[BD] Mea Culpa, T2 – La Chute, de Jean-Christophe Brisard & Michael Malatini (Glénat BD)
Berlin, fin 1944. Le Reich s’effondre et, loin du front, des hommes d’Église tentent de faire parvenir au Vatican les plans des fusées V2 pendant que la Gestapo les traque. Jean-Christophe Brisard au scénario et Michael Malatini au dessin signent ce deuxième tome de Mea Culpa, 72 pages publiées par Glénat BD le 23 septembre 2026 dans la collection 24X32. Le premier volume avait installé le dispositif ; celui-ci le referme sur la chute de Berlin.
Mea Culpa T2 : des plans de V2 sous surveillance
24Le tome suit les hommes d’Église chargés de faire sortir d’Allemagne les plans des fusées V2, et la Gestapo qui resserre son étau sur eux. Le danger passe rarement par un coup de feu : il tient à un contrôle d’identité, à une fouille, à un regard qui s’attarde sur un document. Brisard construit tout son récit sur ces frictions ordinaires, et l’atmosphère d’un pays où la surveillance a remplacé la loi s’installe sans qu’il ait besoin d’insister.
Neuhaus, le fanatique, et ce que Brisard fait des archives
Le meilleur du livre se joue dans les dialogues. Le personnage de Neuhaus, l’officier fanatique, porte la thèse du tome : la guerre est perdue, il le sait, et il tient que seuls les fanatiques survivront à la chute du Reich, les faibles et les indécis ayant été sacrifiés avant. Ces échanges sont plus forts que les scènes d’action et donnent au tome sa vraie matière.
Le récit repose sur des faits réels et des sources historiques rares, et cela se sent parfois trop. Certaines séquences passent par des explications qui alourdissent la conversation, et le partage entre ce qui est documenté et ce qui est romancé reste implicite. Soixante-douze pages pour refermer une intrigue à plusieurs niveaux — Vatican, SS, résistance, Gestapo — obligent à aller vite sur les personnages secondaires, dont plusieurs restent peu développés.
Le sujet de fond reste le rôle de l’Église, et l’album a le mérite de ne pas le traiter en bloc. On y voit des hommes d’Église qui risquent leur vie pour faire passer des documents, et l’institution derrière eux n’apparaît jamais comme un acteur unique. Le tome se tient ainsi à distance des deux discours attendus, celui de la compromission généralisée et celui de la résistance héroïque, et préfère montrer des décisions individuelles prises dans l’urgence, avec les informations disponibles à ce moment-là. C’est la bonne échelle pour une fiction, et cela laisse au lecteur le soin de conclure. Berlin en ruines, les procès expéditifs et les faux témoignages servent de décor.
Le dessin de Michael Malatini : bandes horizontales et fonds lavés
Malatini compose en bandes horizontales larges, souvent trois ou quatre par page, qu’il découpe en vignettes étroites pour les échanges rapides puis ouvre sur toute la largeur pour les plans d’ensemble. Le découpage donne un rythme régulier et la lecture est fluide.
La couleur compte autant que le découpage. La palette reste terne — gris-vert des uniformes, bruns des intérieurs, verts délavés des paysages — et bascule sur un fond rouge uni quand une case doit peser. Les visages, modelés au pinceau numérique, gagnent en dureté dans les gros plans ; les décors urbains et les intérieurs d’église sont documentés sans surcharge.
Faut-il lire Mea Culpa T2 ?
Le diptyque se referme correctement et ce second tome vaut pour ses scènes de dialogue, qui posent la question du fanatisme sans y répondre à la place du lecteur. La mise en page et l’usage du rouge donnent au livre une identité visuelle nette. On regrettera une conclusion serrée qui sacrifie les seconds rôles et quelques passages où la documentation prend le pas sur la fiction. À lire dans la continuité du premier volume, dont il dépend entièrement.
Berlin, fin 1944. Alors que l’Allemagne nazie vacille, une bataille invisible se joue loin du front : celle de la résistance catholique face aux derniers fanatiques SS prêts à tout pour sauver le Reich en feu. Tandis que des hommes d’Église risquent leur vie pour transmettre au Vatican les plans secrets des fusées V2, la Gestapo les traque sans relâche. Arrestations, faux témoignages, tortures, procès expéditifs : la machine hitlérienne broie ses victimes tandis que Berlin se transforme en champ de ruines. Basé sur des faits réels et des sources historiques rares issues des archives allemandes et russes collectées par le journaliste Jean-Christophe Brisard, ce second tome poursuit la fresque implacable d’un monde au bord de l’abîme, où la foi affronte le fanatisme. Aux côtés de Michael Malatini et de son dessin percutant, l’auteur nous offre un thriller historique passionnant, entre fiction, espionnage et drame religieux, qui interroge le rôle de l’Église durant la Seconde Guerre mondiale.