Erich von Stroheim Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

L’intense et vibrant trio dans Erich von Stroheim

Le couple est la toile de fond de cette pièce qui met en scène une femme et deux hommes, nommés Elle, l’Un et l’Autre. Trois personnages à la dérive qui se mentent à eux-mêmes dans un triangle amoureux sulfureux aussi désabusé que destructeur.

Il sont à un tournant de leur vie, notamment de leur vie amoureuse. C’est un trio presque parfait, puisque chacun des trois personnages a une relation avec l’autre où s’instaure un suspens psychologique : lequel de ces trois couples va rester ? En marge, il y a une réflexion sur la société et son univers globalisé, dérégulé, dématérialisé qui voient les repères sensibles exploser et ses membres se déserter les uns les autres, dans une peur récurrente de l’engagement et de la responsabilité humaine.
 
“ Elle  ” dirige une entreprise, “ L’un” est acteur de films pornographique. “ L’autre ”, le jeune homme, n’a pas de travail et aimerait pouvoir “truquer la société”. Il prend pour modèle Erich von Stroheim – d’où le titre de la pièce – qui a mystifié sa vie en trichant avec ce qu’il était.
  
La notion de survie est au cœur du spectacle où aucun des trois protagonistes ne vit vraiment, mais se livre à une fuite en avant pour ne pas se confronter à sa solitude et à une réalité pervertie. Echappatoire des sens donc pour pouvoir encore exister dans un monde du tout-économique où le corps humain n’est plus qu’une marchandise offerte au capital. Le tout porté par une écriture incisive, âpre, violente, rythmée de Christophe Pellet. Un poème noir, à l’humour  féroce et à la langue fragmentée qui interroge en creux le monde d’aujourd’hui, la relation à l’autre, le désir et le travail. Il questionne aussi l’enfance fracassée et la perte d’innocence. 

Une langue qui percute le corps

Une photo immense de Montgomery Clift et Lee Remick tirée du film Le Fleuve sauvage d’Elia Kazan apparaît sur le décor monumental avant qu’il ne s’ouvre et se referme sur des espaces intimistes, focalisant dans un ballet opératique et cinématographique, la perdition des personnages. Tandis que la  voix de la Callas dans Sanson et Dalila de Saint-Saëns inaugure chaque nouvelle scène.  
 
Stanislas Nordey orchestre d’un geste sûr et puissant cette danse de mort dont la fureur des mots magnifiquement rendus, résonne de cette compromission impossible. 
 
Des corps qui habitent la langue et une langue qui percute le corps, telle est la partition que servent à merveille Laurent Sauvage (l’Un), Thomas Gonzalez (l’Autre) et Emmanuelle Béart (Elle) dans un abandon aussi troublant que poignant. Bravo.    
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Dates : du 25 avril au 21 mai 2017 l Lieu Théâtre du Rond-Point (Paris)
Metteur en scène : Stanislas Nordey

NOS NOTES ...
Originalité
Scénographie
Mise en scène
Amaury Jacquet
Si le droit mène à tout à condition d'en sortir, la quête du graal pour ce juriste de formation - membre de l'association professionnelle de la critique de théâtre de musique et de danse - passe naturellement par le théâtre mais pas que où d'un regard éclectique, le rédac chef rend compte de l'actualité culturelle.

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