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« L’Amant » : les vertiges du désir sous le masque du quotidien

« L’Amant » : les vertiges du désir sous le masque du quotidien
© Emilie Brouchon

« L’Amant » : les vertiges du désir sous le masque du quotidien

Avec « L’Amant », Harold Pinter ausculte une fois encore les lignes de faille qui traversent les relations humaines.

Sous l’apparente banalité d’un couple installé dans la routine bourgeoise se dissimule un territoire mouvant où les frontières entre le réel et le fantasme, entre le jeu et la vérité, deviennent poreuses jusqu’au vertige.

Dans cette pièce, Pinter met en scène Sarah et Richard, un couple marié dont le quotidien semble parfaitement réglé.

Dès les premières minutes pourtant, une étrange conversation s’installe : Richard demande à sa femme si son amant viendra cet après-midi.

L’étrange mécanique du couple

Progressivement, le spectateur découvre que la frontière entre réalité, jeu de rôle et fantasme est beaucoup moins claire qu’elle ne paraît.

À travers cette mécanique troublante, Pinter explore les tensions du désir, les masques que l’on porte dans le couple et la nécessité, parfois, de réinventer l’autre pour continuer à l’aimer.

Dans sa mise en scène, Thierry Harcourt épouse avec finesse les zones d’ombre du dramaturge britannique.

Loin de surligner le caractère ambigu de l’œuvre, il en laisse progressivement surgir les craquelures, comme si le vernis du quotidien se fissurait lentement sous le regard du spectateur.

Le salon cesse alors d’être un simple lieu domestique pour devenir un territoire de projection, un espace mouvant où les identités se défont et se recomposent.

Chez Pinter, les mots n’avancent jamais seuls ; ils charrient des silences, des faux-semblants, des mouvements souterrains qui disent davantage que les dialogues eux-mêmes.

Cette partition sur le désir et ses déplacements trouve dans l’interprétation de Sarah Biasini une densité troublante. Elle compose une figure insaisissable où la douceur apparente se double d’une étrangeté diffuse.

Son personnage oscille entre abandon et maîtrise, proximité et retrait, comme si plusieurs présences cohabitaient simultanément dans un même corps.

Face à elle, Pierre Rochefort fait exister un personnage en perpétuel déséquilibre. Derrière l’assurance sociale affleure une inquiétude plus profonde, celle d’un homme confronté à ses propres constructions imaginaires.

L’acteur joue avec précision sur les glissements successifs entre autorité, trouble et fragilité.

La présence de Hugo Jasienski participe également à cette mécanique subtile où chacun semble évoluer dans un espace à la fois concret et mental.

Plus encore que la seule question de l’infidélité, « L’Amant » interroge le devenir du désir lorsque l’habitude s’installe.

Comment préserver l’inconnu chez l’être aimé ? Comment continuer à regarder l’autre sans l’enfermer dans une identité définitive ? Pinter répond moins par des certitudes que par une série de déplacements successifs où chaque révélation ouvre une nouvelle interrogation.

Le spectacle révèle alors une vérité plus inconfortable : peut-être que les relations amoureuses se construisent moins sur ce que nous savons de l’autre que sur ce que nous continuons obstinément à ignorer de lui.

Dans cette circulation constante entre attraction et distance, entre aveu et mensonge, « L’Amant » déploie une danse discrètement mortifère où les corps et les silences deviennent les véritables révélateurs des pulsions enfouies.

Une traversée trouble et élégante des territoires fragiles du désir humain.

Dates : du 29 mai au 4 juillet 2026 à 19h (ven., sam., mar.) – Lieu : Théâtre de Paris (Paris)
Mise en scène : Thierry Harcourt

[BD] Terres d’Ynuma – Tome 3 : L’Honorable juge Wonq, de Nicolas Jarry & Jean-Paul Bordier (Soleil)

Couverture Terres d'Ynuma T3 L'Honorable juge Wonq Jarry Bordier Soleil [BD] Terres d’Ynuma – Tome 3 : L’Honorable juge Wonq, de Nicolas Jarry & Jean-Paul Bordier (Soleil)

Le Monde d’Aquilon continue son expansion vers de nouveaux horizons. Après les forêts d’Elfes, les montagnes des Nains, les hordes d’Orcs & Gobelins, les sortilèges des Mages et les fureurs guerrières d’Arran, la grande fresque heroic fantasy collective de Soleil ouvre désormais une terre inédite : Terres d’Ynuma, vallée brumeuse aux accents nippons. Le 4 juin 2026 paraît le troisième tome de cette saga prévue en cinq albums, L’Honorable juge Wonq, signé par Nicolas Jarry au scénario et Jean-Paul Bordier au dessin (couleurs de Vincent Powell).

Comme les opus précédents – le très remarqué Samouraï rouge dessiné par Vax et le tome 2 chroniqué dans nos colonnes – ce nouveau volet propose une histoire complète, sertie dans la mosaïque plus vaste du Monde d’Aquilon. Chaque album se lit ainsi de manière autonome, tout en participant à la mythologie commune que Jarry et ses complices déploient depuis plus d’une décennie aux côtés de Jean-Luc Istin.

Trois jours. C’est tout ce dont disposent le juge Wonq, son pantin et un Kugo au passé sanglant pour innocenter l’assassin présumé d’une jeune elfe. Passé ce délai, le grand-père de la victime, seigneur redouté de Kitanaë, mettra la région entière à feu et à sang. Sur ce canevas tendu de polar à rebours, Jarry bâtit une enquête solide : un compte à rebours implacable, trois figures aux silhouettes contrastées, et une intrigue conduite à travers les coutumes raffinées d’une Asie médiévale fantasmée, peuplée d’esprits vengeurs et de seigneurs vaniteux.

L’ambiance est l’un des grands atouts de la série. Loin des donjons médiévaux européens habituels du Monde d’Aquilon, Terres d’Ynuma troque les cottes de mailles pour les kimonos, les épées larges pour les katanas, les forêts druidiques pour les pagodes embrumées et les rizières en terrasses. On y croise des elfes adaptés à la mythologie nipponne, des fantômes errants, des inquisiteurs à parasol et des juges itinérants. Le tome 3 s’inscrit pleinement dans cette veine.

Au crayon, Jean-Paul Bordier apporte sa patte précise et fluide. Ami d’enfance de Jarry, repéré sur son blog avant d’être propulsé chez Soleil par Thierry Demarez, l’ancien ébéniste normand devenu aveyronnais a fait ses gammes sur Korrigans, Trolls de Troy, Elfes, Nains et Les Maîtres Inquisiteurs. Sa familiarité avec la dynamique heroic fantasy du studio se ressent : ses cadrages soignés et ses architectures détaillées épousent à merveille les paysages orientalisants imaginés par le scénariste, sublimés par les couleurs de Vincent Powell, qui dialoguent avec brio entre brumes pastel et nuits d’encre.

Du côté du scénariste, l’expérience parle d’elle-même. Jarry est devenu en vingt ans l’un des piliers de la fantasy franco-belge, des Brumes d’Asceltis aux Contes de Brocéliande en passant par Castelweich, Conclave & Dragons et de nombreux opus des séries d’Arran. Avec Terres d’Ynuma, il prouve une fois encore sa capacité à varier les climats tout en gardant la cohérence d’un univers global. Ce troisième tome en est l’incarnation. Avec son récit sous tension, son atmosphère japonisante et ses personnages haut en couleurs, L’Honorable juge Wonq confirme la promesse d’une nouvelle terre incontournable du Monde d’Aquilon, et offre une porte d’entrée idéale aussi bien pour les amateurs de polar fantasy que pour les habitués des sagas Jarry. À découvrir.

Extrait :

📖 Résumé de l’éditeur

Couverture Terres d'Ynuma T3 L'Honorable juge Wonq Nicolas Jarry Jean-Paul Bordier Soleil

Trois jours, c’est le temps que le juge Wonq et ses deux compagnons ont pour innocenter l’assassin présumé d’une jeune elfe. Passé ce délai, son grand-père, un seigneur de Kitanaë, mettra la région à feu et à sang…

Le juge Wonq, son pantin et un Kugo au passé sanglant enquêtent sur le meurtre d’une jeune elfe. Trois jours pour laver un nom, trois nuits pour éviter la guerre et révéler la sombre vérité. Car au lever du quatrième soleil, le vieux seigneur réclamera justice, et la vallée entière brûlera !

