Et si Roland-Garros était aussi une scène ?
Certains lieux semblent condamnés à une seule identité. Roland-Garros appartient à cette catégorie : un territoire de performance, de précision et de tension où chaque geste est pensé pour gagner quelques centimètres ou quelques secondes.
Pourtant, le temps d’une cérémonie d’ouverture, le court Philippe-Chatrier a momentanément changé de nature.
Avec les créations imaginées pour les finales dames et messieurs, Benjamin Millepied, fondateur du L.A. Dance Project et ancien directeur de la danse à l’Opéra de Paris, ne vientmpas simplement ajouter une parenthèse artistique à un événement sportif.
Le chorégraphe français a cherché à révéler ce qui existe déjà au cœur du tennis : une écriture du mouvement. Car avant même l’impact de la balle, il y a une anticipation, un rythme, une trajectoire, une mécanique du corps qui relève presque de la danse.
Le court et la scène
Pour la finale messieurs, cette rencontre entre sport et spectacle a pris une forme particulièrement singulière et éclatante.
En seulement six minutes, Millepied imagine une œuvre pensée autant pour les spectateurs présents dans le stade que pour des millions de téléspectateurs.
Une difficulté supplémentaire lorsque le plateau est un terrain de tennis : ici, il n’existe pas une seule scène mais plus mais plusieurs regards simultanés.
Les 24 danseurs évoluent dans un espace découpé par le filet, où chaque mouvement doit exister sous différents angles.
Une géométrie particulière que le chorégraphe accompagne d’une reprise de « Modern Love » de David Bowie par Zaho de Sagazan, enrichie d’une création musicale de Sylvain Millepied.
L’univers visuel convoque également une énergie plus inattendue avec des références aux années 1980 et l’utilisation de pompons, transformés ici en véritables prolongements du mouvement.
Un objet festif qui devient ici une matière chorégraphique et amplifie les gestes jusqu’à les rendre graphiques.
Cette présence lors des finales dames et messieurs dessine finalement une même idée : suspendre pendant quelques minutes la logique pure et dure de la compétition.
Et juste avant que la terre battue ne reprenne ses droits.
Cérémonie d’avant-match finale du simple dames 6 juin 2026
