Il y a quelque chose de troublant dans l’idée de remettre les pieds dans un jeu qu’on croyait avoir gagné. Airi Nishina, lycéenne survivante d’une première partie de loup-garou grandeur nature, croyait sa peine purgée. Elle rouvre les yeux sur la même scène, ou presque : une salle close, des camarades tirés au hasard, un maître de cérémonie invisible, et de nouvelles règles. Hunt – Beast Side, tome 01, paru chez Soleil Manga le 21 mars 2018, suite directe en trois volumes de Hunt – Le jeu du Loup-Garou, remet au travail Koudo au dessin, d’après l’histoire originale de Ryo Kawakami. La bascule tient à un détail : cette fois, Airi n’est plus dans le camp des villageois. Elle est loup.
Airi, du côté des crocs
Le prologue ne s’embarrasse pas d’introduction. Kawakami compte sur la mémoire du lecteur : celui qui n’a pas ouvert la série mère sera un peu perdu, et c’est assumé. Les règles sont rappelées à la volée, comme un dossier d’invitation glissé sous la porte. Airi et Konomi retrouvent la salle et comprennent immédiatement le piège. Elles savent qui elles sont — loups-garous — et devront faire mine de le découvrir en même temps que les autres. Un troisième loup les rejoint, inconnu. Dix villageois en face, treize joueurs au total autour de la table du vote, avec des rôles dont on ne connaît pas encore le contour. La tension monte vite. Ce n’est plus l’apprentissage laborieux du premier tome de la série d’origine : ici on entre dans le jeu par la porte des chasseurs, et le vertige tient à cette place inconfortable. Traquer d’anciens innocents.
Nouvelles cartes, ancien piège
Le premier volume avance ses jetons avec méthode. Kawakami introduit deux rôles inédits : le Garde du corps, décalque du Salvateur, qui peut protéger un joueur par nuit ; et les Jumeaux, deux villageois liés dont la survie se répond, cousins des Amoureux des extensions du jeu de plateau. Rien de gratuit — chaque ajout modifie la table, redistribue les soupçons, oblige les loups à recalculer. Le manga se lit d’un trait pour cette raison. On veut savoir qui va parler, qui va bluffer, qui va se trahir. La contrainte des trois tomes se sent déjà : dix villageois plus trois loups, et à peine 160 pages pour lancer la partie, cela ira vite, très vite. Certaines mises à mort seront expédiées. On peut le regretter. Mais on comprend aussi que Kawakami mise sur l’efficacité, sur la charge nerveuse plutôt que sur la lente asphyxie d’un huis clos étendu à dix volumes.
Le trait de Koudo, entre efficacité et sobriété
Koudo dessine à hauteur d’adolescent. Ses visages restent lisibles — Konomi, notamment, se repère au premier coup d’œil, ce qui n’est pas rien dans un manga où la confusion des rôles est le moteur. Les fonds, en revanche, manquent parfois de trames pour installer une vraie sensation de lieu ; on aurait aimé sentir davantage la salle qui les enferme, ses angles, sa lumière blafarde. Là où le trait gagne, c’est dans les basculements : un œil qui se ferme, une lèvre qui tremble, la seconde où la lycéenne s’efface derrière la prédatrice. Les scènes de mise à mort changent d’ailleurs de nature : ce ne sont plus les joueurs qui achèvent le condamné, c’est son collier qui l’exécute à l’acide. Mesurées mais crues, elles refusent la surenchère façon Elfen Lied et gardent le gore utile — celui qui pèse sur la conscience du personnage plus que sur celle du lecteur.
Une brique de plus au mur du death game
Impossible de lire ce premier tome sans penser à la longue lignée japonaise du survival lycéen : Battle Royale de Kōshun Takami reste le totem, Doubt de Yoshiki Tonogai le voisin gothique, Kamisama no Iu Toori le grand frère bruyant, Prisonnier Riku le cousin sportif. Hunt – Beast Side ne prétend pas les surpasser. Il choisit un angle plus resserré, plus ludique : coller au jeu de rôle Le Loup-garou de Thiercellieux, ses cartes, ses phases nuit/jour, sa mécanique de mensonge collectif, et voir ce qu’on peut en tirer quand mourir dans la partie signifie mourir tout court. Le pari de la face B — inverser le point de vue — évite l’écueil du copié-collé et redonne du sang neuf à un concept qu’on croyait tari, déjà porté au cinéma côté japonais avec The Werewolf Game: The Beast Side en 2014. Reste que ce tome 1 pose surtout les cartes sur la table. La vraie catharsis, on le pressent, viendra dans les deux volumes suivants. On referme donc l’album en attente, un peu essoufflé, avec une envie tenace de savoir qui sortira vivant, et à quel prix mental. Un signal encourageant, à l’heure où Soleil vient de rassembler les trois tomes en une Complete Edition parue le 9 juillet 2026 — une intégrale d’environ 480 pages à 19,99 € — et où l’éditeur annonce enfin Hunt – Crazy Fox, volet suivant en quatre tomes jusque-là inédit en France. La partie continue.
📖 Résumé de l’éditeur
Airi Nishina, lycéenne candide et innocente, a été enlevée et forcée à participer à un jeu de loup-garou grandeur nature, où elle et ses camarades de classe devaient s’entretuer. De ce jeu sanglant, qui oppose villageois et loups-garous, Airi sort victorieuse. Malheureusement, sa récompense n’est pas la liberté, mais une nouvelle partie macabre. Cette fois, Airi joue du côté des loups-garous, dont le seul but est d’éliminer leurs compagnons ! Bienvenue dans la face B de cette série à succès !
📚 Fiche éditeur
Titre VF complet
Hunt – Le jeu du Loup-Garou – Beast Side
Titre VO
Jinrô Game – Beast Side (人狼ゲーム ビーストサイド)
Scénario
Ryo Kawakami (histoire originale)
Dessin
Koudo (crédité Koudon en VO)
Traduction
Patrick Alfonsi
Éditeur
Soleil Manga (collection Seinen)
Éditeur VO / prépublication
Takeshobo — magazine Kissca (prépublication dès 2015, tomes reliés 2016-2017)
Date de sortie
21 mars 2018
Prix
8,50 €
EAN
9782302068599
Pagination
160 pages, noir & blanc
Format
Broché, 130 × 180 mm
Public
À partir de 14 ans — lectorat averti (violence)
Série
3 tomes (terminée) — suite directe de Hunt – Le jeu du Loup-Garou
Réédition
Complete Edition, un volume, 9 juillet 2026, 19,99 €