📚 FICHE ÉDITEUR

Titre Terres d’Ynuma – Tome 3 : L’Honorable juge Wonq
Scénario Nicolas Jarry
Dessin Jean-Paul Bordier
Couleurs Vincent Powell
Éditeur Soleil – collection Le Monde d’Aquilon
Format Album cartonné, 240 × 320 mm, 56 pages
Date de sortie 4 juin 2026
EAN 9782302106772
Prix 15,95 €

[BD] Super Mario Manga Adventures – Best Selection, de Yukio Sawada (Soleil Manga)

Super Mario Manga Adventures Best Selection Yukio Sawada Soleil Manga [BD] Super Mario Manga Adventures – Best Selection, de Yukio Sawada (Soleil Manga)

Avant le film d’animation et la dernière Switch, il y avait déjà Mario en manga. Super Mario Manga Adventures – Best Selection débarque le 28 mai 2026 chez Soleil Manga pour faire le pont entre les jeunes lecteurs d’aujourd’hui et les vétérans qui ont grandi avec une cartouche NES sous le bras. Cette compilation signée Yukio Sawada — vétéran absolu du manga Mario, présent dans le CoroCoro Comics de Shogakukan depuis 1991 — rassemble en un seul volume les chapitres les plus marquants de la série, certains repassés en couleur ou en bichromie, et plusieurs récits inédits choisis par l’auteur lui-même. Autant dire un objet idéal pour les fans, et un excellent ticket d’entrée pour les curieux.

Super Mario Manga Adventures est la déclinaison française d’une saga colossale au Japon, Super Mario-kun, démarrée par Sawada en 1991 et toujours en cours. Plus de soixante volumes plus tard, l’auteur continue de faire vivre Mario, Luigi, Peach, Bowser et toute la galerie du Royaume Champignon, gag après gag, jeu après jeu, génération de console après génération de console. Soleil Manga publie patiemment la série dans l’Hexagone depuis fin 2014 et en est déjà à son trente-sixième tome — un sacré marathon éditorial, soutenu par la reconnaissance du Prix du manga Shogakukan décerné à Sawada en 2020.

Pourquoi un Best Selection, alors ? Précisément parce que la série a accumulé tant de matière qu’on peut se sentir intimidé en arrivant aux derniers volumes. Yukio Sawada a donc concocté lui-même une porte d’entrée idéale : des chapitres iconiques sélectionnés dans l’ensemble du catalogue, retravaillés en couleur ou bichromie pour offrir une nouvelle lecture, et glissés au milieu, plusieurs aventures inédites qui n’avaient encore jamais été publiées en album. Le tout en format poche (115 × 175 mm, 192 pages), à un prix très doux de 9,99 € qui en fait à la fois un cadeau parfait pour un anniversaire d’enfant, un compagnon de voyage et un coup de cœur impulsif au rayon manga d’une librairie.

Le ton, lui, reste fidèle à l’esprit kodomo qui a fait le succès du mangaka au Japon : un humour visuel ultra-rythmé, des références aux jeux à toutes les pages, des gags qui chevauchent la culture geek et le slapstick le plus pur. Bowser est ridicule, Luigi tremblote, Yoshi gobe tout ce qui bouge et Mario fait n’importe quoi dès qu’il croise un champignon. Bref, on rit, on retrouve tout un panthéon Nintendo (de Donkey Kong aux Goombas en passant par les Boos), et on redécouvre que l’univers vidéoludique le plus iconique de la planète est d’abord et avant tout une formidable machine à blagues — un terrain de jeu graphique où le mangaka s’amuse autant que ses personnages.

Pour les lecteurs qui ont leur premier souvenir Mario sur Super Nintendo, l’effet madeleine est garanti — et pour leurs enfants ou petits frères et sœurs, c’est l’occasion idéale de partager une lecture transgénérationnelle. Soleil Manga, qui poursuit avec brio sa moisson de licences Nintendo aux côtés de Zelda, Splatoon, Wario, Yoshi ou Kirby (relire à ce titre notre chronique de Super Mario – Les histoires d’Harmonie), tape donc encore juste avec ce Best Selection à la fois malin et généreux. À découvrir également sur la fiche officielle de Soleil Manga (où l’album est aussi présenté sous l’intitulé Sélection spéciale).

À lire !!

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Résumé éditeur :

Vous pensiez tout savoir sur l’univers de Super Mario Manga Adventures ? Le mangaka vous propose de revisiter son œuvre avec des pages couleurs et de l’inédit ! Mario et Luigi déboulent en manga, accompagnés par leurs plus fidèles compagnons. Découvrez ou redécouvrez leurs aventures au travers de chapitres iconiques en couleur ou bichromie ainsi que plusieurs chapitres inédits, choisis spécifiquement par l’auteur.

📚 Fiche éditeur

Titre Super Mario Manga Adventures – Best Selection
Auteur Yukio Sawada
Licence Nintendo
Éditeur Soleil Manga
Collection Shōnen
Date de sortie 28 mai 2026
Pages 192 (album broché)
Format 115 × 175 mm
EAN 9782302108912
Prix 9,99 €

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[BD] Une dernière partie de flipper…, de Rune Ryberg (Aventuriers d’Ailleurs)

[BD] Une dernière partie de flipper…, de Rune Ryberg (Aventuriers d’Ailleurs)

Couverture de Une dernière partie de flipper de Rune Ryberg (Aventuriers d’Ailleurs)

Il y a, dans la fréquentation prolongée d’une salle d’arcade, quelque chose qui s’apparente à un sursis. On y entre adolescent, on en ressort sans s’en apercevoir, légèrement moins jeune, un peu plus seul, les doigts encore tachés de nicotine et la rétine saturée de néons. Avec Une dernière partie de flipper…, l’auteur danois Rune Ryberg signe une chronique tendre et grinçante de cet entre-deux, et fait du flipper bien plus qu’un décor : le compagnon de route d’une amitié qui refuse de grandir.

Nous sommes en 1993, dans une banlieue indéterminée. Rick et Bass ne sont plus tout à fait des ados, pas encore des adultes, et préfèrent que ça dure. Ils traînent dans une salle d’arcade miteuse, enchaînent les plans foireux, les petits larcins, les soirées qui dérapent. Rick, l’ami d’enfance toxique, attire son comparse vers les zones grises ; Bass, lui, sent confusément que quelque chose finit. Sous l’influence du premier, le second va devoir choisir : se reprendre, ou continuer à glisser. Une dernière partie de flipper… raconte cette bascule avec une justesse mélancolique rare.

Ryberg ne s’en cache pas : Bass est un autoportrait partiel de lui-même jeune, et Rick s’inspire d’un ami d’enfance bien réel, celui qui l’a poussé à sortir de son cocon pour aller voir le monde. Cette matière vécue irrigue chaque planche, sans verser dans l’autofiction nombriliste : l’auteur garde la bonne distance, celle qui permet à la fiction de respirer. On reconnaît, dans la moiteur des arcades et l’odeur de tabac froid, la précision documentaire de quelqu’un qui y était.

Le flipper n’est pas un prétexte : c’est un personnage. Pour préparer l’album, Ryberg a installé une machine chez lui et passé des heures à en démonter le langage visuel — fils apparents, mécaniques baroques, sons saturés, couleurs criardes. Il en restitue le chaos esthétique avec une jubilation contagieuse : chaque planche de jeu devient une débauche graphique, une explosion de pop assumée qui rappelle pourquoi cette mécanique-là a fasciné toute une génération avant l’avènement du tout-numérique.

Son style, justement, est aussitôt identifiable : un trait pop-excentrique, des couleurs acides, une énergie cartoonesque héritée de son passé d’animateur et de designer de jeu vidéo. Difficile de ne pas penser à Joann Sfar, Lewis Trondheim ou Christophe Blain, dont Ryberg revendique l’influence — cette manière de faire dialoguer la grosse blague, la mélancolie sourde et la virtuosité graphique. La mise en page, dynamique, alterne grandes cases tape-à-l’œil et fourmillements de détails ; on sent l’animateur derrière chaque enchaînement.

Ryberg occupe d’ailleurs depuis dix ans une place singulière dans la BD scandinave. Né en 1979, lauréat d’une bourse de trois ans de la Danish Arts Foundation, il a publié Gigant (AdHouse, 2014), Tilt (déjà autour de Rick et Bass, traduit chez Visovum en 2018), Witch Mountain, Westend Boy, ou encore Homunculus. Surtout, son Death Save a raflé en 2019 le Prix Ping du meilleur album de l’année, plus haute distinction de la BD danoise. Une dernière partie de flipper… prolonge cette veine intime et pop avec une ampleur nouvelle.

Car ce qui frappe ici, c’est le format : 248 pages d’un seul tenant pour un one-shot qui prend le temps de laisser ses personnages respirer, divaguer, se taire. Les Aventuriers d’Ailleurs, label du groupe Bamboo dédié aux voix singulières venues d’ailleurs, offrent à Ryberg l’écrin large qu’appelait ce récit-fleuve. On en sort avec la sensation d’avoir partagé une saison entière avec deux paumés magnifiques, et l’envie de retourner, juste une fois, glisser une pièce dans la fente.

A lire !!

Une dernière partie de flipper, Rune Ryberg - planche intérieure

Résumé éditeur

Couverture de Une dernière partie de flipper de Rune Ryberg (Aventuriers d’Ailleurs) Devenir adulte ou continuer à jouer au flipper ?

