L’auteur de la BD va se ressourcer en Chine pour faire le deuil de son père disparu. Il soliloque au milieu de l’architecture mi-moderne mi-décrépie de Shanghai, il se demande ce qu’il fait bien là, les raisons de son périple lui semblent d’abord obscures, le voyage tient de la redécouverte du monde autant que de lui-même, il lui faut se perdre pour se retrouver.

Une BD introspective de voyages

Le chagrin le dispute aux remords alors que le dessin extrêmement précis fait découvrir une ville protéiforme aux nombreux aspects. Ce qui apparait au départ comme une fuite désordonnée se transforme petit à petit en pèlerinage à l’ombre des buildings et au milieu d’une foule nombreuse. BD d’avant Covid, Shanghai chagrin fait le pari de l’introspection immersive pour un récit fait de bribes et de lambeaux. Léopold Prudon propose un livre de voyages dans un pays trop grand pour être complètement appréhendé autrement que par petites touches. Croyant pouvoir échapper à sa peine, il comprend qu’il va devoir vivre avec elle et la digérer en déambulant et en dessinant. Des souvenirs de discussion mettent en relief les rapports toujours distants entre le fils et le père, avec tous ces non-dits maladroits et inévitables. Les dessins d’architecture sont somptueux, montrant bien l’art de l’auteur pour capter le réel et se l’approprier.

Shanghai chagrin est une BD éminemment personnelle, comme une thérapie pour son auteur afin de réaliser le deuil toujours nécessaire même si douloureux. Les éditions L’association proposent un beau moment de rêverie entre béton et déambulations.

Synopsis: Après la mort de son père, Léopold Prudon part s’installer un an dans la tentaculaire agglomération chinoise. Un monde neuf, inconnu, où il observe les formes de la ville en tentant de ne plus penser à rien. C’est ainsi qu’il fait son deuil, dans cette ville étrangère qui se dévoile par fragments, au gré des cases, à travers un noir et blanc élégant et épuré : des lignes d’horizon rompues par le sommet des gratte-ciels, les courbes de béton des échangeurs autoroutiers, les passants anonymes ou les néons des sinogrammes qui clignotent dans la nuit. Des images auxquelles se superposent des bribes de poèmes liées à la mort de son père et des dialogues issus de conversations banales – comme pour souligner que la vie suit son cours. 

Editeur: L’association

Auteur: Leopold Prudon

Nombre pages / Prix: 144 pages / 17 euros

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