L’Interview éclairante de Nicolas Bouchaud et Judith Henry

L'Intervieuw éclairante de Nicolas Bouchaud et Judith Henry
Interview / crédit photo Christophe Raynaud de Lage

L’Interview éclairante de Nicolas Bouchaud et Judith Henry

L’interview est l’une des figures imposées du journalisme. Elle est, au-delà de l’exercice de style, un lieu de postures, de dévoilement et de mise en scène, un jeu de rôles, un théâtre, un corps à corps centré sur la parole où se joue la confrontation de deux subjectivités.

Conçu à partir de textes, de films et d’entretiens avec Edgar Morin, Michel Foucault, Yves Bonnefoy, Max Frisch, Pier-Paolo Pasolini ou Florence Aubenas, Nicolas Truong se pique au jeu de l’exercice dont il décortique sous plusieurs angles le genre.

Sans reconstitution mais à partir de ses entretiens réels où la parole de célébrités côtoie celle d’anonymes interviewés, les acteurs Nicolas Bouchaud Judith Henry jouent à s’entretenir, devenant tour à tour interviewers et interviewés.

Un ping-pong verbal

Les deux acteurs – formidables – à l’abri d’un plateau sobre, passent ainsi en revue les différentes figures de l’entretien, jonglant avec cette matière malléable, qui explore le véritable enjeu de ce ping-pong verbal entre langage formaté et parole incarnée.

Du mensonge assumé au désarroi incontrôlable, de la connivence à l’agressivité, c’est aussi bien notre mémoire collective que notre actualité qui font sens dans ces échanges réactualisés où la question aujourd’hui n’est plus tant de refaire le monde, que d’arrêter de le défaire.

Ils n’hésitent pas à prendre le public à partie. « Êtes-vous heureux » ?, lance Nicolas Bouchaud à un spectateur en lui tendant le micro. Des répliques de films sont parfois diffusées, comme Chronique d’un été, d’Edgar Morin et Jean Rouch.

La question date de 1961: cette année là, le philosophe et le cinéaste se mettent en tête d’aller interviewer les Français pour le film « Chronique d’un été ». Les réponses sont franches, naïves, les voix ont la résonance de la radio et des films de l’après-guerre qui s’inscrivent dans une séquence d’avant la médiatisation.

Les bons clients

Aujourd’hui, les réponses sont beaucoup plus formatées dans une surenchère à la pensée unique qui nivèle la parole délivrée.

Les journalistes sélectionnant les interviewés où s’opère un tri entre les « bons clients » et les autres. D’où une sur-représentation des mêmes classes sociales dans les médias. Pire, les intervieweurs ne biaisent-ils pas le procédé en cherchant à obtenir la réponse qu’ils ont déjà en tête ?

Ludique, drôle, intelligent, le spectacle de Nicolas Truong pose la bonne question où l’éloge du silence à l’ère du bavardage généralisé, peut être la bonne réponse.

INFOS

Dates : du 21 février au 12 mars 2017 l Lieu Au Théâtre du Rond-Point (Paris)
Metteur en scène : Nicolas Truong l Avec : Nicolas Bouchaud et Judith Henry

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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