1993, dans une banlieue quelconque. Plus vraiment des ados, pas encore des adultes, Rick et Bass traînent dans une salle d’arcade miteuse en enchaînant plans foireux et petits larcins. Pour eux, pas question de devenir adultes. Pourtant, ne serait-il pas temps ? Sous l’influence toxique de Rick, son ami d’enfance, Bass va devoir se prendre en main s’il ne veut pas sombrer. Soif de vivre et insouciance de la jeunesse dans ce qu’elle peut avoir de plus fantasque, en plein âge d’or du flipper et des jeux vidéo…

Fiche éditeur

Une dernière partie de flipper…

Scénario & dessin : Rune Ryberg

Éditeur : Aventuriers d’Ailleurs (groupe Bamboo)

Genre : récit graphique, one-shot

Format : 228 x 298 mm, 248 pages

Date de parution : 27 mai 2026

ISBN : 978-2-3860-4108-2

Prix : 26,90 €

Graines de folie (Glénat jeunesse)

Graines de folie (Glénat jeunesse)

Susie Morgenstern est de retour avec ce très bel album : Graines de folie. Quand sa grand-mère arrive, elle a des cadeaux pour tout le monde ! C’est vraiment la fête ! Mais Pauline ne comprend pas car elle, elle a juste droit à des enveloppes dans lesquelles il y a juste des graines… Peu à peu, Mamie lui explique ce qu’elle va devoir faire avec ses graines… Au fil des semaines, Pauline se rend compte de la chance qu’elle a de voir évoluer ses graines, devenir des plantes surprises. Graines de folie est un très bel album qui met l’accent sur la transmission, tout en douceur et tendresse. Avec de belels illustrations de Marie Quentrec. A offrir à nos petits, dès l’âge de 4 ans !

Acheter dans une librairie indépendante Infos de l’éditeur :
Date de parution : Avril 2026 Auteur : Susie Morgenstern Illustrateur : Marie Quentrec Editeur : Glénat Jeunesse Prix : 12,90 €

Eloïse voulait un chien (Glénat jeunesse)

Eloïse voulait un chien (Glénat jeunesse)

Eloïse voulait un chien… est un album qui va être utile dans beaucoup de familles où la famille s’agrandit !
Il n’est pas toujours facile d’accepter une naissance… Alors que ce serait tellement bien avec un chien !
C’est le cas d’Eloïse ! Franchement, elle n’en veut pas de son petit frère. En plus, il prend vraiment toute la place… Alors, un jour, elle décide de…
Eloïse voulait un chien… est un album, d’Alma Brami, (on l’adore !) qui va permettre la dialogue avec son enfant, grand frère ou grande soeur… Car une naissance, c’est toujours un tsunami ! On aime les illustrations d’Héloïse Solt qui illustre parfaitement l’enfance.

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Alma Brami
Illustrateur : Héloïse Solt
Editeur : Glénat jeunesse
Prix : 13,50 €

 

Christos Papadopoulos transforme le souffle en ivresse collective

Christos Papadopoulos transforme le souffle en ivresse collective
© Pinelopi Gerasimou

Christos Papadopoulos transforme le souffle en ivresse collective

Il y a chez Christos Papadopoulos une manière de faire surgir le vertige à partir de presque rien. Un souffle. Un frottement de pied. Une vibration dans l’espace.

Avec « My Fierce Ignorant Step », le chorégraphe grec pousse encore plus loin cette science du minimalisme organique qui fait de ses spectacles moins des démonstrations chorégraphiques que des états de transe lente.

Dix corps avancent ensemble comme une pensée commune qui chercherait sa forme. Et soudain, sans qu’on sache précisément quand, le plateau se met à battre comme un cœur.

Une pulsation contre l’effondrement

La scène est nue, traversée de flux presque imperceptibles. Les danseurs respirent, murmurent, frappent le sol, se contaminent par micro-décharges successives.

Le geste naît du souffle avant de devenir rythme, puis pulsation collective, puis euphorie. Papadopoulos construit sa pièce comme une montée intérieure.

Rien n’est spectaculaire au sens traditionnel du terme, et pourtant tout finit par devenir immense. Il transforme l’infime en événement.

Un regard échangé agit comme une déflagration. Une accélération de cadence ouvre soudain des gouffres émotionnels.

Ce qui fascine surtout, c’est cette capacité à faire du groupe un organisme vivant sans jamais effacer les individualités. Les dix interprètes composent une masse mouvante d’une précision hypnotique, mais chacun semble porter sa propre fièvre secrète.

Au centre de cette mécanique sensible, certains danseurs émergent comme des éclats brûlants, notamment Georgios Kotsifakis, magnétique meneur de cette communauté en fusion, traversant la pièce avec une intensité presque rock.

La musique de Kornilios Selamsis agit alors comme une membrane invisible. Elle ne souligne pas la danse : elle l’infiltre. Souffles, voix, battements et nappes électroniques deviennent les prolongements directs des corps.

Le spectacle prend peu à peu l’allure d’une cérémonie païenne contemporaine où l’énergie collective devient une forme de résistance au désastre du monde.

Car derrière cette ivresse chorégraphique affleure constamment une mélancolie politique : comment continuer à croire au mouvement, au commun, à la joie même, dans une époque qui semble tout épuiser ?

C’est là que « My Fierce Ignorant Step » bouleverse profondément. Papadopoulos ne capte pas la jeunesse comme un souvenir nostalgique mais comme une force à réinventer.

Il convoque l’élan adolescent, l’insolence des commencements, cette sensation archaïque que tout reste encore possible.

Et dans ce grand flux humain qui pulse jusqu’au vertige, le public finit lui aussi par entrer dans la danse, physiquement presque, porté par cette houle collective d’une sensualité sidérante.

Une chorégraphie du vivant, fragile et féroce, qui fait du souffle une manière de tenir debout.

Dates : du 24 au 30 mai 2026 – Lieu : Théâtre de la Ville (Paris)
Chorégraphe : Christos Papadopoulos

[Manga] Hero Organization – Tomes 1 et 2, de Kei Saikawa & Akira Takahashi (Glénat Manga)

Couverture Hero Organization Tome 1 - Glénat Manga [Manga] Hero Organization – Tomes 1 et 2, de Kei Saikawa & Akira Takahashi (Glénat Manga)

Quand Hero Organization débarque le 3 juin 2026 chez Glénat Manga, c’est avec un lancement en grandes pompes : deux tomes simultanés, un coffret collector en option, et la promesse d’une saga SF de longue haleine. Kei Saikawa au scénario et Akira Takahashi au dessin signent ici leur toute première publication française, après une parution japonaise dans le service numérique Shonen Jump+ depuis septembre 2024. On tient là l’une des annonces mecha les plus excitantes de cette année éditoriale, et un récit qui, derrière son apparence de récit héroïque classique, cache un vrai vertige narratif.

Le décor d’Hero Organization s’inscrit dans la grande tradition du space opera. Confrontée à un effondrement écologique et social, l’humanité s’est lancée dans une vaste campagne de colonisation spatiale au cours de la deuxième moitié du XXIe siècle. Un siècle plus tard, ses colonies sont menacées par les « star beasts », créatures monstrueuses surgies du néant interstellaire. Pour les repousser, les Terriens ont mis au point les AIGIS : d’immenses armures robotiques pilotées par des soldats devenus, aux yeux du peuple, de véritables héros. Le ton est donné dès les premières planches : on est en territoire mecha, avec ce mélange d’urgence existentielle et d’iconographie martiale qui rappelle immédiatement Neon Genesis Evangelion ou Eureka Seven.

Mais Kei Saikawa ne s’intéresse pas, du moins pas frontalement, aux pilotes. Son héros, c’est Ryu Tyler : un ouvrier modeste d’une usine d’assemblage d’AIGIS, sans gloire, sans fortune, qui vit pour son fils Leo. Le scénariste l’a confié en interview : il a imaginé Hero Organization en regardant la société contemporaine, ce sentiment diffus que dans nos pays développés les besoins essentiels — logement, nourriture, sécurité — sont satisfaits, et qu’il ne reste plus qu’à inventer le sens. Que reste-t-il à conquérir quand tout semble acquis ? Ryu Tyler incarne précisément cette interrogation : ce qu’il veut, lui, ce n’est pas devenir un héros, c’est continuer à vivre une vie ordinaire. Sauf que l’organisation, justement, n’a pas l’intention de le laisser faire.

C’est là que le manga déploie sa première grande surprise. Sans rien spoiler du tome 1, disons que le récit ne se contente pas de suivre les pas d’un héros malgré lui : il bifurque, change de focale, et révèle progressivement que son véritable protagoniste pourrait bien être ailleurs. Dès le tome 2, l’attention se déplace sur Leo, le fils de Ryu, et le registre narratif bascule franchement. Plus dur, plus politique, plus rancunier aussi : Saikawa convoque alors les ombres de Code Geass et joue sur les ressorts d’une vengeance soigneusement orchestrée, traversée de manipulations et de complots transgénérationnels. La promesse d’un divertissement mecha classique se mue, en l’espace de deux volumes, en quelque chose de nettement plus sombre, plus adulte, plus retors.

