“Tragédies romaines” : le feuilleton titanesque d’Ivo van Hove sur le pouvoir

Tragédies romaines : le feuilleton titanesque d’Ivo van Hove sur le pouvoir
“Tragédies romaines Ivo van Hove / Toneelgroep Amsterdam – © Jan Versweyveld

“Tragédies romaines” : le feuilleton titanesque d’Ivo van Hove sur le pouvoir

Shakespeare le retour ! Après avoir accueilli en janvier 2016 “Kings of War” qui nous offrait déjà une puissante immersion au coeur des arcades du pouvoir, Ivo Van Hove retrouve le Théâtre National de Chaillot pour s’attaquer cette fois-ci aux trois tragédies romaines : Coriolan, Jules César, Antoine et Cléopâtre.

Et questionner encore et toujours le champ du politique à travers ces trois aventures qui mettent en scène l’histoire et les destins tragiques d’hommes et de femmes confrontés au pouvoir.

Car si Ivo van Hove emprunte à Shakespeare, c’est pour mieux mettre en parallèle notre réflexion à bonne distance historique sur ce qui peut paraître immuable dans les pratiques de ce pouvoir et ses dérives.

De la bonne distance Shakespearienne à la transposition contemporaine

Ambition, rivalité, certitude d’être l’homme providentiel ou le sauveur ultime, démagogie inhérente à la démocratie, arme de la communication réductrice, refus d’un pouvoir partagé, impuissance chronique cachée sous des discours lyriques, refoulement de l’intime, autant de thèmes qui traversent ces tragédies shakespeariennes et qu’Ivo van Hove place au cœur de notre monde contemporain, dans des lieux de pouvoir tels que nous les connaissons, salles de conférences internationales ou plateaux de télévision.

Au plus près du texte original, il fait entendre pendant pas moins de 5h45 ces questionnements en mettant en exergue les passions humaines et leurs contradictions aux prises avec les enjeux de domination, d’ambitions, et de visions du monde.

De Coriolan qui refuse la démocratie en niant le poids de la plèbe, en passant par Brutus qui veut sauver la démocratie en tuant le démagogue César, et Antoine qui ne peut plus sortir de l’imbroglio mêlant son avenir politique et sa vie amoureuse, ces héros Shakespearien voulaient pourtant tous, comme aujourd’hui, transformer la société mais au prix de combien d’erreurs, de compromissions et de reniements idéologiques. Le tout sous l’emprise d’un aveuglement despotique, hégémonique dont les noirs desseins et leurs résultats sont toujours d’actualité.

Dans un décor ultra contemporain, les personnages en costumes de ville évoluent au milieu de canapés design, invitant les spectateurs à les rejoindre sur scène pour boire un verre ou encore consulter leurs emails !

En opposant à ces tribuns qui sont aussi des hommes de chair, la passion à la trahison, la dictature à la démocratie, l’amour au devoir, Ivo van Hove et sa troupe du Toneelgroep Amsterdam éblouissante de maîtrise – sur fond musical tonitruant ou opératique orchestré par des musiciens qui accompagnent le chaos et son vertige – donnent à voir cette déflagration entre la sphère publique et intime, qui précipite la chute.

Un rétrospective visionnaire qui passe au crible dans une réactualisation percutante mais sans cynisme, un système de gouvernement aussi ravageur que ravagé par l’égo, les passions intimes, les luttes intestines et la communication politique.

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Dates : du 29 juin au 5 juillet 2018 l Lieu Théâtre National de Chaillot (Paris)
Metteur en scène : Ivo van Hove

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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