© Martin Parr / Magnum Photos
Le monde brûle, la glace fond, mais le buffet reste ouvert…dans la focale de Martin Parr
Avec l’exposition « Global Warning », Martin Parr poursuit son inventaire ironique des sociétés de loisirs. Plages bondées, paysages consommés et nature domestiquée composent un théâtre familier où la crise écologique ne surgit pas comme un drame, mais comme une atmosphère diffuse — celle d’un monde qui continue, obstinément, à se divertir.
Fidèle à son regard mordant, Martin Parr capte dans cette exposition la banalité d’une époque qui consomme paysages, animaux et climat avec la même insouciance. Une série d’images colorées et cruelles où le rire affleure — avant de laisser place à un léger malaise.
On pourrait croire que qu’il photographie les vacances. En réalité, il photographie la persistance du confort dans un monde qui se dérègle.
Le photographe britannique, membre historique de Magnum Photos, ne choisit ni la catastrophe spectaculaire ni l’image militante. Il fait un geste plus subtil — et plus inquiétant : il montre des gens qui continuent.
Ici, pas d’incendies géants ni de paysages apocalyptiques.
Seulement des scènes ordinaires : un buffet d’hôtel débordant, une station de ski sous neige artificielle, des foules serrées devant des panoramas épuisés. La crise climatique n’apparaît jamais comme un événement. Elle s’installe comme une ambiance. Et c’est précisément là que l’exposition frappe juste.
La plage comme symptôme
Dans les images de littoral, la mer n’est presque plus un horizon. Elle devient un décor derrière une accumulation de corps, de serviettes, de sacs plastiques et de glacières.
Les vacanciers occupent l’espace avec la logique d’un parking : chacun trouve sa place, s’installe, consomme le paysage. Parr photographie ces plages saturées avec une précision presque scientifique.
Personne n’est ridiculisé, personne n’est héroïsé. Ce qu’il montre, c’est un rituel devenu automatique : venir chercher la nature tout en la recouvrant.
La plage, chez lui, n’est plus un lieu. C’est un système. Le tourisme de masse y apparaît comme une mécanique parfaitement rodée, une chaîne de production du souvenir standardisé. On ne contemple plus le paysage : on valide sa présence.
Cette logique se prolonge dans les scènes urbaines ou montagnardes. Files compactes devant un glacier, groupes disciplinés face à un monument naturel, téléphones levés comme un réflexe conditionné. L’expérience précède le regard : on sait déjà ce qu’il faut photographier avant même d’avoir vu.
Ce que Parr capte, c’est ce moment très précis où le voyage cesse d’être une découverte pour devenir une preuve sociale. Le monde n’est plus parcouru, il est coché. L’humour est toujours là — couleurs acides, détails absurdes, situations légèrement grotesques — mais il a changé de nature. Il ne fait plus seulement sourire : il installe un doute.
Ces images ressemblent à des archives prises trop tôt, comme si l’on feuilletait déjà l’album d’une civilisation qui n’a pas encore compris qu’elle documente sa propre fatigue.
Les animaux, figurants du loisir humain
Les photographies d’animaux prolongent ce déplacement du regard. Chameaux décorés pour touristes, singes utilisés comme attractions, oiseaux fouillant les restes humains : la faune n’apparaît plus comme un monde autonome mais comme un élément du dispositif touristique.
Chez Parr, les animaux ne symbolisent rien. Ils ne représentent ni la nature pure ni la menace écologique. Ils sont simplement là, intégrés à l’économie du divertissement, presque au même titre que les parasols ou les stands de glace.
Et c’est précisément cette banalité qui trouble. Le sauvage ne disparaît pas dans un fracas dramatique ; il est absorbé doucement, transformé en décor interactif. Dans ces images, ce ne sont pas les bêtes qui semblent déplacées. C’est la place que nous avons prise.
« Global Warning » n’assène jamais de leçon. Aucun slogan, aucune accusation frontale. Parr fait quelque chose de plus efficace : il nous montre tels que nous sommes lorsque rien ne nous empêche de continuer.
Avec cette impression persistante que ces photographies ne parlent pas seulement du climat, ni même du tourisme, mais d’un état mental collectif : celui d’une société parfaitement informée et parfaitement capable de poursuivre comme avant.
Parr ne photographie pas la catastrophe. Il photographie notre élégance à l’ignorer. Un pur régal !
Dates : du 30 janvier au 24 mai 2026 – Lieu : Jeu de Paume (Paris)


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