Rencontre au sommet entre Anne Teresa De Keersmaeker et les concertos baroques de Bach

Rencontre au sommet entre l’écriture chorégraphique d’Anne Teresa De Keersmaeker et les concertos baroques de Bach
Les six Concertos brandebourgeois par la compagnie Rosas, © Anne Van Aerschot

Rencontre au sommet entre Anne Teresa De Keersmaeker et les concertos baroques de Bach

Anne Teresa De Keersmaeker était de retour à l’Opéra de Paris du 8 au 14 mars 2019. Après ses pièces Rain ou Drumming Live, entrées au répertoire du Ballet, et sa mise en scène en 2017 de Cosi fan tutte, c’est avec sa compagnie Rosas qu’elle réinvestissait les lieux et signait une nouvelle pièce inspirée par la musique de Jean-Sébastien Bach. Un coup de maître à redécouvrir sur Mezzo Live, le dimanche 28 avril à 18h35.

Les six concertos brandebourgeois est le cinquième opus qu’Anne Teresa de Keersmaeker consacre à l’oeuvre du Cantor de Leipzig. Bach y a expérimenté d’une manière inédite la relation entre le ripieno – c’est le terme consacré pour désigner l’orchestre en charge de l’accompagnement – et les solistes ; entre le groupe et l’individu, l’avant-plan et l’arrière-plan.

Sur le plateau, les 16 danseurs issus de différentes générations de la compagnie sont accompagnés par la violoniste française, Amandine Beyer, et par l’ensemble B’Rock. La danse commence par une marche. Ligne calme qui avance, déferle et reflue. Une phrase répétée, modulée dont le déploiement progressif parfaitement orchestré, s’opère en contrepoint de la ligne musicale.

Les interprètes sont pris, fondus, dans un courant indivisible. Mus par des nombres invisibles, mais inscrits dans la partition. Écriture. Entrelacs. Géométries sous-jacentes. Les lignes avancent ou vont à reculons. Elles tremblent, se défont, tracent au sol d’autres lignes et ouvrent l’espace suivant. Des hommes à la renverse, sur les mains, pointent le ciel des pieds et tournent, créant de nouveaux équilibres insoupçonnés.

Un dialogue vertigineux avec la musique

Une constellation mobile qui produit une fascinante effervescence et offre, entre la forme et l’expression, entre la durée et l’instant, entre le mouvement muri et le geste instinctif, un dialogue vertigineux avec la musique dont la chorégraphe transcende la polyphonie.

Car la partition est portée par toute une gamme d’impressions et d’affects appartenant à la mémoire de nos corps humains : joie et colère, fierté et mépris, vengeance et pitié, plaisir, douleur, mélancolie. Le tout dans un mouvement perpétuel, telle une ode à la vie qui ouvre un autre ordre possible.

Où le compositeur allie à la fois un caractère dansant et un haut degré d’abstraction à travers cette trame musicale qui met en jeu une multitude de procédés : variations, inversions et développements, en passant de la simplicité à la complexité, de l’ordre au chaos.

Et dont la chorégraphie qui n’exécute pas la musique, épouse à merveille les fulgurances, les recommencements, à l’abri de son vocabulaire – entre variation géométrique et dynamique pulsative – mais aussi de nouvelles variations, imprimant une savante organisation des corps dans le temps et l’espace.

Anne Teresa De Keersmaeker témoigne comme nulle autre de cette complétude entre la musique et la danse dont la chorégraphe flamande imprime l’empreinte des corps, des gestes et des sons dans une symbiose aussi captive qu’inventive. Du grand art. Bravo !

INFOS

Date : 28 avril 2019 sur Mezzo Live à 18h35
Chorégraphe : Anne Teresa De Keersmaeker

Note
Originalité
Scénographie
Chorégraphie
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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