Cette ambition trouve un écho parfait dans le travail graphique d’Akira Takahashi. Pour les AIGIS, il a opté pour des silhouettes massives, presque organiques, en jouant sur les rondeurs et les volumes pour suggérer une puissance qui dépasse l’humain sans jamais le renier ; pour les star beasts, sa palette de formes monstrueuses livre quelques séquences d’action véritablement impressionnantes. Mais c’est sans doute dans le chara-design qu’il marque le plus de points : les visages de Ryu et de Leo, leurs regards, leur ressemblance familiale, fondent l’identité émotionnelle de la série. On retrouve dans son trait l’équilibre cher au mecha contemporain entre l’épique du combat et l’intime des liens père-fils, sujet de fond que Takahashi affectionne et qu’il aborde ici avec une réelle sensibilité.

Reste à voir comment la série, programmée sur le long cours, tiendra ses promesses. Mais ce double lancement est calibré pour séduire : un premier tome qui pose les bases avec efficacité, un second qui assume sa rupture de ton et ouvre la voie à un récit choral où s’entremêlent science-fiction militaire, drame familial et machinations politiques. Pour les amateurs de mecha qui ont envie de retrouver l’intensité émotionnelle des grandes sagas SF japonaises, et pour les lecteurs qui aiment voir un shonen s’autoriser des zones d’ombre, c’est clairement l’une des rentrées manga à surveiller.

Hero Organization n’est sans doute pas encore le chef-d’œuvre annoncé : il faudra plusieurs tomes pour mesurer la solidité de l’arc général et la profondeur réelle des thèmes esquissés. Mais l’ambition est là, l’écriture est tendue, le dessin convainc, et les deux premiers volumes installent un univers suffisamment dense pour donner envie d’y revenir. On signe donc avec plaisir pour la suite — et on garde un œil attentif sur ce duo Saikawa / Takahashi, qui s’offre une entrée remarquée sur la scène française du manga.

A lire !!

Résumé éditeur

Hero Organization T1 - vignette Dans l’espace, personne ne vous entend vous venger. Au tournant du XXIIe siècle, l’humanité essaime entre les étoiles… mais ses colonies sont bientôt assaillies par les « star beasts », créatures titanesques venues d’on ne sait où. Pour les combattre, les Terriens ont construit les AIGIS, gigantesques armures robotiques dont les pilotes sont les héros de toute une époque. Ryu Tyler, lui, n’est qu’un simple ouvrier d’une usine qui en fabrique les pièces. Il vit modestement avec son fils Leo, et n’a aucune envie de devenir un héros. Pourtant… Ceci est l’histoire d’un homme ordinaire qui devient un héros. Et celle, peut-être, de l’enfant qu’il laisse derrière lui.

Extrait

Planche intérieure - Hero Organization (Glénat Manga)

📚 Fiche éditeur

Titre Hero Organization – Tomes 1 et 2
Scénariste Kei Saikawa
Dessinateur Akira Takahashi
Éditeur Glénat Manga
Collection Shonen
Nombre de pages 208 (par tome)
Format 115 × 180 mm
Date de parution 3 juin 2026
EAN Tome 1 9782344073186
EAN Tome 2 9782344073230
Prix 7,20 € (par tome)

Vive la vie sans couche (Milan)

Vive la vie sans couche (Milan)

Vive la vie sans couche est un album destiné aux tout jeunes lecteurs : il est petit, de format carré, aux bouts arrondis.
Il est destiné aux enfants qui sont prêts à être propres ! Eh, oui, la vie sans couche, c’est quand même beaucoup plus agréable !
L’autrice, Marie Perarnau, spécialiste de la petite enfance, se met vraiment à la place de l’enfant en imaginant toutes sortes de situations !
Les illustrations de Marie Bretin sont pleines de couleurs et joliment naïves !
Vive la vie sans couche ne donne pas de secret pour arriver à être propre mais donne tous les avantages à ne plus avoir de couche !

Acheter dans une librairie indépendante

Infos de l’éditeur :

Date de parution : Mai 2026
Auteur : Marie Perarnau
Illustrateur : Marie Bretin
Editeur : Milan
Prix : 7,90 €

 

Charles Berling dans le miroir noir de Lars Norén

Charles Berling dans le miroir noir de Lars Norén
© Vincent Berenger

Charles Berling dans le miroir noir de Lars Norén

Dans le salon bourgeois imaginé par Lars Norén, l’amour n’est jamais un refuge. C’est un piège à ciel ouvert, un champ de ruines recouvert de cristal et de velours.

Avec « C’est si simple l’amour », mis en scène par Charles Berling, le théâtre devient une chambre de décompression émotionnelle où les mots tombent comme des bouteilles lancées contre les murs.

Lars Norén dissèque le couple avec une précision chirurgicale, mais Berling y ajoute quelque chose de plus trouble encore : une élégance crépusculaire et ironique, une fatigue du monde qui transforme cette soirée entre amis en lente cérémonie de l’effondrement.

Tout commence pourtant dans une euphorie presque mondaine. Une première triomphale à Stockholm, quelques verres, des congratulations, des regards qui s’attardent un peu trop longtemps.

Un huis clos sentimental d’une redoutable cruauté

Alma et Robert, couple à la scène comme à la ville, reçoivent Hedda et Jonas dans leur appartement. Très vite, les phrases se fissurent.

Derrière les banalités de circonstance remontent les humiliations anciennes, les frustrations artistiques, les rancœurs conjugales, le vertige de la stérilité affective et sociale.

Norén écrit comme on ouvre des plaies. Il n’y a chez lui aucune psychologie rassurante, seulement des êtres acculés à leur propre vérité.

La grande réussite de Charles Berling est de ne jamais transformer cette matière brûlante en simple théâtre de la cruauté. Sa mise en scène avance comme une nuit blanche : feutrée, presque ouatée au départ, puis progressivement contaminée par une violence froide.

Le décor devient un aquarium mental où chacun suffoque sous le regard des autres. La lumière semble toujours au bord de l’extinction, comme si le spectacle tout entier se déroulait après la fin du monde sentimental.

Berling acteur impressionne autant que Berling metteur en scène. Son Robert possède quelque chose d’un fauve fatigué, d’un homme qui continue à séduire tout en s’écroulant intérieurement.

Face à lui, Bérengère Warluzel donne à Alma une densité bouleversante : derrière l’actrice triomphante affleure une femme déjà rongée par le manque et la colère rentrée.

Caroline Proust, magnifique, apporte au personnage d’Hedda une fragilité électrique, une folie surréaliste, trop longtemps humiliée, qui finit par devenir le cœur battant du spectacle.

Quant à Alain Fromager, il compose un Jonas glaçant de retenue, comme un homme ayant depuis longtemps renoncé à sauver qui que ce soit.

Mais ce qui étonnant surtout, c’est la façon dont le rire surgit au milieu du désastre. Un rire nerveux, cruel, irrépressible, salvateur.

Norén connaît trop bien les mécanismes humains pour sombrer dans le pur désespoir. Plus les personnages se détruisent, plus leurs contradictions deviennent grotesques, et plus le public rit de cette apocalypse intime qui ressemble furieusement à nos propres vies.

Cette ironie féroce empêche constamment le spectacle de se figer dans la noirceur démonstrative.

Avec « C’est si simple l’amour », Charles Berling signe un théâtre de haute tension, d’une maîtrise remarquable, où chaque silence paraît contenir une catastrophe imminente.

Rarement le naufrage du couple bourgeois aura été montré avec une telle précision minérale. Chez Norén, l’amour n’est pas simple. Il est un combat d’usure, une guerre élégante, un dernier verre partagé au bord du vide.

Dates : du 21 mai au 1 juillet 2026 – Lieu : Théâtre de l’Atelier (Paris)
Mise en scène : Charles Berling

La Grande Collection de Denis Blanchot : une plongée dans l’obsession de tout conserver

La Grande Collection de Denis Blanchot : une plongée dans l’obsession de tout conserver

Avec La Grande Collection, Denis Blanchot signe un roman singulier qui interroge notre rapport à la mémoire et au besoin de maîtrise. À travers le parcours du Grand Collectionneur, l’auteur imagine un homme qui décide de consigner chaque élément de sa vie, jusqu’à transformer son existence en un vaste système organisé.

Tout commence par une volonté simple : ne rien oublier. Le personnage note, classe, archive ses souvenirs, ses pensées, ses émotions. Peu à peu, cette pratique prend une place centrale dans son quotidien. Ce qui était un outil devient un principe, puis une véritable manière d’exister. La vie n’est plus seulement vécue, elle est structurée, découpée, intégrée dans une logique de collection.

