La fièvre de Petrov, un nouveau chef d’oeuvre du réalisateur de Leto, sortie en salles le 1er décembre

Le réalisateur Kirill Serebrennikov a laissé un souvenir impérissable dans l’esprit de milliers de spectateurs avec son génial Leto sorti en 2018. Son absence incompréhensible du palmarès cannois de cette année-là avait surpris, le réalisateur en a tellement voulu au festival qu’il a même demandé à ne plus jamais apparaitre en compétition, mais il n’a pas perdu sa vista comme le démontre l’encore plus impressionnant La fièvre de Petrov. Difficile de ne pas considérer le réalisateur comme un nouveau génie du cinéma mondial avec cet opus ahurissant de créativité formelle et stylistique.

Un film OVNI rare et réconfortant

Pour faire simple, il est bon de savoir que certains réalisateurs préfèrent creuser le sillon d’un cinéma exigeant et inventif plutôt que de traverser le frontière de la facilité vers l’univers Marvel… Là où Chloé Zhao s’est peut-être définitivement perdue, Kirill Serebrennikov revient 3 ans après Leto avec un nouveau film inclassable. 145 minutes d’éblouissement; c’est rare à notre époque où si les films sont de plus en plus longs, ils en deviennent trop souvent rébarbatifs et répétitifs comme le récent James Bond. Le réalisateur russe brosse un vrai portrait de la Russie éternelle avec une galerie de personnages qui donnent tous l’impression d’avoir la fièvre. Sa plongée dans les époques contemporaines et communistes donne le tournis et fait perdre l’équilibre, les points de vue s’accumulent pour des perspectives toutes différentes qui demandent de ne jamais baisser la garde, car le pays est patraque et ne se sent pas très bien, l’agitation est permanente et il est presque impossible de trouver la sérénité dans un environnement perclus de corruption et d’alcoolisme. Les flashbacks dans l’époque si loin si proche du communisme finissent de forcer l’admiration pour une peinture aussi réaliste que dramatique de personnages perdus autant en eux-mêmes que dans leur(s) époque(s). La caméra épileptique retranscrit ce sentiment généralisé d’insécurité avec des renversements de perspectives qui modifient d’autant les perceptions. Le film louvoie entre rêve et cauchemar pour une distorsion du temps et de l’espace jamais vraiment abrogée, comme si le réalisateur prenait un malin plaisir à brouiller les pistes. Certaines temporalités en Noir et Blanc côtoient d’autres moments en couleur, les personnages sont tantôt jeunes tantôt adultes, la chronologie est brouillée, le film se change en labyrinthe tortueux où il fait bon se perdre. L’interrogation est permanente, les personnages sont-ils fous, ou bien est-ce le réalisateur, ou bien même le spectateur? Les repères volent en éclat par la grâce de choix formels et scénaristiques qui nous laissent bouche bée. Un grand moment de cinéma, parfois incompréhensible mais jamais gratuit, à voir plusieurs fois donc pour en avoir le cœur net!

La fièvre de Petrov est une expérience hallucinée de cinéma, fiévreuse, ébouriffante, inconfortable et passionnante. Le film est à inscrire absolument sur votre agenda ciné de la semaine pour vivre une vraie expérience au-delà du réel.

Synopsis: Affaibli par une forte fièvre, Petrov est entraîné par son ami Igor dans une longue déambulation alcoolisée, à la lisière entre le rêve et la réalité. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent…

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