“Macbeth”, un couple possédé à la Comédie de Reins

"Macbeth", un couple possédé au Théâtre de l'Odéon
“Macbeth”
photo © Elizabeth Carecchio

“Macbeth”, un couple possédé à la Comédie de Reins

La tragédie de Macbeth est une pièce monstre, sans doute parce qu’elle est habitée par des sorcières, des fantômes, des rois et des prétendants, des assassins et des conspirateurs. Monstrueux ce couple démoniaque qui va croire aveuglément au message délivré par trois sorcières : Macbeth sera roi, mais pas sa descendance.

Et la foi en un destin porté par la fusion d’un couple dont les fragilités de l’un et de l’une sont pondérées par les forces de l’autre. Le tout pour une ambition partagée de toute-puissance et au centre de la mise en scène inspirée et fluide de Stéphane Braunschweig, où comme envoûtés par la prophétie, Macbeth et son épouse montent alors un plan machiavélique pour s’emparer et régner sur le royaume, jusqu’à en perdre la raison.

Un entre-deux peuplé de cauchemars et de fantasmes

Personnages également insondables entre le visible et l’invisible, l’humain et le non-humain, la conscience et la folie, réunis dans un désir irrépressible de devenir roi et reine d’Écosse.

Car les Macbeth avancent ensemble aux prises avec leurs contradictions, entre ambition et culpabilité, pulsions meurtrières et peur du châtiment, frontière brouillée entre le bien et le mal.

La nouvelle traduction proposée par Stéphane Braunschweig et Daniel Loayza est une réussite. Captivante et vive, elle nous plonge au plus près des enjeux de cette tragédie, où rêves et cauchemars sont intimement mêlés. Et se plie à une lecture contemporaine qui fait pleinement résonner la part intime de l’être avide de pouvoir et de domination.

Une mécanique infernale aux prises avec les fantasmes d’un couple bercé d’illusions et dévoré par un aveuglement obsessionnel, où chacun tente d’échapper à sa propre nature, sa fragilité et sa finitude, dans un monde du pouvoir où l’innocence semble depuis longtemps perdue.

La scénographie, magistrale, conçue par Stéphane Braunschweig se partage entre un grand espace blanc carrelé, glacial et modulable, réceptacle de l’inconscient et projection mortifère de ses désirs exacerbés, s’ouvrant sur une salle à manger aux boiseries finement dorées d’un somptueux palais où s’organisent la comédie du pouvoir et son décorum. Un entre deux peuplé de cauchemars, de folie meurtrière, de stratagèmes et d’ivresse guerrière.

La troupe se montre au diapason emmenée par le couple maudit (Adama Diop et Chloé Réjon) dont le jeu à l’équilibre parfait, imprime un rythme et une tension à la langue crépusculaire de Shakespeare, et la prestation de Jean-Elie Roman dans le rôle de Malcolm, au surmoi aussi redoutable que glaçant.

[vc_text_separator title=”INFOS” color=”custom” border_width=”5″ accent_color=”#1e73be”]

Dates : du 16 au 18 mai 2018 l Lieu : Comédie de Reins
Metteur en scène : Stéphane Braunschweig

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here