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[BD] 13 jours, 13 nuits dans l’enfer de Kaboul, de Jean-Claude Bartoll & Renato Arlem, d’après Mohamed Bida (Delcourt)

Couverture 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul Bida Bartoll Arlem Delcourt [BD] 13 jours, 13 nuits dans l’enfer de Kaboul, de Jean-Claude Bartoll & Renato Arlem, d’après Mohamed Bida (Delcourt)

Le 15 août 2021, les talibans entrent dans Kaboul. À l’ambassade de France, il reste un commandant de police et dix hommes. Autour d’eux, cinq cents personnes à évacuer et une ville qui bascule. 13 jours, 13 nuits dans l’enfer de Kaboul raconte ces deux semaines du point de vue de celui qui les a vécues : Mohamed Bida, attaché de sécurité intérieure adjoint à Kaboul depuis 2016, entouré de policiers du RAID et du Service de la protection. Le récit, adapté de son témoignage par Jean-Claude Bartoll et dessiné par le Brésilien Renato Arlem, est paru le 13 août 2026 chez Delcourt dans la collection Encrages. Cent cinquante-deux pages, cahier documentaire compris.

Onze policiers, cinq cents civils, treize nuits

Il y a dans cette histoire une donnée qui suffit à créer la tension : le rapport de forces. Onze hommes armés, une enceinte diplomatique, une foule qui grossit à la grille et un pouvoir taliban qui s’installe rue par rue. Bartoll a l’intelligence de ne pas transformer ça en film d’action. Le récit avance par paliers d’épuisement — les tours de garde, les listes à vérifier, les convois qui partent et ceux qui n’arrivent pas. La menace ne surgit pas, elle s’accumule.

L’album ne se limite pas aux treize jours du titre. Il remonte en amont : le retrait américain engagé sous Donald Trump puis mené par Joe Biden, les provinces qui tombent l’une après l’autre, le parcours de Bida lui-même — un fils d’immigrés devenu serviteur de l’État, pour qui l’Afghanistan sera l’ultime mission avant la retraite. Ce choix a un coût, que plusieurs lecteurs ont relevé : la première partie tire en longueur et le rythme ne s’emballe qu’une fois les talibans dans la capitale. Il a aussi un mérite, celui de montrer les décisions telles qu’elles se prennent — vite, mal informées, irréversibles. Qui monte dans le convoi. Qui reste derrière la grille. Bida ne se présente pas en héros ; c’est ce qui rend sa parole crédible.

Bartoll, le reporter derrière le scénariste

Né à Barcelone en 1962, Jean-Claude Bartoll est passé par le Centre de formation des journalistes avant de couvrir l’actualité internationale pour des agences de télévision entre 1985 et 1991. Il vient à la bande dessinée en 2002 avec Insiders, dessiné par Renaud Garreta chez Dargaud. Ce parcours-là s’entend dans le texte. Les récitatifs sont datés, situés, chiffrés ; les dialogues laissent respirer le jargon policier et diplomatique sans l’expliquer lourdement. La négociation avec les talibans, cette part du livre où tout se joue sur le poids d’un mot et la connaissance de l’interlocuteur, est ce que l’album réussit le mieux.

Le résultat n’est pas neutre pour autant. L’album porte un point de vue français sur une évacuation française, et n’entreprend pas de raconter Kaboul du côté des Afghans restés à terre. C’est une limite assumée, cohérente avec le témoignage d’origine. Un lecteur qui chercherait le tableau complet de l’été 2021 devra le compléter ailleurs.

Renato Arlem, le réalisme sans tapage

Le dessin est l’autre bonne surprise. Arlem vient des comics américains et il aurait pu appuyer sur le spectaculaire. Il fait l’inverse. Le trait est documentaire, appuyé sur les visages, les uniformes, la poussière. Les scènes de foule à l’aéroport, qui auraient pu virer au morceau de bravoure, restent à hauteur d’homme : on voit des mains, des bras tendus, des dos. Les couleurs de Simon Champelovier tirent vers l’ocre et le kaki, sans effet de manche.

Une réserve, qui revient aussi chez d’autres lecteurs : la narration est très récitative, et certaines planches denses se referment sur un découpage un peu sage. Le procédé fait tenir l’information, il ralentit parfois le pouls du récit. Rien de rédhibitoire sur cent cinquante-deux pages.

Planche intérieure 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul Bartoll Arlem Delcourt
Le réalisme documentaire de Renato Arlem (© Delcourt / Bida, Bartoll, Arlem).

Une histoire déjà partout, et pourtant

Le sujet est occupé. Martin Bourboulon en a tiré un long-métrage sorti le 27 juin 2025, présenté hors compétition à Cannes, avec Roschdy Zem dans le rôle de Bida et Lyna Khoudri à ses côtés. La même année, France 2 diffusait Kaboul, mini-série européenne consacrée aux mêmes journées mais à travers d’autres personnages. La bande dessinée arrive donc en terrain balisé, ce qui pose une question simple : qu’apporte-t-elle de plus ?

Deux choses. La durée, d’abord — la case permet de faire sentir treize nuits sans sommeil mieux qu’un montage cinéma, parce que le lecteur avance à son propre rythme et s’épuise avec les personnages. Le cahier documentaire ensuite, qui replace les événements dans leur chronologie et évite que l’émotion tienne lieu d’analyse. C’est là que la collection Encrages justifie sa réputation.

Album utile, donc, et album tenu. Il ne cherche pas à faire pleurer et n’a pas besoin de le chercher : la matière suffit. On aurait aimé, ici ou là, un peu plus de silence entre deux séquences — quelques pages muettes auraient donné à ces treize nuits l’ampleur qu’elles méritent. Cela n’empêche pas de refermer le volume en se disant qu’il fallait que quelqu’un raconte cette histoire en bande dessinée, et qu’elle l’est correctement.

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture 13 jours, 13 nuits dans l'enfer de Kaboul Bartoll Arlem Delcourt

Août 2021, les talibans entrent dans Kaboul et s’emparent du pouvoir. Des milliers de civils fuient vers l’aéroport ou tentent leur chance auprès de l’ambassade de France. Seuls le commandant Mohamed Bida et dix policiers d’élite assurent encore la sécurité du site, pris au piège avec 500 personnes à évacuer, alors que les scènes d’apocalypse et de chaos se multiplient dans la capitale. Commencent alors 13 jours et 13 nuits sans sommeil pour ces policiers chevronnés, qui ne peuvent plus compter que sur leur courage et leur intelligence pour sauver ces civils.

📚 Fiche éditeur

Récit original Mohamed Bida
Scénario Jean-Claude Bartoll
Dessin Renato Arlem
Couleurs Simon Champelovier
Éditeur Delcourt, collection Encrages
Date de sortie 13 août 2026
Prix 22,50 €
EAN 9782413081791
Pagination 152 pages
Format Album cartonné, 226 × 298 mm, couleurs
NOS NOTES ...
Originalité
Scénario
Dessin
Plaisir de lecture
Gaël
Gaël a créé Publik'Art en 2009. Notaire de formation, il est responsable de la rubrique BD et gère l'administration du site (webmaster). Il vit dans le sud de la France d'où il anime le webzine avec les membres de la rédaction, présente sur la majeure partie de l'hexagone : Paris, Bayonne, Montpellier, Lille, Lyon.
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