[BD] Beneath the Trees Where Nobody Sees T2 – Rite of Spring, de Patrick Horvath (Ankama)
Il y a des retours qu’on redoute autant qu’on les attend. Patrick Horvath ramène Samantha Strong dans les rues assoupies de Woodbrook, après un premier tome qui avait fait de cette petite ourse brune, tenancière de quincaillerie et serial killer méthodique, l’une des créations comics les plus discutées outre-Atlantique. Beneath the Trees Where Nobody Sees – Rite of Spring, publié le 3 juillet 2026 chez Ankama Éditions, prolonge un récit qu’on croyait bouclé. Nommée aux Eisner Awards, la mini-série IDW revient en album cartonné, dos toilé, 160 pages – et confirme au passage qu’un premier coup n’était pas un accident.
Woodbrook, huit hivers après le dernier meurtre
L’action reprend huit ans plus tard. Depuis l’irruption d’un tueur concurrent dans son propre village – nœud du premier tome – Samantha a retrouvé ses habitudes prudentes : commerce en journée, virées nocturnes à Centerville, la grande métropole où l’on peut se perdre sans que personne ne s’en soucie. Horvath ne rouvre pas la boîte de son intrigue précédente, il repose le décor. Pour qui n’aurait pas lu le premier volume, l’album se tient debout tout seul – la fiche Ankama le précise explicitement. Choix qui compte : le lecteur ne se sent jamais forcé à réviser, et la mécanique du huis clos rural se remet en marche sans se rejouer. Woodbrook, avec ses maisons en bois, ses pelouses tondues et ses fêtes de printemps, ressemble à n’importe quelle bourgade de Nouvelle-Angleterre où Stephen King irait planter un roman. Sauf qu’ici tout le monde a un museau, et que la quincaillière est celle dont il faudrait se méfier.

Monica Brewer, ou la ténacité comme cauchemar
Nouvelle venue, Monica Brewer est le vrai moteur du récit. En 1986, son frère Daniel a disparu de Centerville sans laisser la moindre trace. Huit années à arpenter les commissariats, les hôpitaux et les morgues l’ont rendue amère, dure, un peu folle peut-être. Ce personnage renverse la donne du premier album. Là où Beneath the Trees Where Nobody Sees jouait sur la peur qu’une communauté paisible dissimule un monstre, Rite of Spring interroge ce qui pousse une victime collatérale à s’obstiner. Monica ne joue pas les enquêtrices amateur. Elle veut savoir, seulement savoir, quitte à s’exposer à la pire des réponses. Horvath cadre son visage animal avec cette précision d’iconographe qui fait mouche : un cerne creusé, un bec qui se crispe, un regard qui ne cille plus racontent plus long que ses répliques. Face à elle, Samantha ne mesure pas d’abord une menace ; elle voit une occasion. Le sous-titre Rite of Spring – renvoi discret à Stravinsky, à l’idée de sacrifice printanier – prend là son sens plein. Il ne parle pas d’une saison. Il parle d’un rituel.
Aquarelles pastel, cadrages froids
Le trait de Horvath reste ce qu’il était : une ligne claire adoucie, presque enfantine, héritée autant de Petit Ours Brun que du dessin d’animation télévisuel des années 1990. Les couleurs tirent vers le pastel – roses tendres, verts amande, jaunes de crème anglaise. Le résultat n’a pas vraiment d’équivalent dans la production comics actuelle. Il faut sans doute remonter à Blacksad pour un anthropomorphisme aussi assumé, à Fables de Bill Willingham pour la manière dont l’univers-jouet grince, à Watership Down pour la façon dont la douceur graphique laisse suinter l’effroi. Ce qui frappe cette fois-ci, ce sont les intérieurs. Cuisines beiges, motels bordés de sapins, commissariats aux néons blafards : Woodbrook et Centerville se distinguent par leurs textures autant que par leurs habitants. On pense parfois à Twin Peaks, moins pour le mystère lynchien que pour cette étrangeté de la banalité, ce sentiment tenace que quelque chose ne va pas alors même que tout est bien rangé. Horvath, cinéaste de formation (Southbound, The Pact II), sait ce que raconte un plan large tenu trop longtemps. Ses planches en jouent.

Cozy horror en trilogie : un mécanisme qui prend
Le paradoxe de la série se confirme : Beneath the Trees Where Nobody Sees réussit à être cozy et brutal, doux à l’œil et sec au cœur. Samantha a même fait une apparition, en février dernier, dans le crossover DC K.O. : Boss Battle, signe que le personnage est en train de s’installer dans le paysage américain bien au-delà de son écrin d’origine. IDW a d’ailleurs annoncé le 25 juillet, au Comic-Con de San Diego, un troisième et dernier volet – The Summer and the Fall, six fascicules à partir de février 2027 : ce qui devait rester une mini-série épisodique tourne à la trilogie. Reste que Rite of Spring n’a pas la fraîcheur brute de la découverte. Le procédé est désormais identifié, la charge horrifique moins surprenante. Le récit compense par l’épaisseur de Monica et par la manière dont Horvath refuse la surenchère : pas de bain de sang gratuit, pas de dénouement spectaculaire pour clore le cycle. Juste une mécanique qui se resserre, avec cette sale petite lucidité de dire que le mal, dans un village, finit toujours par avoir un visage familier. On referme l’album avec l’impression d’avoir lu quelque chose de tenu, presque triste – et on attend déjà de savoir comment tout cela pourrait bien se refermer.
Toutes les critiques ne sont cependant pas unanimes. Quand MDCU Comics savoure le tome sans réserve (10/10) et que les avis clients Ankama frôlent l’unanimité (4,8/5), ActuaBD tempère l’enthousiasme : l’intrigue y est jugée moins resserrée que dans le premier tome, et un personnage secondaire, la tortue Bertie, est pointé comme superflu. Des bémols qui n’entament pas la réussite d’ensemble, mais qu’il serait malhonnête de passer sous silence.
📖 Résumé de l’éditeur

En 1986, Daniel Brewer a disparu de Centerville sans laisser de trace. Depuis, sa soeur Monica n’a jamais cessé de le chercher, arpentant les commissariats, les hôpitaux et les morgues de la grande métropole. Les fausses pistes et les déceptions l’ont rendue amère, alors, quand huit ans après, ses recherches la conduisent à Woodbrook, Monica est prête à tout pour obtenir des réponses, même au pire…
📚 Fiche éditeur
| Scénario, dessin, couleurs | Patrick Horvath |
| Éditeur | Ankama Éditions |
| Édition originale | IDW Publishing (mini-série 6 épisodes, 2025-2026) |
| Date de sortie | 3 juillet 2026 |
| Prix | 20,90 € |
| EAN | 9791033570196 |
| Pagination | 160 pages |
| Format | Album cartonné dos toilé, 188 × 277 mm, couleurs |
| Public | Ado / adulte |
| Bonus | Prélude inédit de 10 planches et galerie de couvertures hommage (11 pages) |
![[BD] L’Odyssée – Intégrale, de Clotilde Bruneau, Giovanni Lorusso & Giuseppe Baiguera (Glénat)](https://publikart.net/wp-content/uploads/2026/07/9782344076118-001-x-218x150.webp)
![[BD] L’Odyssée – Intégrale, de Clotilde Bruneau, Giovanni Lorusso & Giuseppe Baiguera (Glénat)](https://publikart.net/wp-content/uploads/2026/07/9782344076118-001-x-100x70.webp)