Anne Teresa De Keersmaeker électrise Garnier, imprimant l’empreinte des corps, des gestes et des notes dans une osmose totale

Anne Teresa De Keersmaeker

Anne Teresa De Keersmaeker électrise Garnier, imprimant l’empreinte des corps, des gestes et des notes dans une osmose totale 

Trois pièces de jeunesse d’Anne Teresa De Keersmaeker sont reprises après leur entrée en 2015 au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Elles témoignent de ce rapport de force entre la musique et la danse dont la chorégraphe flamande imprime l’empreinte des corps, des gestes et des notes dans une osmose aussi vibrante que foisonnante.

Dates : du 27 avril au 12 mai 2018 l Lieu : Au Palais Garnier (Paris)
Chorégraphe : Anne Teresa De Keersmaeker

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La première est une chorégraphie sur le Quatuor à cordes n° 4 du compositeur hongrois Béla Bartók où les danseuses en jupes volantes noires, tout droit sorties d’une pension de jeunes filles, et bottines qu’elles claquent au sol d’un talon provocateur, se jouent de leur liberté adolescente.

Toutes les quatre se reflètent dans les gestes de l’autre, comme dans une enfilade de miroir. Parfois l’une tombe et envoie les autres, éclatées aux quatre coins de l’espace. Elles se mettent alors hors-jeux un instant puis reprennent position portées par une énergie impétueuse et une chorégraphie entre gestes quotidiens et mouvement formel abstrait, ponctuée d’accélération et de silence.

Le tout dans un rapport physique et mordant à la musique pour une emprise virevoltante.

“Die Grosse Fugue”, sur une musique de Beethoven, est une célébration de la danse masculine qui a l’éclat d’un diamant brut.

[…] un rapport physique et mordant à la musique […]

L’écriture chorégraphique sur le thème de la chute dessine des lignes sophistiquées et nouvelles qui déstructurent l’espace d’où les corps s’échappent, bondissent, tombent et se relèvent au rythme de la partition contrapuntique.

A la manière du compositeur, le vocabulaire tisse, tantôt lâche, tantôt serré, ce lien rigoureux qui l’unit à la structure musicale dans une circulation parfaite : géométrique et dynamique.

La soirée s’achève avec “ Verklärte Nacht ” et l’envolée romantique du jeune Arnold Schönberg.

Dans un décor crépusculaire devenu une forêt de troncs d’arbre, De Keersmaeker scrute le sentiment amoureux à travers l’errance d’un couple démultiplié en autant d’images et de séquences de lui même entre attraction et répulsion.

Sur scène, les couples se succèdent ou se rejoignent. Comme souvent dans l’écriture de la chorégraphe, un mouvement à l’unisson exacerbe l’intensité du geste. Le vocabulaire fluide, jamais narratif, s’inspire entre autres des sculptures de Rodin dont l’élan immobile, volcanique, transfigure la tension des corps ou leur rapprochement.

Un triptyque de choc où entre féminin et masculin, prosaïsme et lyrisme, Anne Teresa De Keersmaeker signe une fois encore, une soirée mémorable. Bravo.

Note
Originalité
Scénographie
Chorégraphie
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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