laquelle il vit. Il est pourtant fou amoureux de Célimène, une mondaine habitée par cet art de plaire qui voit défiler dans son salon des courtisans avides et calculateurs dont il n’a que mépris.

La conversation et l’appartenance sociale avec ces signes de reconnaissance sont les éléments fondateurs de ce microcosme. Entre soi, on se croise, on échange et on tente de répondre à la question qui est sur toutes les lèvres : Célimène est-elle sincère dans son amour ?

Avec ses enjeux, son interaction entre les protagonistes, ses contradictions à travers la posture morale d’Alceste qui se confronte à l’appel paradoxal de son désir, la parole est au centre du dispositif. Mais aussi de la lecture classique de Peter Stein qui ne s’attache pas à revisiter l’œuvre, se focalisant sur le texte fondateur et la direction d’acteurs.

Ce parti pris prend pour cadre une galerie des glaces sur toute la longueur du plateau où les joutes verbales, les faux-semblants, les confidences interagissent ou s’immobilisent.

Les discussions mettent à l’épreuve la sincérité d’Alceste qui erre, telle une âme écrasée et torturée par le poids de ses contradictions, désarmé face aux déceptions de la vie, faisant preuve de réactions contradictoires et inconsidérées, porteurs d’emportements suivis de périodes d’atonie et de faiblesse.

Mais aussi capable d’exaltation dans les sentiments amoureux qu’il éprouve pour Célimène, refusant dans sa critique du monde une société du paraître, de la dissimulation et dans laquelle la médisance s’avère un art à part entière. Avant que la solitude n’emporte le cœurs de chacun des amants vers leur exil respectif.

Un Alceste habité d’une rage noire

Dans le rôle titre, Lambert Wilson, habité d’une rage noire et jusqu’au-boutiste, est magnifique d’intensité et d’élan contrarié, s’emparant avec un vrai regard de son personnage dont il imprime le combat et le retrait inéluctable. Habillé d’un sublime costume d’époque noir orné de ruban verts de Anna Maria Heinreich, il est cet homme multiple aux prises entre ses principes et cet amour impossible qui les renient.

Célimène (Pauline Cheviller) est à la fois pétillante et fragile dans sa quête héroïque de liberté. Quant à Hervé Briaux qui interprète Philinte, l’ami pacificateur, il offre un jeu d’une grande maîtrise tandis que Brigitte Catillon impose sa prestance naturelle dans le rôle d’Arsinoé.

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Dates : A partir du 13 février 2019 l Lieu : Théâtre Libre Le Comédia (Paris)
Metteur en scène : Peter Stein

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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