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Meret Oppenheim, Ma gouvernante, 1936 Métal, chaussures, fil, papier — 14 × 21 × 33 cm Moderna Museet, Stockholm © Adagp, Paris 2013

Centre Pompidou – Beaubourg jusqu’au 3 mars 2014

Le Centre Pompidou présente actuellement une passionnante exposition consacrée au Surréalisme, articulée à travers le prisme du rapport à l’objet. Grâce à cet angle original, le visiteur traverse toute l’histoire de ce courant d’art depuis ses précurseurs Marcel Duchamp et Giorgio de Chirico, jusqu’à son contrepoint contemporain illustré par des oeuvres de Mona Hatoum, Ed Ruscha, Cindy Sherman, Arnault Labelle-Rojoux, Paul Mc Carthy, soulignant son influence et sa postérité.

En racontant l’histoire de l’objet surréaliste, l’exposition – judicieusement mise en scène – montre très bien comment des l’objets ancrés dans la réalité la plus quotidienne, vont initier une “physique de la poésie”, selon l’expression de Paul Éluard que reprendra à son compte André Breton.

Détourné de sa fonction première utilitaire, l’objet devient alors pour ces artistes un support improbable destiné à prendre le pas sur le réel qui n’en constitue pas sa négation mais une inclinaison ouverte à la fantaisie, au fantasme, à la poésie, au désir et à l’imaginaire.

[pull_quote_left]Un parcours initiatique où le surréalisme s’apparente à cet obscur objet du désir.[/pull_quote_left]

Tout commence en 1914, dix ans avant la création du mouvement. Marcel Duchamp démystifie la notion d’art par l’acquisition d’un porte-bouteilles qu’il qualifiera d’œuvre à part entière et donnera naissance au premier ready-made. La même année, c’est au tour de Giorgio de Chirico d’introduire dans une de ses toiles un mannequin de bois.

De la reconnaissance fondatrice sur le mouvement surréaliste de l’objet trouvé de Duchamp et du mannequin qui modifie la perception du réel entre figure inerte ou animée, aux sculptures d’assemblage de Joan Miró de la fin des années 1960, des “objets à fonctionnement symbolique” en passant par la Poupée de Hans Bellmer à celles de Cindy Sherman, sans oublier les “sculptures involontaires” de Brassaï, c’est cette traversée que rend largement compte l’exposition à travers les différents étapes de la réflexion surréaliste appliquée à l’objet.

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Man Ray, Mannequin de Marcel Duchamp dans la rue aux lèvres, 1938 Photographie, épreuve gélatino-argentique — 20,2 × 15 cm Photographie réalisé à l’« Exposition internationale du surréalisme » Paris, galerie des Beaux-Arts, janvier- février 1938, Centre Pompidou, bibliothèque Kandinsky, Paris © Man Ray Trust / Adagp, Paris

Avec pas moins de 200 œuvres, dont nombre de chefs-d’œuvre de Dali, Calder, Bellmer, Man Ray, Miró, Giacometti ou Magritte, le visiteur est imprégné de cette  “objectivation du rêve”, où l’objet se révèle un élément subversif de la réalité.

Dès l’entrée, nos pas sont d’ailleurs guidés dans une galerie à l’univers clos et intimiste qui distribue les salles d’exposition avec au sol des noms empruntés aux surréalistes “rue aux lèvres”, “rue faible”, “rue de tous les diables”.

Cinq présentations surréalistes datant de 1933, 1936, 1938, 1957 à 1959 sont aussi reconstituées en instaurant une atmosphère de “parc d’attraction” ou de “train fantôme” à laquelle les critiques des années 1930 et 1950 les comparaient d’une plume condescendante.

Un parcours initiatique où le surréalisme s’apparente à cet obscur objet du désir…

Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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