Au fil des pages, le roman montre comment cette quête de cohérence s’intensifie. La collection s’étend, se complexifie, et finit par absorber toute l’attention du personnage. Le monde extérieur s’efface progressivement, laissant place à un univers intérieur entièrement organisé. Denis Blanchot décrit cette évolution avec une grande retenue, sans jamais forcer le trait, ce qui rend la transformation d’autant plus marquante.

L’écriture accompagne cette progression avec précision. Le style est maîtrisé, posé, sans effets inutiles, ce qui permet au lecteur de suivre facilement le raisonnement du personnage. Le récit avance de manière fluide, en laissant émerger les enjeux au fil du texte, plutôt qu’en les imposant.

À travers cette histoire, La Grande Collection entre en résonance avec des préoccupations très actuelles. Dans une époque où tout peut être sauvegardé, enregistré et organisé, le désir de conserver chaque trace devient familier. Le roman pose alors une question essentielle : jusqu’où peut-on aller dans cette logique sans perdre le contact avec le réel ?

Avec ce livre, Denis Blanchot propose une réflexion accessible mais profonde sur la mémoire, le contrôle et le sens que l’on donne à sa propre existence. Un roman à la fois simple dans son idée et riche dans ses implications, qui invite le lecteur à prendre du recul sur son propre rapport au temps et à l’organisation du vécu.

Commander le livre : Amazon.fr – Grande collection: (suivi du Manuel du collectionneur) – Blanchot, Denis, Pseudo, Lucifer – Livres

[BD] Là où danse le vent, d’Enora Boutle (Glénat)

Là où danse le vent, Enora Boutle (Glénat) couverture [BD] Là où danse le vent, d’Enora Boutle (Glénat)

Il y a des albums qu’on ouvre comme on pousse la porte d’une maison familière, et dont on ressort lesté d’un calme un peu salé, un peu venteux. Là où danse le vent est de ceux-là. Premier roman graphique signé en solo par Enora Boutle, jeune artiste nantaise venue de l’animation et du concept art, l’album entre au catalogue Glénat le 13 mai 2026.

Le pitch tient en quelques marées. Yaëlle, adolescente cabossée par la séparation de ses parents, est expédiée chez son grand-père, dans une maison perdue des Landes bretonnes. Elle y arrive en colère, incomprise, vrillée par cette parenthèse imposée. Mais le vieil homme silencieux ne cherche ni à la consoler ni à la raisonner. Il l’écoute, vit à son rythme, à celui des marées, et lui transmet, presque sans paroles, ce que Là où danse le vent nomme joliment « un héritage invisible » : la valeur d’un silence qui apaise, ce que racontent les vagues, la manière dont le vent peut, parfois, emporter le pire. Des années plus tard, quand l’aïeul vacille à son tour, Yaëlle revient — et c’est à elle, désormais, d’accompagner.

Ces 144 pages cartonnées au grand format installent un récit en deux temps, un séjour de jeunesse et un retour adulte, qui laisse aux personnages la place de respirer et au lecteur celle d’attendre. Le trait est fin et délicat, la palette pastel, dominée par des bleus tendres et des sables, sert un découpage aéré qui réserve volontiers à la page entière les moments de bascule émotionnelle.

L’autre belle idée du livre, c’est son grand-père. Loin du sage en pull marin qui débite des sentences sur la vie, c’est un homme taiseux dont la pédagogie passe par les gestes : préparer un café, montrer comment fixer un volet, regarder l’horizon sans rien commenter. Cette retenue infuse les dialogues, courts, parfois interrompus par le bruit du large, et donne à Là où danse le vent sa singularité dans une rentrée graphique pourtant friande de récits intimistes — ne serait-ce que dans la même collection Glénat, à côté de romans graphiques contemporains qui partagent cette veine sensible. L’éditeur, qui présente Boutle comme « jeune artiste qui entre au catalogue avec un album sensible, poétique et lumineux », ne se trompe pas vraiment : le mot juste serait peut-être « lumineux malgré tout ».

Reste un livre de lien et de transmission, à mettre entre les mains des grands ados comme des lecteurs adultes qui aiment les récits qui ne crient pas. On pourra peut-être regretter que l’arc temporel, en se dépliant sur plusieurs années, condense parfois ce qu’on aurait aimé voir respirer plus longuement ; on retiendra surtout la justesse d’un parti pris, et une voix graphique qui s’affirme dès l’entrée.

Parce qu’elle est passée par l’animation — on lui doit notamment la production de la série Tobie Lolness diffusée sur France Télévisions en 2023, et la mise en couleurs du tome 2 de L’Enfant des Lucioles d’Arnaud Boutle — Enora Boutle hérite d’une vraie aisance dans la mise en mouvement, qu’elle réinvestit ici sans surcharger. Le mouvement, dans Là où danse le vent, est d’abord celui des marées et des affects ; le reste, elle le confie au vent. Pour un premier album, c’est plus qu’une promesse : c’est un geste.

A lire !!

Résumé éditeur

Là où danse le vent La vie est belle malgré tout…

Tandis que les parents de Yaëlle se déchirent, l’adolescente est envoyée chez son grand-père. Le temps de cette séparation, elle va devoir vivre au rythme des marées, loin des siens. Incomprise et en colère, la jeune fille qui a depuis sa plus tendre enfance tissé un lien fort avec cet homme silencieux et attentif, trouvera à ses côtés un refuge et une écoute. Au fil de leurs échanges, il va lui transmettre un héritage invisible : celui des silences qui apaisent, des vagues qui racontent et du vent qui emporte les douleurs.

Dans la maison des Landes bretonnes, bercée par les embruns et les souvenirs, ils vont partager un temps suspendu qui va donner de l’élan à la jeune fille et la transformer durablement. Quand, des années plus tard, son grand-père faiblit, Yaëlle ressent le besoin de revenir en Bretagne, auprès de ce vieil homme qui lui a tant apporté. Peut-être qu’elle pourra, à son tour, être une source d’apaisement pour lui…

Extrait

Là où danse le vent, Enora Boutle - planche intérieure

Fiche éditeur

Titre : Là où danse le vent
Scénario, dessin et couleurs : Enora Boutle
Genre : Roman graphique, récit intimiste, tranche de vie
Éditeur : Glénat
Collection : Hors Collection
Date de parution : 13 mai 2026
Format : Cartonné, 30 × 22 cm, 144 pages
EAN : 9782344063989
Prix : 20,00 € (papier) / 14,99 € (numérique)

[JEUNESSE] C’est qui le roi ?, de Christophe Loupy & Gaspard Héry (Gautier-Languereau)

C'est qui le roi ?, couverture [JEUNESSE] C’est qui le roi ?, de Christophe Loupy & Gaspard Héry (Gautier-Languereau)

C’est qui le roi ? ne ressemble pas tout à fait aux fables animalières que l’on a l’habitude de lire aux plus petits. Là où le genre installe volontiers une hiérarchie immuable — le lion règne, les autres s’inclinent — Christophe Loupy choisit la dispute, le burlesque pour rebattre les cartes de la savane et raconter, à hauteur d’enfant, ce qui fait (ou défait) un roi au fil de la chaîne alimentaire !

Tout commence par une querelle. Dans une savane peuplée d’animaux qui se croient tous plus forts, plus malins ou plus grands que les autres, la couronne devient l’enjeu d’une compétition désordonnée. Chacun s’avance, chacun se proclame. L’ordre du récit avance par accumulation, avec un sens du rythme qui fait toute la saveur de l’album : la phrase rebondit, la situation s’emballe… jusqu’à ce qu’un éléphant maladroit débarque et remette tout en cause d’un pas de travers.

Tout tient à cette mécanique : Christophe Loupy construit une fable qui se lit à voix haute comme une comptine, avec ses relances, ses chutes et ses surprises. La langue est efficace, le ton drôle sans jamais surjouer la complicité. À côté, Gaspard Héry signe un premier album dont le style graphique frappe immédiatement par sa modernité. Trait expressif, sens du cadrage, animaux étirés ou disproportionnés au service du gag : la mise en image n’illustre pas le texte, elle le prolonge et lui donne un rythme visuel qui fonctionne dès trois ans.

Christophe Loupy retrouve ici le savoir-faire qui fait sa marque dans l’album jeunesse, et Gaspard Héry apporte un souffle nouveau, un regard graphique qui mérite résolument d’être suivi. L’ensemble compose un album court, vif, parfaitement calibré pour la lecture partagée du soir comme pour les premières lectures autonomes. Un premier album plutôt drôle et bien troussé.

A lire !!

C'est qui le roi ?, couverture Résumé éditeur :

Une fable drôle et rythmée où les animaux de la savane se disputent la couronne… jusqu’à l’arrivée d’un éléphant maladroit ! Dans une savane où chacun veut être le plus fort, les situations s’enchaînent avec humour et surprise. Attention, nouveau talent à découvrir avec ce premier album jeunesse du jeune illustrateur Gaspard Héry, au style graphique expressif et moderne.

