[MANGA] Baptism – Édition originale, T1, de Kazuo Umezu (Glénat Manga)
Une actrice célèbre voit apparaître une tache sur son visage et ne le supporte pas. Izumi disparaît des écrans, se réfugie dans l’anonymat et met au monde une petite fille, Sakura, qu’elle couvre d’attentions du matin au soir. La fillette ignore les intentions véritables de sa mère à son égard, jusqu’au jour où elle découvre la seule et unique raison de sa venue au monde. Kazuo Umezu, crédité Umezz au scénario et au dessin, a publié ce récit en 1974 ; Glénat Manga le republie le 23 septembre 2026 dans une édition au format perfect, complète en quatre volumes, augmentée de pages couleur inédites. Ce premier tome compte 304 pages, traduites par Satoko Fujimoto et Anthony Prezman.
Baptism T1 : Izumi, la tache sur le visage et la naissance de Sakura
Le récit commence dans une loge, devant un miroir à trois panneaux. Une femme en robe rose à fleurs s’y regarde, et le dessin multiplie les reflets jusqu’à placer, dans la même case, le visage réel et le visage renvoyé face à face. L’obsession est posée avant l’intrigue : le sujet du livre est le regard qu’Izumi porte sur elle-même.
La suite est racontée au passé, avec des cartouches de narration qui surplombent l’action. Izumi déclare vouloir un enfant, rencontre un inconnu, accouche d’une fille qui lui ressemble trait pour trait et refuse de dire qui est le père. Les pages laissent une large place aux journaux à scandale, dessinés en pleine case avec leurs gros titres : l’amour secret de la dernière star, l’accouchement d’un enfant sans père. La presse commente chaque étape de sa chute.
Une mère, une fille, et un projet qu’on devine
Tout le livre repose sur un décalage d’information. Le lecteur sait ce que Sakura ignore, ou du moins le pressent, et regarde une enfant choyée par une mère dont chaque attention est suspecte. Il n’y a pas de monstre ; le malaise vient de ce dispositif et il monte page après page.
Ce dispositif a cinquante ans, et il faut en accepter les conventions. Les émotions sont appuyées, les répliques explicites — « Je voulais simplement un enfant ! Peu importe le père » —, et la narration commente abondamment ce que le dessin montre déjà. Un lecteur habitué aux récits contemporains trouvera l’ensemble démonstratif. Il faut aussi savoir que l’histoire ne tient pas en un volume : 304 pages ne referment rien, et le premier tome laisse son héroïne au seuil de ce qui l’attend.
La question de la célébrité traverse tout le premier tome. Le visage d’Izumi est son métier, et la tache n’a de gravité que parce qu’elle est publique. L’album consacre plusieurs cases entières à des unes de journaux, dessinées avec leurs titres et leurs colonnes, qui commentent sa grossesse et réclament le nom du père. Cette pression explique la disparition, le retrait dans l’anonymat, puis l’isolement dans lequel grandit Sakura. Le récit d’horreur se construit sur un mécanisme social identifiable, et il reste efficace un demi-siècle après sa première publication.
Le dessin de Kazuo Umezu : miroirs, trames décoratives et pages couleur
Le trait relève du shôjo des années soixante-dix : grands yeux cernés de cils, chevelures noires en masses bouclées, silhouettes élancées. Umezu se sert de cette grammaire pour inquiéter. Les trames servent d’abord la décoration, papier peint à rayures, motif en plumes de paon derrière un lit, puis s’assombrissent pour encercler un visage. Les noirs sont pleins, sans dégradé.
Les pages couleur de cette édition changent la lecture. La séquence de la loge est traitée en teintes aquarellées, roses fanés, magenta, verts d’eau sur les encadrements de miroir, avec un grain de papier laissé visible. Le passage au noir et blanc des pages suivantes marque la sortie du monde du spectacle. Le découpage reste régulier, quatre à six cases par page, avec beaucoup de place laissée au récitatif.
Faut-il lire Baptism T1 ?
L’œuvre mérite sa réputation et cette édition lui rend justice : format solide, pagination généreuse, pages couleur utiles à la lecture. Le récit tient par sa construction, et le malaise qu’il installe n’a pas vieilli. Il faut accepter en échange une narration très commentée et un pathos frontal, propres à leur époque. Pour qui veut découvrir Kazuo Umezu, c’est une bonne porte d’entrée, à condition de prévoir les quatre volumes. Les amateurs d’horreur japonaise pourront aussi se tourner vers la réédition de La Dame de la chambre close, chez le même éditeur, et vers La déchéance d’un homme de Junji Itô (Delcourt/Tonkam).
📖 Résumé de l’éditeur

Anéantie par la dégradation de ses charmes, et en particulier l’apparition d’une horrible tache sur son visage, la célèbre actrice Izumi fomente un plan monstrueux pour retrouver sa jeunesse perdue. Elle se réfugie dans l’anonymat loin des feux des projecteurs pour donner naissance à une ravissante enfant, Sakura. Comblée d’attentions du soir au matin, la fillette ignore les véritables intentions de sa mère à son égard. Jusqu’au jour où elle découvre la seule et unique raison de sa venue au monde…
📚 Fiche éditeur
| Scénario et dessin | Kazuo Umezu (Umezz) |
| Traduction | Satoko Fujimoto, Anthony Prezman |
| Éditeur | Glénat Manga, collection Seinen |
| Date de sortie | 23 septembre 2026 |
| Prix | 14,95 € |
| EAN | 9782344075241 |
| Pagination | 304 pages |
| Format | Broché, 147 × 210 mm, noir et blanc et pages couleur |

