La joute oratoire et terrestre de Koltès portée par une duo brûlant

La joute oratoire et terrestre de Koltès porté une duo brûlant
Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès – photo Jean-Louis Fernandez

La joute oratoire et terrestre de Koltès portée une duo brûlant

Dans cette pièce de Koltès, deux personnages s’affrontent autour d’un accord indicible, le désir. Les deux comédiens interprètent avec force ce texte aux accents métaphoriques. Dans la mise en scène de Charles Berling et son décor monumental, les mots fusent et résonnent au combat des deux protagonistes.

L’un est le vendeur (Mata Gabin) d’une marchandise mystérieuse qu’il refuse de dévoiler, l’autre l’acheteur (Charles Berling) est en prise avec un désir secret qu’il refuse de nommer. La transaction commerciale est la métaphore du conflit entre les personnages et traite du rapport entre le dominant  et le dominé. Dans cette conjonction, les deux comédiens tour à tour se cherchent, se séduisent, s’esquivent et s’opposent.

[…] une danse de  mort […]

La mise en scène marque très justement l’opacité du rapport de force qui se joue. Elle souligne cette lutte animale qui existe entre eux mais aussi ce besoin de langage et donc de civilisation.

Les joutes verbales sont introduites au rythme d’un dialogue brulant qui se noue et se charge de complexité, d’emportement, de légèreté voire d’humour.

Le duel verbal dans une langue imagée se nourrit d’une stratégie de séduction et d’intimidation. Les répliques sont, en apparence, explicites et crues, mais en fait elles sont sujettes pour le spectateur à une interprétation. Elles suggèrent toute une représentation de l’interdit, du secret, où la mauvaise foi, les ruses et les dénis sont présents, sans être immédiatement perceptibles.

On est saisi par la danse de mort entre les deux partenaires-adversaires du dialogue. Au-delà du texte même très poétique et rythmique, ce sont par leur mouvements, leur rapprochements et leur distance que se décodent les pulsions, les manipulations, les mensonges et les rapports de force des deux personnages. L’une prétend “je suis capable de vous éblouir de mes non !” l’autre rétorque “toutes les sortes de oui, je les sais !”.

[…] Un texte fort aux accents métaphoriques […]

De ce contact mortifère entre le dealer (Mata Gabin) et le client (Charles Berling), tous deux intenses, le public perçoit la tension dramatique qui va du désir à l’hostilité puis tend jusqu’à l’extrême précarité, des relations humaines qui en découlent.

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Dates : du 15 au 17 mai 2019 l Lieu : La Villette (Paris)
Metteur en scène : Charles Berling l Avec : Charles Berling / Mata Gabin

Note
Originalité
Scénographie
Jeu des acteurs
Mise en scène
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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