Le joueur d'échecs, tha^tre Lucernaire, mise en scène d'Yves Kerboul
Le joueur d’échecs, tha^tre Lucernaire, mise en scène d’Yves Kerboul

Le joueur d’échecs au Lucernaire ressuscite la grâce de Stefan Zweig

Le joueur d’échecs s’illustre sur les planches du Lucernaire pour un moment de grâce jusqu’au 20 aout 2016. André Salzet s’approprie la célébrissime nouvelle de Stefan Zweig avec un naturel confondant de simplicité et de conviction. Les 1h10 de spectacle passent dans un souffle tant le comédien joue sur l’économie de moyens et l’authenticité. Ca sent l’expérience et la passion.

Stefan Zweig est un auteur découvert par chaque génération au moment de l’adolescence. La richesse de sa langue marie idéalement simplicité et profondeur. Des mots simples enrobent des sentiments éternels. Le joueur d’échecs est un passage obligé. L’ouvrage subjugue pour son cauchemar éveillé, Zweig enferme le malheureux personnage sur les 64 cases d’un échiquier, transformant vie en enfer perpétuel. Quand le narrateur rencontre cet autrichien anonyme expert en tactiques imbattables, c’est tout un pan de son existence qui s’ouvre à ses yeux ébahis. Enfermé par les nazis dans un isolement cruel, le héros trouve une issue via un almanach de parties d’échecs. Jusqu’à l’obsession et la névrose. Le livre est une vision de cauchemar, l’addiction transforme l’existence d’un quidam en tonneau des danaïdes.

André Salzet interprète dans cet intense seul en scène les différents protagonistes de l’histoire. Le narrateur truculent, son adversaire écossais imbu de lui même, le champion du monde hongrois bourru et atrabilaire et l’inconnu enfermé dans la tour d’ivoire de sa monomanie. Le phrasé du comédien joue sur les accents avec une conviction saisissante. Il prend son temps et laisse l’audience pénétrer dans ce jeu dangereux. Sa présence charismatique attire l’attention du public sans esbroufe gratuite ni effets superfétatoires. Il rend parfaitement justice au texte et en livre le meilleur. Ceux qui auront déjà vu le joueur d’échecs dans d’autres mises en scène peuvent le revoir au Lucernaire, cette interprétation surprend et envoute. Pourquoi ajouter d’autres acteurs et d’autres accessoires qu’une simple chaise quand le comédien remplit tout l’espace par son jeu ?

Le Lucernaire fait plaisir en accueillant un habitué des lieux pour une pièce séduisante et parfaitement interprétée. La diction d’Alain Salzet est un vrai bonheur, de quoi donner envie de prendre des cours de théâtre avec lui…

Dates : du 29 juin au 20 aout 2016
Lieu : Le Lucernaire (Paris)
Metteur en scène : Yves kerboul
Avec : André Salzet

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