The Revenant, film rugueux d’Alejandro Iñárritu

The Revenant
The Revenant : Photo Leonardo DiCaprio © Twentieth Century Fox France

The Revenant, film rugueux d’Alejandro Iñárritu

Longtemps attendu comme l’évènement cinématographique des Oscars, The Revenant attire la foule depuis sa sortie le 24 février. La patience des fans français d’Alejandro Inarritu et de Leonardo DiCaprio est enfin récompensée. Car voir The Revenant ailleurs que sur un grand écran de cinéma relève de la pure hérésie. Le souffle épique et la dramaturgie atteignent des sommets de puissance dans une salle digne de ce nom. Quant à Léo… adoubé (enfin !) par la profession, l’Oscar lui était évidemment destiné sous peine de secousse sismique et d’enfouissement du Dolby Theater de Los Angeles en direct live.

Sorti aux Etats-Unis depuis le 23 décembre 2015, les récompenses ne cessent de pleuvoir sur The Revenant. Golden Globe et BAFTA pour ne citer que les plus prestigieuses ont honoré film, réalisateur et acteur. Acclamé par la critique depuis de nombreuses années et son accumulation de films émotionnellement et épidermiquement musclés comme Amours chiennes, Babel ou 21 Grammes, Inarritu a définitivement chamboulé la donne hollywoodienne en 2015. Son Birdman a déjoué tous les pronostics en remportant l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur. C’est donc la seconde fois consécutive qu’il reçoit l’Oscar du meilleur réalisateur pour The Revenant ! Si l’ambition formelle et scénaristique de Birdman transportait le spectateur dans des contrées quasi mystiques, The Revenant est un vrai coup de poing dans l’estomac.

The Revenant est un vrai coup de poing dans l’estomac.

Tourné en conditions 100% naturelles, The Revenant utilise l’éclairage et les paysages du grand nord canadien. Leonardo DiCaprio crapahute dans 300Km de neige pour retrouver son bourreau, le spectateur partage ses souffrances et son calvaire avec une empathie extrême. Car Inarritu fait de son personnage Hugh Glass un héros rêvé de l’Amérique du XIXe. Ouvert d’esprit, intègre et droit, ami des amérindiens et victime d’un sort contraire, le trappeur revêt les oripeaux de celui qui mérite sa juste vengeance. Binaire et caricatural mais flamboyant. Leonardo magnétise la caméra, multipliant les rictus et les râles rageurs tandis qu’il nage dans une rivière gelée ou se vautre dans une carcasse de cheval pour éviter l’hypothermie.

Aux côtés de Léo, Tom Hardy semble souffrir d’un mal incurable depuis The Dark Knight Rises. Son charisme impressionne mais on ne comprend rien à ses baragouinements. Les spectateurs à l’aise en anglais même sans être parfaitement bilingues seront frustrés de devoir impérativement lire les sous-titres sous peine de n’y rien comprendre. Il joue le némésis du héros, lui-même blessé par la vie et aux scrupules depuis longtemps enfouis sous une épaisse couche de frustrations. Si Léo irradie, Tom est son soleil noir implacable.

Inarritu invoque une prestigieuse ascendance avec rien de moins que Kubrick pour la virtuosité de sa caméra ou Malick pour ces longues plages contemplatives. The Revenant est une oeuvre d’art rugueuse, elle se mérite. Il faut aller au-delà des inévitables longueurs et s’accrocher devant les répétitifs exploits physiques du héros. Les scènes dantesques s’accumulent dans une farandole de prouesses techniques. Le long plan séquence de l’attaque des indiens, la lutte désespérée contre une mère ours opiniâtre, la chute à cheval… autant de scènes qui marqueront l’histoire du cinéma, rien de moins.

Le parcours de Léo ressemble à une catharsis visant au pardon pour n’avoir pu protéger les siens. L’idée de vengeance le maintient en vie en milieu hostile et sa quête impressionnera le plus fanatique fan de Winnie L’Ourson. Si on ajoute la musique, les personnages secondaires et la dureté équivoque du temps des pionniers, on tient un évident favori aux Oscars, pourtant doublé par Spotlight.

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The RevenantDans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

Sortie : le 24 février 2016
Durée : 2h36
Réalisateur : Alejandro González Iñárritu
Avec : Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson
Genre : Western, Aventure violente

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Note
Originalité
Scénario
Réalisation
Jeu des acteurs
Stanislas Claude
Rédacteur ciné, théâtre, musique, BD, expos, parisien de vie, culturaddict de coeur. Fondateur et responsable du site Culturaddict, rédacteur sur le site lifestyle Gentleman moderne. Stanislas a le statut d'érudit sur Publik’Art.

2 COMMENTAIRES

  1. Jamais on ne parle de la violence qui émane de ce film, ni de son budget absolument colossal : 135 millions de dollars. Alors que le dernier film d’Inarritu, Birdman avait couté 18 millions de dollars. Ce film est une adaptation du roman de Michael Punke qui raconte l’histoire vraie du trappeur Hugh Glass. Le tournage du film dura 9 mois et dans des conditions extrêmement difficiles. On dit même que Léonardo DiCaprio a failli perdre un orteil de pied, à cause du gel. Rien que pour ce qu’il a réellement fait dans ce film, Leonardo Di Caprio mérite son Oscar de meilleur acteur, à savoir : tourner par des températures extrêmes, plonger dans des rivières glacées à maintes reprises, manger du foie de bison cru, et même se réfugier du froid dans une carcasse de cheval, sans parler des heures interminables de maquillage !
    Pour ma part, même si certains passages sont grandioses, au niveau photographique, ce film m’a tétanisée de peur et trop d’hémoglobine tue le film… D’autant plus que le scénario est souvent invraisemblable ! Il fait une chute de plusieurs mètres, son cheval meurt mais lui n’a que quelques égratignures ! Et à la fin du film, il se met même à courir ! Envolées toutes ses blessures ! Un film trop long et beaucoup trop violent à mon goût.
    Ce film, aux USA, est interdit au moins de 17 ans non accompagné. Et en France il est juste interdit au moins de 12 ans.

  2. Grand film, en effet, où si les effets de la mise en scène tendent au paroxysme, ils n’en sont pas moins d’une grande cohérence et d’un équilibre parfait entre :
    -la puissance des paysages et l’aridité du milieu naturel
    -la violence des scènes de combat et la rage intérieure extrême du supplicié
    -l’humanité malmenée et l’animalité qui font corps.
    Un oscar donc pour un acteur/trappeur méconnaissable, au sommet de son art.

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