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Amaury Jacquet

Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

La danse intranquille de Johan Inger et indomptée de Nadav Zelner à la Villette/Chaillot

Le Nederlands Dans Theater (NDT), basé à la Haye, est l’une des principales compagnies de danse contemporaine au monde qui a imposé sa marque par des productions non conformistes et originales. Elle est de passage à Paris avec sa branche la plus jeune, le NDT2, composée de dix-huit danseurs âgés de 18 à 22 ans, qui s’inscrit par le programme présenté ce soir, dans cette exploration de nouvelles écritures chorégraphiques et un répertoire avant-gardiste. Olé ! Deux pièces d’une vingtaine de minutes chacune sont présentées et qui sortent des sentiers battus. La première signée du Suédois Johan Inger (Out of Breath ) déploie une écriture impulsive et éloquente de haut vol, tandis que la seconde du chorégraphe israélien Nadav Zelner (Bedtime story) nous plonge dans une effervescence aussi vitale que théâtrale !

La Double Inconstance sous le regard acéré de Galin Stoev, sur France 4

Le théâtre de Marivaux est tout un art, l’art même du théâtre, où il est d’usage d’orchestrer des stratégies amoureuses avec sa part de faux-semblants. Si le cœur est une forteresse, alors il faut déployer des trésors d’ingéniosité pour parvenir à ses fins. Il y a dans ce goût du calcul et de la manipulation, une certaine dose de mystification. Mais ce n’est qu’une étape nécessaire pour obtenir, à la fin, le cœur de celui (ou celle) qu’on convoite ardemment. Galin Stoev éclaire d’une dimension nouvelle et cruelle la manipulation des âmes innocentes. La fluctuation des inclinaisons amoureuses et l’ambiguïté des rapports de force y sont passés au scalpel. Et ce classique de Marivaux détonne par sa sensualité et sa modernité.

« La Collection » : un quatuor d’acteurs de choc pour Pinter

Harold Pinter (1930 – 2008), prix Nobel de littérature en 2005, participe au renouveau théâtral britannique dans les années 1950. Le malaise et la cruauté qui se dégagent de ses premières œuvres, qualifiées de “théâtre de la menace” , évoluent vers l’exploration de l’intimité puis, à partir des années 1980, vers le politique. La Collection», écrite en 1961, dépeint avec férocité les rapports ambigus entre trois hommes et une femme. La pièce orchestre, sous le venin du mensonge et des rapports de domination, le trouble des passions humaines.

« Room », le boomerang galvanisant de James Thierrée

Dans un lieu hors du temps, James Thierrée en homme-orchestre d’une troupe sortie de nulle part nous invite au lâcher prise. Une traversée crépusculaire où la quête de sens s’incarne dans un imparable contre sens sensoriel, musical et visuel. Un boomerang de disciplines artistiques est orchestré sur scène, où jeux surréalistes, chant, danse, mime, acrobatie et musique s’entrechoquent et se saisissent des corps, des objets, du langage, dont James Thierrée se fait le vecteur et le fil conducteur.

A l’opéra de Paris, le voyage inspirant dansé de Dante

Créé en 2021 au Royal Ballet de Londres en coproduction avec l'Opéra, le "The Dante Project" fait une entrée remarquée au répertoire de l’Opéra de Paris. Inspiré de la divine comédie, ce ballet - chorégraphié par Wayne McGregor sur une partition de Thomas Adès, une scénographie et des costumes signés par l’artiste britannique Tacita Dean - retrace en trois actes la traversée des trois royaumes des morts : « L’Enfer », « Le Purgatoire » et « Le Paradis ». Loin de tout récit illustratif ou narratif, Wayne McGregor convoque ici d’un geste sûr et affuté, l’univers onirique imaginé par Dante, à l’abri de trois mondes saturés d’atmosphères où la musique chaotique, tour à tour vrombissante ou atonale, épouse les soubresauts de la dramaturgie.

Vanessa Paradis de retour au théâtre Édouard VII avec « Maman » la pièce de Samuel Benchetrit

Il y a dans l’écriture de Samuel Benchetrit une vision à la profonde et abstraite qui embrasse ses personnages avec une essence singulière et une acuité particulière. Porté par un climat empreint d’étrangeté, d’introspection, de rupture, de temps suspendu, où les silences, les non-dits et une tension diffuse font parties intégrantes de la narration.

Bob Wilson et Isabelle Huppert : un duo en majesté

Bob Wilson et Isabelle Huppert : un duo en majesté Bob Wilson retrouve Isabelle Huppert dans la figure historique de Mary Stuart, la reine d’Écosse...

Notre Sélection

« La Jalousie » : le vertige bourgeois selon Michel Fau (succès, prolongations !)

Il y a chez Michel Fau un goût rare, presque aristocratique, pour la cruauté polie. Avec "La Jalousie" de Sacha Guitry, qu’il met en scène et interprète à la Michodière, il ne ressuscite pas le boulevard — il le transfigure. Là où d’autres n’auraient vu qu’un vaudeville poudré, Fau découvre une tragédie miniature, sertie dans un écrin d’or et de satin, où chaque sourire cache un gouffre.

La tragédie sans alibi par Eddy d’arango au théâtre de l’Odéon

Il faut d’abord accepter d’être déplacé. Non pas spécialement ému – l’émotion est trop simple, trop disponible –, mais déplacé, désaxé, presque délogé de sa place confortable de spectateur venu se replonger dans un classique. Car l’Œdipe Roi d’Eddy D’aranjo, présenté à l’Odéon, ne cherche pas à revisiter Sophocle. Il l’utilise comme une faille. Un point de rupture dans l’histoire du théâtre occidental, par lequel remonte, comme une eau noire, ce que la tragédie a toujours montré sans jamais vraiment le regarder : l’inceste, non comme mythe, mais comme système.