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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

« Les Quatre Saisons » selon Anne Teresa de Keersmaeker et Radouan Mriziga

Figure majeure de la danse contemporaine, Anne Teresa De Keersmaeker nourrit depuis quarante ans un rapport intense à la musique. En collaboration avec Radouan Mriziga, elle entreprend d’explorer "Les Quatre Saisons de Vivaldi". Partageant un même intérêt pour l’observation de la nature, la géométrie et l’abstraction incarnée, les deux chorégraphes reviennent à la structure même de la célèbre partition musicale, et aux émotions qu’elle convoque. Une réussite.

Noémie Lvovsky et Yvan Attal : un duo de choc au Festival de Ramatuelle

Sébastien Thiéry, comédien, est aussi auteur de pièces de théâtre où son écriture féroce, désopilante et affranchie de toute morale, cohabite avec la comédie de boulevard, n’hésitant pas à déstabiliser le spectateur. Un as en la matière qui n’a pas son pareil pour démasquer et se moquer avec la perfidie qu’on lui connait de la folie et de l’hypocrisie d’une époque toujours plus déréglée et désincarnée. Aujourd’hui, c’est à un couple de bobos parfaits (enfin presque !) qu’il s’attaque en questionnant l’épineuse question de la transparence au sein du couple. Tout un programme...

« Outsider » : l’envolée chorégraphique de Rachid Ouramdane

Rachid Ouramdane est un habitué des projets à la croisée des disciplines qui aime explorer de nouveaux territoires, sensoriels comme imaginaires, et repousser les limites du chorégraphique. Avec "Outsider", le chorégraphe mêle quatre sportifs de l’extrême aux fugues des 21 danseurs et danseuses du Ballet du Grand-Théâtre de Genève, où s'explorent les thèmes de la fragilité, du risque et du dépassement.

Denis Lavant et Frédéric Leidgens, deux phénix au bord du vide dans une « Fin de partie » magistrale, sont de retour ...

"Rien n'est plus drôle que le malheur, [...] c'est la chose la plus comique [...] mais c'est toujours la même chose [...]. C'est comme la bonne histoire qu'on nous raconte [...] nous la trouvons bonne mais nous n'en rions plus". Voilà, tout est dit, Samuel Beckett transcende sa propre noirceur par l’humour implacable de la dérision inscrite en filigrane dans les plis du langage et une humanité au bord du vide. Clov (Denis Lavant), Hamm (Frédéric Leidgens), Nagg (Peter Bonke) et Nell (Claudine Delvaux) - pauvres rescapés de la vie - continuent à réinventer le jeu de l'humanité. Et ils résistent. Inexorablement. Pour continuer à exister, ils remplissent le temps des mots qui les émeuvent, les font s’insurger ou se taire. Ils vaquent à leurs occupations. Le monde s'est effondré mais eux comme si de rien n'était, ils continuent. “Fin de partie”, pièce mémorable de Samuel Beckett, où la tragédie métaphysique du désespoir est portée à son paroxysme.

Le retour gagnant de la compagnie du Zerep / Sophie Perez, olé ! 

Avec la meringue du souterrain, leur nouvelle création, ils expérimentent le théâtre qui ne se jouerait que dans les salles vides et où la scénographie invasive déborde de toute part pour se répandre dans la salle car il n’y a pas de spectateurs. Un traquenard esthétique et scénique où une représentation, sortie de nulle part, émerge et s’élabore à travers des apartés (chantés parfois) sur un ton vif, subtil, transgressif, créatif, mélancolique et poétique.

Notre Sélection

Au Festival de Ramatuelle : « Dans le couloir » : rester là, parler, pour ne pas tomber, pas encore

"Dans le couloir" est une pièce qui commence là où, d’habitude, le théâtre hésite à s’attarder : dans l’attente. Pas l’attente spectaculaire, non — l’autre. Celle qui dure trop longtemps. Celle qui grince. Celle où l’on parle pour éviter d’écouter ce qui s’y passe derrière les murs. Jean-Claude Grumberg ne raconte pas une histoire, il installe une situation, puis il la regarde s’user sous nos yeux. Et c’est précisément cette usure qui fait œuvre.