« Le Suicidé » : Bellorini rallume la satire d’Erdman
Écrite à la fin des années 1920, « Le Suicidé » de Nicolaï Erdman appartient à cette zone paradoxale de l’histoire théâtrale soviétique où l’avant-garde comique devient politiquement dangereuse.
Satire de la récupération idéologique d’un individu ordinaire, la pièce fut rapidement censurée, précisément parce qu’elle révélait le fonctionnement symbolique du pouvoir plutôt que son contenu doctrinal.
Il y a, dans ce « Suicidé », quelque chose qui ressemble à un carnaval au bord du gouffre. On rit, mais d’un rire qui tangue. On applaudit, mais avec l’impression d’avoir traversé un rêve trop lucide.
La pièce de Nicolaï Erdman est déjà une bombe : satire féroce, mécanique du désespoir collectif, farce métaphysique où un homme ordinaire devient soudain l’objet de toutes les récupérations idéologiques.
Jean Bellorini, lui, ne cherche pas à l’actualiser à coups de clins d’œil politiques appuyés. Il fait mieux : il la laisse déborder. Et dans cet espace, elle devient étrangement contemporaine.
Sa mise en scène avance comme un orchestre désaccordé qui trouverait soudain l’harmonie dans le chaos.
La farce et l’abîme
Le plateau est vivant, traversé de musique, de corps colorés, d’élans presque enfantins. On reconnaît la signature Bellorini : le théâtre comme fête fragile, comme tentative d’élévation collective, comme refuge contre la brutalité du monde.
Mais ici, la lumière n’efface jamais l’ombre. Le spectacle joue constamment sur une ligne de fracture : d’un côté, une énergie burlesque, presque clownesque, de l’autre, une mélancolie qui s’infiltre partout, jusque dans les apartés.
Là où d’autres auraient souligné la dimension politique, il cherche plutôt la vibration humaine — ce point fragile où le grotesque cesse d’être un effet pour devenir une condition.
On pense parfois aux théâtres de tréteaux hérités de Vsevolod Meyerhold : un jeu physique, musical, collectif, où la forme fabrique du sens avant même le texte.
Mais Bellorini n’imite pas une tradition. Il la rend poreuse.
Les acteurs ne caricaturent pas les figures grotesques : ils les habitent avec une sincérité troublante. Le héros malgré lui n’est pas seulement un pantin social, il devient un miroir.
Et ce miroir renvoie une question simple, brutale : qu’est-ce qu’une vie vaut lorsqu’elle devient un symbole pour les autres ?
La musique, omniprésente, agit comme un second texte. Elle ne souligne pas l’action : elle la prolonge. Par moments, on a l’impression que le spectacle se met à chanter parce que dire ne suffit plus.
La force de Bellorini est de ne jamais transformer la satire en démonstration, mais d’en orchestrer une expérience humaine
Il en ressort une comédie sur le désespoir, une farce sur la manipulation politique mais aussi, et peut-être surtout, une ode fragile aux vivants qui refusent de disparaître
Ce « Suicidé » n’est pas une relique soviétique remise au goût du jour.
C’est un bal étrange où le grotesque danse avec le tragique, et où, au milieu du vacarme, une question persiste : et si le vrai scandale n’était pas de mourir, mais de vivre sans que personne ne sache pourquoi.
Dates : du 13 au 21 février 2026 – Lieu : Théâtre Nanterre-Amandiers (Paris)
Mise en scène : Jean Bellorini
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