Le Prophète, un film de Roger Allers

Le prophète

Le Prophète, un film de Roger Allers

Transposer une œuvre littéraire au cinéma n’est jamais sans risque mais quand un pilier du film d’animation tel que Roger Allers dirige le projet, il y a de fortes chances pour que le succès soit quasi garanti. Réputé pour son travail sur certains dessins animés Disney et notamment Le Roi Lion, il était le candidat idéal pour assurer cette adaptation. Sous son contrôle, une équipe de 9 animateurs internationaux ont été recrutés pour illustrer les poèmes choisis, chacun ayant eu carte blanche pour le style et l’interprétation. Ces professionnels venus de France, de Pologne, d’Irlande, des Émirats Arabes Unis et des États-Unis ont brillamment accompli la mission.

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La richesse poétique du livre de Khalil Gibran donne sans aucun doute matière à scénariser les thèmes universels qu’il aborde. Cependant, l’inspiration se devait d’être accompagnée de moyens. Salma Hayek, d’origine libanaise, a souhaité rendre hommage à l’auteur de son pays et c’est elle qui a en assuré la co-production. « Ce film, c’est ma lettre d’amour au Liban. » indique-t-elle. Elle est aussi la voix du personnage de Kamila, la mère d’Almitra dans le film.

Dans le monde arabe, Khalil Gibran est considéré comme un rebelle littéraire et un dissident politique.

Afin d’assurer une jonction entre les différents chapitres du recueil, le film confectionne une histoire permettant de relier les différents thèmes. En effet, même si l’auteur emploie de nombreuses métaphores, l’architecture du livre ne pouvait suffire à la scénarisation d’un long métrage. Le livre de Gibran n’étant pas un récit mais un recueil de poèmes, il était essentiel de mettre en place un fil conducteur. En faisant le choix d’y intégrer une touche fantastique, Roger Allers s’est inspiré du passé de l’auteur pour inventer une histoire autour du héros. Le film se déploie avec cadence et élégance autour du thème principal de l’Amour et il est difficile de ne pas être sensible au charme de l’intrigue.

Entre les arabesques géométriques, les aquarelles et les allusions art déco, chaque question soulevée amène une nouvelle teinte picturale. Parmi les 26 poèmes du livre, seuls 8 d’entre eux composent le scénario : L’Amour, le Travail, la Liberté, les Enfants, le Manger et le Boire, le Mariage, le Bien et le Mal et la Mort. Fidèles à la spiritualité de l’œuvre littéraire, les illustrations donnent vie à ces réflexions sur l’existence. C’est une galerie de tableaux animés dans laquelle le spectateur est transporté subtilement et simplement. La musique, composée, entre autres, par Gabriel Yared (compositeur de la musique du film “Le Patient Anglais”) aide à l’élévation et accompagne le voyage visuel de façon harmonieuse et moderne.

Les nostalgiques du 2D seront servis, car pour honorer le ton lyrique du livre et en garantir la douceur, le format 3D a été écarté. Cela dit, en travaillant sur les éléments d’animation avec Bardel Entertainment, Roger Allers a mis au point un système de production inhabituel : les personnages ont d’abord été prototypés sous forme de modèles 3D générés par ordinateur, puis « aplatis » en images 2D, celles qu’on voit finalement à l’écran. Cette prouesse technique offre un mélange étonnant de qualité et de fluidité. Elle permet une réelle homogénéité de détail tout en rappelant le rendu des formats traditionnels.

Que l’on adhère ou non aux pensées de Gibran, c’est un film qui interpelle et se distingue par sa profondeur. On y retrouve l’âme et la délicatesse du Moyen-Orient et la chaleur de la Méditerranée. L’histoire conductrice amène également une véritable mise en scène de la parentalité, plus particulièrement celle de la relation mère-fille. L’esprit du film reste sérieux et se veut probablement plus enrichissant que distrayant. Il se place donc comme une exception dans sa catégorie mais se révèle d’autant plus pertinent que les nouvelles générations ont soif de repères.

Traduit en une quarantaine de langues et vendu à plus de 100 millions d’exemplaires  Le Prophète  ne cesse d’être réédité depuis sa première publication en 1923. C’est un ouvrage poétique intemporel et un excellent support d’initiation à la philosophie. Dans le monde arabe, Khalil Gibran est considéré comme un rebelle littéraire et un dissident politique.

Comme celle du livre, la portée du film est universelle et s’adresse à un public large, toutes générations confondues.
L’on espère que le film comptera autant de spectateurs que le livre de lecteurs.

Voici un extrait du poème sur le mariage :

Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une chaîne.
Laissez-le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.
Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe.
Donnez à l’autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul.
De même que les cordes du luth sont seules pendant qu’elles vibrent de la même harmonie.
Donnez vos coeurs, mais pas à la garde l’un de l’autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos coeurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple se tiennent à distance,
Et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l’ombre l’un de l’autre.

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Sur l’île imaginaire d’Orphalese, Almitra, une petite fille de huit ans, rencontre Mustafa, prisonnier politique assigné à résidence. Contre toute attente, cette rencontre se transforme en amitié. Ce même jour, les autorités apprennent à Mustafa sa libération. Des gardes sont chargés de l’escorter au bateau qui le ramènera vers son pays natal. Sur son chemin, Mustafa partage ses poèmes et sa vision de la vie avec les habitants de l’île. Almitra est fascinée et l’écoute avec la plus grande admiration. Lorsqu’elle réalise que les intentions des gardes sont beaucoup moins nobles qu’annoncées, elle fait tout son possible pour aider son ami. Arrivera-t-elle à le sauver ?

Sortie : le 2 décembre 2015
Durée : 1h30
Réalisateur : Roger Allers
Avec : Salma Hayek-Pinault (Kamila), Liam Neeson (voix anglaise) /Mika (voix française) (Mustafa), Nicolas Duvauchelle (Halim)
Illustration : Roger Allers, Gaëtan et Paul Brizzi, Joan Gratz, Mohammed Saeed Harib, Tomm Moore, Nina Paley, Bill Plympton, Joann Sfar et Michal Socha
Musique signée : Gabriel Yared
Genre : animation

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Note
Originalité
Scénario
Réalisation
Animation
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Spécialisée dans la communication éditoriale, Sabine est rédactrice et graphiste. Passionnée d'art et de littérature, du classique au contemporain, elle aime l'harmonie au sens large. Allier langage et image est le moteur de son travail.

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