📚 Fiche éditeur

Titre C’est qui le roi ?
Texte Christophe Loupy
Illustrations Gaspard Héry
Éditeur Gautier-Languereau
Collection Album jeunesse
Nombre de pages 32 pages
Format 252 × 233 mm
Date de parution 13 mai 2026
EAN 9782017371151
Public dès 3 ans
Prix 12,99 €

Deux enfants pauvres au banquet des fauves au théâtre de l’Oeuvre

Deux enfants pauvres au banquet des fauves au théâtre de l’Œuvre
Les Deux Frères et les Lions – Mise en scène Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre Vincent Debost (© Théâtre Irruptionnel)

Deux enfants pauvres au banquet des fauves au théâtre de l’Oeuvre

Il y a dans « Les 2 frères & les lions » quelque chose d’un conte de Dickens propulsé dans la brutalité carnassière du capitalisme contemporain.

Une fable anglaise sous amphétamines, où deux enfants pauvres devenus magnats avancent dans le monde comme des prédateurs en survêtement fluorescent, avec la même innocence féroce que des gamins jouant à écraser des fourmis.

Chez Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, le théâtre n’est jamais une conférence idéologique : c’est une cavalcade. Et cette cavalcade-là emporte tout sur son passage.

Inspirée de l’histoire réelle des frères Barclay, la pièce raconte l’ascension vertigineuse de deux jumeaux écossais partis de rien jusqu’à bâtir un empire financier retranché sur l’île de Sercq, enclave féodale et paradis fiscal aux allures de décor gothique.

La fraternité comme une machine de guerre

Mais ce qui intrigue ici n’est pas tant l’argent que le mythe de la fraternité absolue. Les deux hommes ne pensent plus seuls : ils deviennent une créature bicéphale, un organisme financier mutant, un Minotaure moderne nourri au libéralisme triomphant.

La mise en scène signée Vincent Debost et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre calque cette mécanique infernale avec une intelligence de rythme remarquable.

Le spectacle avance comme une locomotive emballée : narration frontale, ruptures de ton, séquences jouées, vidéos, chansons, éclats grotesques. Tout semble pouvoir basculer à chaque instant du rire vers la tragédie politique. On pense parfois à une version punk de la chronique économique, quelque part entre le cabaret britannique et la farce brechtienne.

La scénographie reste légère mais extraordinairement mobile, laissant les acteurs fabriquer les espaces à vue, comme si le capitalisme lui-même était une fiction en train de s’inventer devant nous.

Et puis il y a cette adresse directe au public, ce goût du récit partagé qui fait toute la singularité du théâtre de Tillette de Clermont-Tonnerre. Il raconte comme d’autres boxent. Avec une gourmandise féroce. Le texte fuse, rapide, drôle, érudit sans jamais s’alourdir.

Derrière l’humour très anglais perce pourtant quelque chose de plus inquiétant : l’histoire de deux exclus qui, à force de vouloir dominer le monde, finissent par ne plus appartenir à l’humanité commune.

L’interprétation est l’un des grande réussite du spectacle. Lisa Pajon impressionne par sa souplesse de jeu, sa capacité à traverser les registres sans jamais perdre le fil émotionnel.

Face à elle, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre possède cette présence rare des conteurs capables d’embarquer une salle entière avec une simple inflexion de voix. Ensemble, ils forment un duo d’une précision jubilatoire, passant du burlesque à l’effroi avec une virtuosité presque musicale. Leur complicité donne au spectacle son énergie électrique et sa profondeur humaine.

Ce qui aurait pu n’être qu’une satire sur les excès de la finance devient alors une étrange épopée moderne sur la solitude, la revanche sociale et la monstruosité du pouvoir.

Le spectacle ne juge jamais totalement ses personnages. Il les regarde courir vers leur propre légende avec fascination et vertige. Et c’est précisément cette ambiguïté qui rend la pièce intrigante : sous le rire, elle laisse affleurer le désastre moral d’une époque qui confond réussite et prédation.

Dates : du 22 mai au 25 juillet 2026  – Lieu : Théâtre de l’Oeuvre (Paris)  

Mise en scène : Vincent Debost et Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

 

« Le Tartuffe » crépusculaire d’Ivo van Hove avec la Comédie-Française

« Le Tartuffe » crépusculaire d’Ivo van Hove avec la Comédie-Française à la Villette
Le Tartuffe ou l’Hypocrite – Mise en scène Ivo van Hove (© Jan Versweyveld)

« Le Tartuffe » crépusculaire d’Ivo van Hove avec la Comédie-Française

Dans la pénombre clinique imaginée par le metteur en scène Ivo van Hove, « Le Tartuffe ou l’Hypocrite » de Molière cesse d’être une simple machine comique pour devenir un champ de ruines morales.

Avec cette version primitive de la pièce, reconstituée par Georges Forestier et portée par les acteurs de la Comédie-Française, le spectacle prend des allures de cérémonie d’effondrement.

Plus qu’une satire des faux dévots, « Le Tartuffe ou l’hypocrite » devient ici l’autopsie d’une société malade de son besoin de croire.

Dès les premières minutes, Ivo van Hove impose son univers de verre, d’acier et de silence, où les corps semblent enfermés dans une architecture mentale autant que domestique.

Un Tartuffe de glace et de cendres

Les lumières blafardes sculptent des êtres déjà fantomatiques. Tout paraît glacial, contenu, presque anesthésié. Pourtant sous cette surface policée couve un incendie.

Car chez le metteur en scène flamand, le théâtre naît toujours du moment où la maîtrise se fissure et où les instincts remontent à la surface comme un poison longtemps contenu.

Cette version resserrée du Tartuffe, amputée des ornements galants et du dénouement réparateur voulu autrefois pour satisfaire le pouvoir royal, retrouve une violence primitive. Le rire lui-même devient inquiétant.

Le texte semble avancer à découvert, débarrassé des protections classiques. La famille d’Orgon n’est plus seulement un foyer bourgeois aveuglé par un imposteur : elle apparaît comme une communauté épuisée, fracturée, déjà prête à accueillir son propre bourreau.

Le génie de la lecture d’Ivo van Hove réside précisément dans ce déplacement. Tartuffe n’est pas l’unique monstre de l’histoire. Il est le révélateur chimique des frustrations enfouies, des désirs interdits, des manques affectifs et des impasses idéologiques de chacun.

Son arrivée agit comme une contamination. La maison entière semble alors entrer dans un état de suffocation morale.

Et c’est là que le spectacle devient fascinant : dans cette manière de faire émerger le désir au cœur même de la manipulation. Entre Tartuffe et Elmire circule une tension trouble, presque crépusculaire, qui dépasse largement le simple jeu de séduction ou de domination.

Ivo van Hove ose montrer une femme vacillante elle aussi devant l’attraction du danger. Le rapport entre les deux personnages prend alors une dimension charnelle et existentielle d’une brûlure rare.

Sur scène, la troupe de la Comédie-Française atteint des sommets de précision et d’intensité.

Christophe Montenez compose un Tartuffe magnétique, inquiétant sans jamais forcer l’obscurité, avec quelque chose d’à la fois animal et spectral. Son hypocrisie semble moins relever du calcul que d’une forme de vampirisme spirituel.

Face à lui, Marina Hands déploie une Elmire d’une souveraine complexité, traversée de désir, de lucidité et d’effroi. Chaque regard devient un combat intérieur.

Mais la plus bouleversante métamorphose est celle d’Orgon. Thierry Hancisse en fait un homme en état de faillite intime, un patriarche désarmé qui cherche désespérément une structure à laquelle abandonner sa volonté. Son aveuglement devient moins ridicule que tragique.

À ses côtés, Stépahane Varupenne apporte à Cléante une autorité lumineuse et presque politique, figure fragile de raison dans un monde qui a déjà basculé.

Quant à Sylvia Bergé, elle donne à Dorine une énergie nerveuse et incisive, là où d’autres en feraient seulement un personnage comique.

Julien Frison impose quant à lui un fils d’Orgon fiévreux et à vif, dont la colère contenue et l’élan désespéré traduisent avec une intensité presque physique l’effondrement d’une jeunesse sacrifiée sur l’autel des aveuglements paternels.

La musique d’Alexandre Desplat accompagne ce mouvement de fracture avec ses surgissements dissonants et ses nappes d’angoisse sourde.

Chez Ivo van Hove, tout devient pulsation : les silences, les déplacements, les regards fixes, jusqu’aux respirations mêmes des acteurs. Le spectacle avance comme un mécanisme de destruction lente.

De cette traversée obscure, il reste finalement l’impression troublante d’avoir vu non une relecture contemporaine de Tartuffe, mais son dévoilement le plus intime.

Comme si Ivo van Hove avait retiré au chef-d’œuvre classique son masque de comédie pour laisser apparaître ce qu’il contenait depuis toujours : la peur du vide, la fascination de l’emprise et l’immense solitude des êtres en quête de salut.

