Le Brésil, son climat, sa chaleur, sa joie de vivre, mais aussi ses débordements et ses lynchages. Un personnage débarqué de France tombe de haut quand il assiste à un lynchage public en pleine rue. Sans signes avant coureurs et avec une soudaineté ahurissante, un homme soupçonné de vol se fait violemment prendre à partie par une foule incontrôlable. Ce fait divers difficile à croire est monnaie courante dans un pays où la population ne fait plus confiance en la justice et en la police pour la défendre. La BD ouvre une lucarne sur un phénomène mal connu et pourtant courant, sortie le 10 février 2021.

Entre effroi et étonnement

L’évènement central de la BD Lynchages ordinaires se déroule en plein carnaval. Johan profite de son séjour à Rio de Janeiro pour s’immerger dans l’ambiance de fête débridée du carnaval de Rio. Les couleurs sont acidulées, le ton est léger, l’alcool coule à flots et la musique samba se fait entendre à travers des bulles festives. Jusqu’au drame. Dans un état second, le héros assiste au déchainement de violence d’une foule contre un individu soupçonné de vol. Phénomène mal connu, le lynchage ne laisse que peu de chances d’en sortir à la personne prise à partie, comment se défendre contre un déferlement de coups venus de plusieurs dizaines de personnes? Les auteurs rivalisent de réalisme pour faire sentir la rage aveugle d’un phénomène qui n’a besoin d’aucune justification pour se produire, un prétexte suffit, l’effet d’entrainement fait le reste et tout le monde se disperse une fois la rage assouvie. Johan rencontre Marcela venue s’interposer pour sauver le pauvre hère avec un courage inouï. Quand elle explique au héros qu’elle n’en est pas à son coup d’essai, il tombe de haut. Et quand elle lui fait rencontrer d’autres victimes de ce phénomène, il n’en croit pas ses oreilles. Car le lynchage public se déroule presque quotidiennement dans un pays où la loi du talion remplace peu à peu le système judiciaire et où la confiance en la justice s’est lentement mais surement étiolée. Les justiciers se croient dans leur bon droit et se dispersent aussitôt la victime châtiée. Les victimes d’agoraphobe (peur de la foule en tant que masse) ou d’ochlophobe (peur du regard d’autrui) seront tétanisés par une lecture glaçante. Surtout que les auteurs évoquent également la phénomène des réseaux sociaux si prompts à condamner violemment des inconnus pour des prétextes péremptoires et finalement futiles, avec des condamnations aux conséquences parfois dramatiques. Plusieurs scénaristes ont été convoqués pour échafauder une BD qui se lit comme une thèse sociologique avec des dessins aux teintes bleutées et une pertinence de tous les instants.

Les 112 pages se lisent comme un témoignage ahurissant de l’ensauvagement des foules, un de plus au cœur d’une époque qui lâche de plus en plus la bride aux instincts les plus primaires. Et encore, la BD n’évoque pas le phénomène Covid, qui ne fait rien pour arranger les choses. Une BD difficile mais nécessaire pour comprendre la pente glissante dans laquelle s’engage des pays soi-disant développés.

Synopsis: Après une rupture, Johan part au Brésil pour se déconnecter de sa vie en France et des réseaux sociaux, qui occupent une grande place dans sa vie de militant. Sur place, il découvre Rio et son carnaval, la fête, les costumes mais aussi un aspect plus sombre du quotidien brésilien : les lynchages. Pris dans l’euphorie de la foule, il assiste au passage à tabac d’un homme que les “justiciers” présentent comme un voleur. Tous deux seront secourus par Marcela, militante contre les lynchages publics. Johan se lie d’amitié avec elle et découvre à ses côtés la terrible réalité d’un pays où, par manque de confiance à l’égard des autorités, certains ont choisi de faire justice eux-mêmes… À travers ce récit coup de poing, les auteurs questionnent notre perception des notions de justice, de présomption de culpabilité, et mettant ces thèmes en perspective à l’heure des réseaux sociaux et des pratiques déviantes qu’ils favorisent.

Editeur: La Boite à bulles

Auteurs: Léa Ducré (scénario), Benjamin Hoguet (scénario), Morgann Jezequel (collaboration scénario), Héloïse Chochois (dessin), Victoria Denys (dessin)

Nombre de pages / Prix: 22 euros / 112 pages

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