La joute oratoire et terrestre autour du désir de Koltès, revient à Paris
Dans la solitude des champs de coton. de Bernard-Marie Koltès © Roland Auzet 2017

La joute oratoire et terrestre autour du désir de Koltès, revient à Paris

La pièce jouée à l’origine par un noir et blanc (Laurent Malet et Isaac de Bankolé) puis par deux blancs (Laurent Malet et Patrice Chéreau) est portée pour la première par deux femmes : Anne Alvaro et Audrey Bonnet.  

Dans cette pièce de Koltès, deux personnages s’affrontent autour d’un accord indicible, le désir. Les deux comédiennes interprètent avec force ce texte aux accents métaphoriques. Dans la mise en scène de Roland Auzet qui dépasse la seule vision de la représentation par une immersion dans l’intime de la poésie âpre du poète, grâce à des casques auditifs remis aux spectateurs, les mots fusent et résonnent au combat des deux protagonistes.

Le spectacle s’ouvre durant quelques instants par une désorientation du public qui, invité à rejoindre la scène plongée dans la pénombre, se raccroche aux voix amplifiées avant de découvrir la silhouette du “dealer” et de son “client” qui s’abordent dans la nuit.   

L’un est le vendeur d’une marchandise mystérieuse qu’il refuse de dévoiler, l’autre l’acheteur est en prise avec un désir secret qu’il refuse de nommer. La transaction commerciale est la métaphore du conflit entre les personnages et traite du rapport entre le dominant  et le dominé. Dans cette conjonction, les deux comédiens tour à tour se cherchent, se séduisent, s’esquivent et s’opposent.

[…] une danse de  mort […]

La mise en scène marque très justement l’opacité du rapport de force qui se joue. Elle souligne cette lutte animale qui existe entre eux mais aussi ce besoin de langage et donc de civilisation.

Les joutes verbales sont introduites au rythme d’un dialogue brûlant qui se noue et se charge de complexité, d’emportement, de légèreté voire d’humour.

Le duel verbal dans une langue imagée se nourrit d’une stratégie de séduction et d’intimidation. Les répliques sont, en apparence, explicites et crues, mais en fait elles sont sujettes pour le spectateur à une interprétation. Elles suggèrent toute une représentation de l’interdit, du secret, où la mauvaise foi, les ruses et les dénis sont présents, sans être immédiatement perceptibles.

On est saisi par la danse de mort entre les deux partenaires-adversaires du dialogue. Au-delà du texte même très poétique et rythmique, ce sont par leur mouvements, leur rapprochements et leur distance que se décodent les pulsions, les manipulations, les mensonges et les rapports de force des deux personnages. L’une prétend “je suis capable de vous éblouir de mes non !” l’autre rétorque “toutes les sortes de oui, je les sais !”.

[…] Un texte fort aux accents métaphoriques […]

De ce contact mortifère entre le dealer (Anne Alvaro) et le client (Audrey Bonnet), tous deux intenses, le public perçoit la tension dramatique qui va du désir à l’hostilité puis tend jusqu’à l’extrême précarité, des relations humaines qui en découlent.

Dates : du 25 juillet au 1 août 2020 – Lieu : Parvis de l’Institut du Monde Arabe puis Ponton Milan, Quai d’Austerlitz (Paris 13) et Stade Didot (Paris 14) 
Metteur en scène : Roland Auzet l Avec : Anne Alvaro / Audrey Bonnet

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Jeu des acteurs
Mise en scène
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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