Dates : du 21 mai au 11 juillet 2026 – Lieu : La Villette – Comédie-Française (Paris)
Mise en scène : Ivo van Hove

Au Reno Sweeney, les oubliées deviennent des icônes

Au Reno Sweeney, les oubliées deviennent des icônes
© Jean-Louis Fernandez

Au Reno Sweeney, les oubliées deviennent des icônes

Dans le cabaret spectral imaginé par Pierre Maillet, les fantômes ne reviennent pas hanter les vivants : ils chantent, se maquillent, délirent et transforment leur propre ruine en cérémonie pop.

Deux anciennes mondaines new-yorkaises, Edith Bouvier Beale et sa fille « Little Edie », tante et cousine germaine de Jackie Kennedy, vivent recluses dans leur manoir délabré de Grey Gardens.

Entre souvenirs aristocratiques, chansons, disputes et rêveries fantasmées, elles transforment leur chute sociale en cabaret halluciné.

Adaptant « L’Art de la chute » de Sara Stridsberg, Pierre Maillet fait de cette histoire vraie, un théâtre des marges où le glamour, la folie et la solitude deviennent les derniers éclats d’un monde disparu.

Dès les premières minutes, Pierre Maillet impose un théâtre du débordement intime. La scène devient une chambre en ruine, un club underground, un mausolée sentimental où se mélangent les souvenirs de Grey Gardens, les restes d’un rêve kennedien et les pulsations électriques d’un cabaret new-yorkais qui aurait survécu à toutes les faillites.

Le Reno Sweeney apparaît comme un purgatoire pour créatures trop libres, trop folles, trop féminines pour le monde normatif. Ici, tout est performance de survie.

La chute comme un art du panache

Ce qui bouleverse surtout, c’est la manière dont le spectacle transforme la déchéance en geste esthétique. Chez Maillet, la marginalité n’est jamais un sujet sociologique : elle devient un art du panache. Les Beale ne tombent pas, elles habitent leur chute.

Elles inventent dans la misère un royaume halluciné où les chansons remplacent les meubles disparus et où les costumes deviennent les derniers remparts contre l’effondrement.

La mise en scène épouse cette logique de dérive permanente avec une grâce poisseuse et nocturne. Les changements de rôle, le transformisme, les glissements de genre, les surgissements musicaux fabriquent une sorte de carnaval désespéré où l’identité n’est plus qu’un masque tremblant sous la lumière.

L’écriture de Sara Stridsberg trouve ici un écrin idéal. Sa langue, traversée de violence, d’humour noir et d’éclats poétiques, avance comme une lame recouverte de paillettes.

Derrière les excentricités des deux femmes surgit peu à peu quelque chose de beaucoup plus cruel : la solitude immense des êtres devenus inutiles au monde.

La pièce parle de la domination patriarcale, de l’effacement des femmes vieillissantes, de la cruauté sociale envers les corps improductifs, mais elle le fait sans didactisme.

Tout passe par le vertige des images, par les fractures affectives, par cette sensation permanente que le rire peut se transformer en catastrophe dans la seconde suivante.

Frédérique Loliée est absolument sidérante. Son Edith Beale fille possède quelque chose d’un oiseau blessé qui continuerait malgré tout à danser au milieu des gravats.

Elle compose un personnage insaisissable, tour à tour diva déglinguée, enfant abandonnée, prédatrice affective et clown tragique. Son corps entier semble parler avant même les mots.

Chaque chanson, chaque silence, chaque mouvement de tête devient le symptôme d’une vie entière passée à vouloir rester visible malgré l’abandon. Elle ne joue pas la folie : elle en révèle la dimension profondément théâtrale, presque politique.

Face à elle, Pierre Maillet construit une Edith mère d’une cruauté languide et d’une drôlerie vénéneuse. Son interprétation brouille constamment les frontières entre tendresse maternelle, vampirisme émotionnel et cabotinage sublime.

Il y a chez lui un goût du travestissement qui n’a rien du numéro gratuit : il touche à quelque chose de plus ancien, de plus mélancolique, comme si le théâtre lui-même devenait le dernier refuge des identités rejetées.

Son cabaret n’est jamais un lieu de divertissement mais une machine à faire remonter les spectres.

Autour d’eux, les musiciens-interprètes fabriquent une pulsation continue, entre concert underground et cérémonie de fin du monde. La musique irrigue le spectacle comme une mémoire détraquée de l’âge d’or américain.

Les chansons apparaissent alors comme des bouées dérisoires contre le naufrage, des éclats de glamour dans un univers déjà en train de pourrir.

Un miroir sur des êtres déclassés qui refusent malgré tout de disparaître. Ce cabaret des ruines touche parce qu’il regarde ses monstres avec amour et célèbre leur liberté.

Et parce qu’au milieu des faux cils, des perruques et des mélodies fanées, il fait entendre aussi une vérité selon laquelle certaines vies ne trouvent leur grandeur qu’au bord de l’effondrement.

Dates : du 19 au 31 mai 2026  – Lieu : Théâtre du Rond-Point (Paris)
Adaptation et Mise en scène : Pierre Maillet et les Gens Déraisonnables

[BD] Le Zoo des Animaux Disparus – Tome 7, de Cazenove & Bloz (Bamboo Édition)

[BD] Le Zoo des Animaux Disparus – Tome 7, de Cazenove & Bloz (Bamboo Édition)

Couverture Le Zoo des Animaux Disparus Tome 7 Depuis son premier tome paru en 2021, Le Zoo des Animaux Disparus s’est imposé comme l’une des séries phares du catalogue jeunesse de Bamboo Édition, avec plus de 100 000 exemplaires vendus. Christophe Cazenove, prolifique scénariste des Sisters et des Petits Mythos, et Bloz, dessinateur reconnu pour son style vivant et coloré, ont créé un univers aussi original qu’instructif : un parc animalier pas comme les autres, dédié aux espèces éteintes ou en voie d’extinction.

Ce septième tome s’inscrit dans la continuité d’une série qui mêle habilement humour et sensibilisation écologique. La vie du parc continue, rythmée par les naissances délicates, les premiers pas incertains de nouveau-nés et le dévouement des soigneurs. Chaque épisode de vie animale devient l’occasion d’aborder avec légèreté des enjeux qui n’ont rien d’anodin : la fragilité des espèces, le travail de conservation et l’espoir que représente chaque naissance pour la biodiversité mondiale.

Cazenove maîtrise l’art du gag en une page, structurant ses récits avec une efficacité redoutable. Les situations cocasses s’enchaînent sans jamais perdre de vue l’aspect pédagogique qui fait la singularité de la série. Bloz, quant à lui, donne vie à cette galerie d’animaux avec un trait expressif et chaleureux, rendant immédiatement sympathiques des espèces aussi variées que la girafe, le koala ou le dodo. Le duo fonctionne parfaitement, chacun apportant sa touche à un équilibre entre divertissement et information.

Avec ce tome 7, la série confirme son statut de valeur sûre pour les lecteurs à partir de 7 ans, mais aussi pour leurs parents, sensibles au message de protection des espèces qui irrigue chaque planche.

Extrait de la BD :

Planche Le Zoo des Animaux Disparus Tome 7


couverture Le Zoo des Animaux Disparus T7 Résumé éditeur :

Le nouveau tome du zoo le plus célèbre de la BD !

Dans ce parc hors du commun, dédié aux animaux éteints et menacés, la vie trouve toujours un chemin. Entre éclosions délicates, premiers pas hésitants et équipes de soigneurs entièrement mobilisées, chaque naissance devient un événement. Mais redonner une chance à ces espèces fragiles est un défi de tous les instants. Avec ce septième tome, Le Zoo des Animaux Disparus célèbre ces victoires aussi précieuses que spectaculaires. Car derrière chaque nouveau-né se cache bien plus qu’un miracle : un espoir concret pour la biodiversité. Observer, comprendre, protéger… autant de missions essentielles qui font de ce parc un symbole vibrant de résilience et d’engagement pour le vivant.

Date de parution : 27 mai 2026
Auteurs : Cazenove (scénario) & Bloz (dessin)
Éditeur : Bamboo Édition
Collection / Série : Le Zoo des Animaux Disparus – Humour / Aventure jeunesse
Format / Pages : Cartonné – 48 pages
Prix indicatif : 11,90 €

[BD] Le Comte de Monte-Cristo – Édition prestige, d’Alexandre Dumas, adapté par Patrick Mallet & Bruno Loth (Delcourt)

[BD] Le Comte de Monte-Cristo – Édition prestige, d’Alexandre Dumas adapté par Patrick Mallet & Bruno Loth (Delcourt Jeunesse)

Couverture Le Comte de Monte-Cristo édition prestige Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas est l’un des romans les plus vendus de l’histoire de la littérature mondiale. Depuis sa parution en feuilleton de 1844 à 1846, l’histoire d’Edmond Dantès — jeune marin injustement emprisonné qui, devenu richissime, orchestre une vengeance magistrale contre ses ennemis — a traversé les siècles et les frontières. Sa transposition en bande dessinée par Patrick Mallet au scénario et Bruno Loth au dessin, publiée initialement aux éditions Soleil en 2023, avait déjà séduit un large public. Cette nouvelle édition prestige chez Delcourt Jeunesse offre une version enrichie et rehaussée d’une fabrication soignée, dans un format généreux dos toilé et dorure en couverture.

