Fanny Ardant : héroïne tragique et prêtresse magnifique

Fanny Ardant dans Cassandre © Christophe Raynaud de Lage

Fanny Ardant : héroïne tragique et prêtresse magnifique

Inspirée du texte de Christa Wolf, Cassandre est l’une des œuvres les plus célèbres de Michael Jarrell. Monodrame pour comédienne et orchestre, elle a été créée pour la première fois en 1994 au Théâtre du Châtelet à Paris avec Marthe Keller. Aujourd’hui c’est Fanny Ardant qui s’empare de la figure de Cassandre et de ce drame intense aux tonalités extrêmes dont la lecture dramaturgique et sensorielle, sonne comme un coup de maître.

Le discours de Cassandre est tout entier remémoration, porté par une confession intime et un cri de révolte car lorsque l’œuvre commence, le pire a déjà eu lieu.

Les Troyens sont vaincus, Cassandre est prisonnière d’Agamemnon à Mycène. Au seuil de sa mort, les événements marquants de sa vie se remémorent dans un mouvement ultime : la malédiction d’Apollon qui lui a offert le don de divination mais aussi l’incapacité à être entendue, son amour pour Énée, les dix ans de guerre contre les Grecs, la mort de ses proches, la chute de Troie.

Du mythe à l’œuvre de Christa Wolf, le monologue est construit sur le principe d’un va-et-vient constant entre le présent, le passé, et le futur dans le passé (les prédictions de jadis).

Du coté des vaincus

Wolf y réinterprète le mythe antique pour se concentrer sur trois points essentiels : le récit des vaincus tel que donné par Cassandre la Troyenne (qui diffère de beaucoup du récit d’Homère – épique, héroïque, et de surcroît le récit d’un grec, le récit des vainqueurs), la situation de la femme dans l’Histoire, et les origines de la guerre.

Elle y contredit la version homérique du conflit en insistant notamment sur le sort réservé aux femmes (mises à l’écart, la plupart du temps réduites en esclavage sexuel) et en montrant une guerre qui n’a plus rien d’une suite de vaillants exploits de héros masculins.

Et montre comment les guerres naissent d’un rapport falsifié à la vérité.

Cassandre est cette voix universelle, essentielle, fondatrice qui dit non à la cité et questionne envers et contre tous, l’acte civique et politique.

D’une intériorité aussi brûlante que rebelle, Fanny Ardant impressionne de maîtrise et d’incarnation. Et transcende la parole de Cassandre aux prises avec son destin inéluctable dont le flux dramaturgique s’entrechoque dans une mise en scène sobre, à la partition musicale contemporaine d’une grande puissance expressive et orchestrale.

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Dates : du 18 au 22 octobre 2017 l Lieu Athénée – Théâtre Louis-Jouvet (Paris)
Metteur en scène : Hervé Loichemol l Avec : Fanny Ardant

Note
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Jeu de l'actrice
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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