010[BD] Femmes en guerre – Histoires de solidarité dans les zones de conflit, de Mathilde Lemiesle (Glénat)
Ukraine, Syrie, Myanmar, Gaza, Yémen, Sahel : Mathilde Lemiesle signe seule, scénario et dessin, un roman graphique documentaire de 160 pages sur ce que les conflits armés font aux femmes et sur ce que les femmes y opposent. Il paraît chez Glénat le 30 septembre 2026, construit à partir de témoignages et de données recueillis avec l’ONG CARE, et une partie des ventes revient à ses actions.
Femmes en guerre : sept chapitres, sept fronts
Le livre est organisé par thème plutôt que par pays : déplacement, économie, violences basées sur le genre, mariages forcés, santé, hygiène, déscolarisation. Chaque chapitre croise des situations documentées sur plusieurs terrains, ce qui permet de montrer qu’un même mécanisme se reproduit d’un conflit à l’autre sans devoir raconter chaque guerre en entier.
Le parti pris central est annoncé dès le titre : le livre montre ce que ces femmes entreprennent autant que ce qu’elles subissent. Le maraîchage au Yémen, le microcrédit au Sahel, les réseaux qui font échec aux mariages forcés occupent autant de place que les privations. L’ouvrage tient ensemble le constat et l’initiative, ce qui lui évite de tourner à l’accumulation de malheurs.
Un livre de plaidoyer qui assume d’en être un
Il faut dire ce que ce livre est : un ouvrage de sensibilisation, conçu avec une ONG, dont une part des recettes finance cette ONG. Le partenariat est affiché et le lecteur sait ce qu’il achète. Cela détermine aussi ses limites. Le propos ne contredit jamais la position de CARE, les témoignages vont tous dans le même sens, et les tensions internes à l’aide humanitaire — ses échecs, ses dépendances, ses effets pervers — restent hors champ.
Dans ce registre, le livre est efficace : les chiffres sont mis en scène plutôt qu’assenés et les cas particuliers portent l’argument. On regrette que l’autrice s’efface autant : sa propre place dans l’enquête n’apparaît presque jamais.
Le dessin de Mathilde Lemiesle : aplats, quatre couleurs, infographie
Le dessin est volontairement pauvre en effets : contours simples, aplats sans modelé, visages réduits à quelques signes. La palette tient en quatre tons — un bleu-gris ardoise dominant, un orange corail, un rose pâle, du blanc — et elle ne varie pas d’un bout à l’autre du livre. Ce choix unifie un matériau très dispersé et évite l’esthétisation de la violence, ce qui est probablement le point le plus juste de l’ouvrage.
La mise en page emprunte autant à l’infographie qu’à la bande dessinée : cases flottantes sans gouttière régulière, pictogrammes, schémas, encarts de données, lettrage manuscrit en capitales. C’est lisible et bien tenu. C’est aussi, sur cent soixante pages, assez uniforme, et le procédé perd de sa force à mesure qu’on avance.
Faut-il lire Femmes en guerre ?
Le livre s’adresse aux lecteurs de bande dessinée documentaire et de reportage dessiné, et convient à un usage scolaire à partir du lycée. Il informe, il tient sa ligne, il donne à voir des initiatives concrètes plutôt qu’une litanie. Il faut accepter un ouvrage de plaidoyer qui ne discute pas ses propres présupposés, et un dispositif graphique qui s’épuise un peu sur la longueur.
En Ukraine, en Syrie, au Myanmar… Les femmes sont confrontées aux privations, aux déplacements et aux violences. À Gaza, par exemple, des césariennes ont été pratiquées sans anesthésie faute de médicaments. Pourtant, ces femmes trouvent des moyens d’agir, de soutenir leurs familles et leurs communautés dans l’entraide et la solidarité. À travers des histoires vraies et des données recueillies avec l’ONG CARE – active dans 120 pays – Mathilde Lemiesle raconte la lutte de ces femmes et leurs initiatives, du maraîchage au Yémen au microcrédit au Sahel, en passant par la lutte contre les mariages forcés. Ce roman graphique engagé aborde des thèmes forts (santé, violences, déscolarisation) tout en célébrant la force collective, l’inventivité et la détermination de ces femmes, elles qui transforment la solidarité en acte de résistance. Une lecture au cœur de l’actualité, poignante et inspirante qui donne à voir l’humanité et l’espoir au milieu du chaos. Une partie des ventes de ce livre soutiendra les actions humanitaires de CARE.