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A l'Odéon : un Avare qui décoiffe et ne lâche rien
L’Avare de Molière mise en scène Ludovic Lagarde – © Pascal Gély

A l’Odéon : un Avare inspiré qui décoiffe et ne lâche rien

Porté par une relecture inspirée à l’énergie explosive, le metteur en scène Ludovic Lagarde offre une vision contemporaine et très enlevée de ce classique de Molière.

L’avare est ici un homme ordinaire, paranoïaque et sadique, aux prises avec une famille en crise qu’il ordonne et terrorise, sous couvert d’une fortune amassée mais confisquée, qui pervertit autant qu’elle manipule, les relations et les sentiments.

Avarice, obsession de l’accumulation, violence liée au rapport à l’argent et à son culte mortifère, sont donc au cœur de l’intrigue où tout peut lui être sacrifié, puisque rien d’autre ne compte plus, rien ne vaut plus, que l’argent, justement.

Et au diable les autres mais aussi lui-même car dans cette dévotion compulsive pour son vice, c’est aussi une fosse au fond de laquelle l’Avare creuse sa propre tombe dont la scène finale vaut son pesant d’or !

La tragédie d’un homme et le pouvoir malsain de l’argent  

C’est la tragédie d’un homme qui maltraite son entourage, s’isole de plus en plus, et du pouvoir malsain de l’argent où tout le monde se ment, que fait entendre dans toute sa noirceur et sa violence, Ludovic Lagarde dans un rapport très concret, très réaliste au texte, en mettant à distance les conventions de jeu généralement associées à ce théâtre.

Le metteur en scène inscrit cet avare dans une figure de notre temps où les richesses dématérialisées sont concentrées entre les mains de quelques uns. Dans un intérieur aux allures d’entrepôt, les caisses amoncelées disparaissent tandis que les sentiments se révèlent. Là où le manque et l’accumulation obsèdent et exacerbent les turpitudes jusqu’à son paroxysme.

Ludovic Lagarde s’empare de la langue crue et incisive de Molière avec un évident plaisir du jeu qui pointe l’humour cinglant et ravageur du dramaturge visionnaire.

La troupe à l’unisson est emmenée par le saisissant Laurent Poitrenaux en Harpagon dont la puissance de jeu se charge de tous les ingrédients d’un drame qui tient autant de la comédie noire que de la mascarade cruelle et sans appel. Bravo !

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Dates : du 2 au 30 juin 2018 l Lieu Odéon – Théâtre de l’Europe (Paris)
Metteur en scène : Ludovic Lagarde

 

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu des acteurs
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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