[BD] Richelieu, de Wyctor & Manuel Caringi (Glénat / Fayard)
Armand-Jean du Plessis de Richelieu se remémore, au soir de sa vie, les difficultés de son ascension et les complots qui ont tenté de le renverser. Des États généraux de 1614 au siège de La Rochelle, de l’assassinat de Concini aux intrigues de Cinq-Mars, le récit suit un homme qui exerça le pouvoir en dépit d’ennemis innombrables. Wyctor au scénario et Manuel Caringi au dessin signent ce one-shot de 56 pages, avec Françoise Hildesheimer comme conseillère historique. Glénat et Fayard le publient le 23 septembre 2026 dans la collection « Ils ont fait l’Histoire ».
Richelieu aux États généraux de 1614 : la première prise de parole
L’album s’ouvre sur la clôture des États généraux, en février 1615, quand l’évêque de Luçon prend la parole au nom du clergé du Poitou devant la cour. Wyctor commence donc par un homme encore obscur, bien avant le ministre tout-puissant, et le récit suit ensuite les étapes de son ascension, avec la voix du cardinal en fil conducteur.
Le pouvoir raconté de l’intérieur par Wyctor et Françoise Hildesheimer
Le dispositif narratif repose sur la première personne, et souvent sur la forme épistolaire. Le cardinal écrit à sa mère morte, et dans la même lettre il parle du royaume, du mariage de sa sœur et de l’avenir de sa nièce. La politique et la famille se traitent ensemble, sans hiérarchie, et ces pages sont les plus réussies de l’album.
Le revers de ce dispositif est un volume de texte considérable. Certaines planches comptent huit à dix cartouches, et la lecture demande une attention soutenue : noms, charges, alliances, tout arrive en même temps. Cinquante-six pages pour une vie de cette ampleur imposent des raccourcis, et un lecteur peu familier du XVIIᵉ siècle français aura parfois du mal à suivre.
Le rapport à Louis XIII occupe le centre du livre. Le récit le présente comme un mélange d’admiration, de dépendance réciproque et de méfiance, une relation de travail autant qu’une relation de cour. Les complots se lisent comme des tentatives de rompre ce lien, et les victoires du cardinal comme des façons de le resserrer. L’album montre en parallèle un homme sujet aux migraines, aux doutes et aux déceptions intimes, et les deux registres se répondent d’une planche à l’autre.
Le dessin de Manuel Caringi : architecture et visages
Caringi travaille en couleur directe, dans une gamme de violets sourds, de gris de pierre et de bruns, avec une lumière froide. L’architecture est son point fort : les intérieurs sont construits en perspective jusqu’au fond, et les foules sont peintes individu par individu.
Le découpage reste classique, avec une exception : une grande case composite où le profil de Richelieu est entouré des visages de Marie de Médicis, de Concini et du jeune Louis XIII, sur fond de carte de l’Europe. Les visages, très modelés, sont un peu figés par le rendu numérique dans les plans rapprochés, mais les scènes de foule y gagnent en matière.
Faut-il lire Richelieu ?
L’album remplit le cahier des charges de sa collection avec sérieux : documentation contrôlée, chronologie tenue, et le récit à la première personne l’éloigne du manuel illustré. La partie graphique justifie à elle seule l’achat pour qui aime les reconstitutions. Il faut accepter en contrepartie une densité de texte qui ralentit la lecture et une condensation qui laisse peu de place au romanesque. C’est un bon volume pour les lecteurs d’histoire, moins évident pour qui cherche d’abord un récit.
📖 Résumé de l’éditeur

Cardinal et ministre, emblématique représentant d’un temps où politique et religion étaient intimement mêlées, Armand-Jean du Plessis de Richelieu se remémore au soir de sa vie les difficultés de son ascension et les complots qui ont tenté de le renverser. Des États généraux de 1614 au siège de La Rochelle, de l’assassinat de Concini aux intrigues de Cinq-Mars se dévoile le parcours d’un homme qui exerça le pouvoir en dépit d’ennemis innombrables. Son Éminence apparaît sous un double visage : l’animal politique qui ne recule devant rien pour faire triompher la raison de l’État, mais aussi l’homme blessé, sujet aux migraines, aux doutes et aux déceptions les plus intimes. Son rapport au roi — mélange d’admiration, de vénération, de dépendance mutuelle et de méfiance — se dévoile comme la véritable colonne vertébrale de son engagement au service de l’État.
📚 Fiche éditeur
| Scénario | Wyctor |
| Dessin | Manuel Caringi |
| Conseil historique | Françoise Hildesheimer |
| Éditeur | Glénat / Fayard, collection Ils ont fait l’Histoire |
| Date de sortie | 23 septembre 2026 |
| Prix | 15,50 € |
| EAN | 9782344067277 |
| Pagination | 56 pages |
| Format | Album cartonné, 240 × 320 mm, couleurs |


