[BD] Silent Rose – Six notes sous terre, de David Boriau & Steven Dhondt (Drakoo)
1877, dans les plaines au nord de Flagstone. Silent Rose, chasseuse de primes, se remet d’une embuscade et voyage en convoi avec son frère Bass, sourd-muet depuis l’enfance. Ses compagnons de route doivent la laisser à Flagstone avant de continuer vers Foxwood, et elle perdra là son escorte. La ville qu’elle atteint est couchée dans la poussière, des charognards se nourrissent dans les maisons, les armes sont tombées au sol à côté de gens qui ne savaient pas tirer. David Boriau écrit, Steven Dhondt dessine et met en couleurs : Silent Rose – Six notes sous terre est une histoire complète de 88 pages, publiée chez Drakoo le 30 septembre 2026.
Silent Rose et Bass, nés esclaves dans une plantation
Le récit s’ouvre sur un dessin en cours : une main termine au crayon la scène d’un campement, trois silhouettes autour d’un feu, puis les cases suivantes installent le vrai campement, de nuit. Autour du foyer, une jeune femme asiatique, Oscar, le vieux photographe, qui fait la cuisine, et le frère et la sœur. La conversation vient vite sur Bass. Un des convoyeurs demande s’il est né sourd-muet. Rose répond que des blancs se sont amusés à lui percer les tympans avec les détonations de leurs armes quand ils étaient enfants, et que le silencieux vissé sur son arme vient de là. Elle et son frère sont nés esclaves dans une plantation, chez un ancien militaire qui n’avait plus toute sa tête.
Les lecteurs de Wanted – Portrait de sang reconnaîtront le convoi : Dull, le jeune Cheyenne, et Oscar accompagnent Rose et Bass jusqu’à Flagstone, et l’album s’amuse au passage de la difficulté qu’il y aurait à leur trouver des remplaçants. Rose voyage blessée, soignée par un compagnon qui admet des connaissances médicales rudimentaires, et c’est à Tuco qu’elle doit trouver une vraie doctoresse. À Flagstone, la troupe découvre une rue entière de cadavres, des corbeaux installés dans les maisons, et personne pour raconter ce qui s’est passé. La position des corps et les armes au sol ne laissent pas beaucoup de doute : les habitants se sont entretués.
Six notes, un pianiste itinérant et des terres cheyennes
C’est à Tuco, connue pour son saloon et pour son marshal, ancien général sudiste, qu’un pianiste itinérant met un nom sur ce qui a vidé Flagstone. Une malédiction sévit dans la région. Elle pousse les habitants au pire et s’abat sur des territoires cheyennes colonisés, des villes comme Flagstone et comme Tuco. Le titre dit d’où vient le mal : six notes, et un musicien pour les jouer.
Le fantastique arrive après une violence très concrète, déjà installée. L’esclavage des deux héros, les tympans de Bass, une ville qui se tue elle-même sans qu’aucun tueur ait eu besoin d’intervenir : Boriau met tout cela en place avant d’ouvrir la porte au surnaturel. La malédiction frappe des terres prises aux Cheyennes, et l’album ne sépare jamais le mal invisible de la colonisation qui l’a précédé.
Le dessin de Steven Dhondt : ocre, turquoise et vols de corbeaux
Dhondt colorise lui-même, et la couleur change à chaque séquence. Le campement de nuit est traité en gris-bleu avec l’orange du feu pour seule source de lumière. La traversée des plaines passe aux ocres de sable sous des ciels turquoise. Les intérieurs de Flagstone virent au vert olive, avec les corbeaux en aplats noirs. Le trait est souple, l’encrage épais, et les volumes sont modelés par la couleur plus que par le contour.
Le découpage travaille en bandes horizontales larges, avec des cases encastrées qui débordent sur l’image du dessous, et une pleine page pour la rue dévastée. Une planche prend le convoi en plongée verticale, cadrée par l’aile d’un charognard qui occupe la moitié gauche. Le lettrage participe à l’image : les onomatopées sont peintes en ocre dans le décor et passent par-dessus les bords de case, un éclat de rire comme les cris des corbeaux.
Faut-il lire Silent Rose – Six notes sous terre ?
L’album tient d’abord par son dessin et par son sujet. Un western fantastique qui accroche sa malédiction à la spoliation des terres cheyennes, et qui confie ses armes à une chasseuse de primes noire née esclave, ne ressemble pas à ce que le genre produit d’ordinaire. Le scénario charge beaucoup ses premières pages : le campement présente une demi-douzaine de personnages en deux planches, et le passé de Rose passe par les dialogues plutôt que par les images. Les 88 pages d’une histoire complète évitent l’attente d’une suite et imposent un rythme rapide, qui laisse peu de place aux comparses du convoi.
On referme l’album en ayant envie de relire Wanted – Portrait de sang, dont Silent Rose prolonge l’univers sans en dépendre. Les amateurs de westerns de la rubrique peuvent enchaîner avec Wyoming, 1863 – L’Arbre au Pendu.
📖 Résumé de l’éditeur
La musique de la vengeance. Après avoir réchappé à une bande de tueurs, Silent Rose, célèbre chasseuse de primes, et son frère Bass traversent Flagstone dont les habitants se sont entretués sans raison apparente… Sous le choc, ils font escale à Tuco, connue pour son saloon et son marshal, ancien général sudiste. Un pianiste itinérant apprend alors à Rose et Bass qu’une malédiction sévit dans la région. Elle pousserait ses habitants au pire et s’abattrait sur des territoires cheyennes colonisés : des villes comme Flagstone… ou Tuco.