Patrick Mallet, scénariste habitué aux adaptations littéraires (Vathek, Smarra, Achab…), condense avec intelligence les différentes intrigues du roman de Dumas sans en trahir l’esprit. La montée en puissance d’Edmond, sa métamorphose en Comte de Monte-Cristo, ses manœuvres implacables contre Fernand Mondego, Danglars et Villefort sont restituées avec une efficacité narrative remarquable. La densité du roman originel est préservée dans une forme accessible à un public jeune et adulte.

Bruno Loth apporte à l’ensemble une ambiance visuelle remarquable : son trait fluide et expressif convoque la Marseille du XIXe siècle, les geôles du château d’If, les salons parisiens et les îles méditerranéennes avec authenticité. Les cadrages dynamiques et la palette de couleurs soigneusement choisie servent habilement l’adaptation.

Cette édition prestige représente un beau cadeau intergénérationnel et une excellente porte d’entrée vers l’œuvre de Dumas pour les lecteurs plus jeunes. Elle réaffirme aussi la valeur patrimoniale du titre comme l’avait fait récemment le film éponyme avec Pierre Niney auprès des nouvelles générations.

Extrait de la BD :

Planche extrait Le Comte de Monte-Cristo édition prestige


couverture Le Comte de Monte-Cristo édition prestige Résumé éditeur :

Une édition prestige en bande dessinée d’un grand classique de la littérature

Tout juste promu capitaine, Edmond Dantès rentre à Marseille pour y épouser la belle Mercédès. Mais trois amis jaloux fomentent un plan qui le conduit en prison à perpétuité. Il parvient à s’évader, détenteur du secret de son voisin de cellule, l’abbé Faria, qui lui a confié l’emplacement d’un trésor. Richissime et libre, il prend l’identité du Comte de Monte-Cristo et organise sa vengeance…

Date de parution : 21 mai 2026
Auteurs : Patrick Mallet (scénario) & Bruno Loth (dessin)
D’après l’œuvre de : Alexandre Dumas
Éditeur : Delcourt Jeunesse
Format / Pages : Album cartonné – 112 pages (226 x 298 mm)
Prix indicatif : 20,50 €

[BD] Les Âges d’Or de Picsou – Tome 2 (Collectif Disney, Glénat)

Les Âges d'Or de Picsou - Tome 2 - Couverture - GlénatLes Âges d’Or de Picsou – Tome 2 s’inscrit dans une collection ambitieuse signée Glénat qui célèbre, au cœur du patrimoine Disney, l’un des personnages les plus emblématiques du neuvième art : Balthazar Picsou. Créé par Carl Barks en 1947, le canard le plus riche du monde — pingre, caustique, irrémédiablement attaché à son coffre-fort débordant de pièces d’or — a depuis longtemps dépassé les frontières strictes du comics pour s’installer dans le langage courant et l’imaginaire collectif. Ce deuxième volume prolonge l’aventure éditoriale entamée avec le tome 1 paru en novembre 2025, et réunit des récits incontournables sous les pinceaux des plus grands maîtres Disney, dans une fabrication soignée de 208 pages couleurs au format généreux.

La proposition de cette anthologie réside dans son panorama : retrouver, dans un seul volume, des histoires emblématiques signées par les figures tutélaires de l’univers Picsou. Les Âges d’Or de Picsou T2 met à l’honneur Carl Barks lui-même — avec des classiques absolus tels que La Terreur des Rapetou (1951) ou Picsou contre Gripsou (1956) — mais aussi Romano Scarpa, Don Rosa, Flemming Andersen, Marco Rota, Tony Strobl, Daniel Branca, Giorgio Cavazzano ou encore Lars Jensen. Chacun y apporte sa patte, son sens du rythme, sa lecture du personnage, et ce mélange irrésistible d’aventure, d’humour caustique et de fantaisie qui a forgé la légende du milliardaire le plus avare de la bande dessinée mondiale.

Au fil des pages, on retrouve Picsou aux prises avec sa galerie d’adversaires légendaires — les Rapetou, Gripsou, Flairsou, Miss Tick — souvent secondé (parfois agacé) par Donald et ses trois neveux Riri, Fifi et Loulou. Les récits proposés couvrent une période allant des années 1950 à 2002, offrant ainsi un véritable tour d’horizon esthétique et narratif : de la pureté graphique du trait de Barks aux compositions plus modernes de Scarpa, en passant par la précision quasi historique de Don Rosa. Le format 20 × 27,5 cm rend pleinement justice aux planches et la quadrichromie restitue avec éclat les ambiances variées des aventures, qu’elles se déroulent dans le coffre rempli de pièces d’or, au fin fond du Klondike ou dans des contrées exotiques.

À 19 € les 208 pages, l’éditeur signe ici un objet accessible qui s’adresse autant aux collectionneurs de longue date qu’aux parents désireux de transmettre à leurs enfants un patrimoine bande dessinée incontournable — sans oublier les néophytes curieux de découvrir l’œuvre d’un Carl Barks par sa porte d’entrée la plus naturelle. Après le très réussi La Grande Histoire de Picsou consacré exclusivement à Don Rosa, Glénat poursuit avec cette anthologie son travail de référence sur l’univers du canard et confirme, s’il en était besoin, que Picsou demeure l’un des plus formidables personnages que la bande dessinée ait inventés.

Les Âges d'Or de Picsou - Tome 2 - Couverture - Glénat

Les Âges d'Or de Picsou - Tome 2 - Couverture - Glénat

Résumé éditeur :

3 grandes collections pour 3 grands personnages !

Créé par Carl Barks en 1947, Picsou, le canard le plus riche du monde qui aime à plonger dans son coffre-fort rempli de pièces d’or, s’est imposé comme un des personnages emblématiques de l’univers Disney. Pingre et colérique, son nom est même passé dans le langage courant ! Aux prises avec Flairsou, Gripsou, Miss Tick ou les Rapetou, souvent accompagné de Donald et de ses 3 neveux, Picsou est le héros de ce que beaucoup considèrent comme les plus belles histoires de l’univers Disney.

Présentée dans une fabrication soignée de 208 pages, la collection des Âges d’or de Picsou rassemble les récits incontournables du canard à l’avarice légendaire sous les pinceaux des plus grands artistes Disney parmi lesquels : Flemming Andersen, Daniel Branca, Carl Barks, Giorgio Cavazzano, Lars Jensen, Romano Scarpa…

Date de parution : 20 mai 2026 Prix : 19,00 €
Auteurs : Collectif Disney (Carl Barks, Romano Scarpa, Don Rosa, Marco Rota…) EAN : 9782344070697
Éditeur : Glénat – Disney / Les Grands Maîtres Pages : 208 pages, couleurs
Format : 20 × 27,5 cm Collection / Série : Les Âges d’Or de Picsou – Tome 2

Tu vas adorer (Sarbacane)

Tu vas adorer (Sarbacane)

Tu vas adorer est un album plein d’humour, écrit et joliment illustré par Marta Orzel.
C’est l’histoire d’une jeune femme qui va partir en voyage, et cette fois-ci, elle emmène son chien, Hercule. Hercule est un bouledogue français qui fait facilement « la tronche » !
Elle l’emmène sur un bateau, il n’a pas l’air vraiment content ! Ensuite, ils partent en randonnée et doivent escalader la montagne. Là encore, ce n’est pas vraiment le rêve d’Hercule ! Il s’épuise vite ! Mais c’est sûr, il va adorer !
Bref, la maîtresse d’Hercule adore, mais le chien…
Tu vas adorer est un très joli album qui fait sourire ! Avec des illustrations très expressives !

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Infos de l’éditeur :

Date de parution : Avril 2026
Auteur : Marta Orzel
Illustrateur : Marta Orzel
Editeur : Sarbacane
Prix : 15,50 €

[MANGA] Alice au-delà des étoiles – Tome 1, de Kiko Urino (Glénat)

Alice au-delà des étoiles Tome 1 Kiko Urino Glénat[MANGA] Alice au-delà des étoiles – Tome 1, de Kiko Urino (Glénat)

Alice au-delà des étoiles ne ressemble à aucun autre manga de science-fiction. Là où le genre privilégie souvent l’action ou le spectacle, Kiko Urino choisit l’intime, l’obstination et la croissance humaine pour raconter l’histoire d’une jeune fille qui rêve de toucher les étoiles.

Alice est une collégienne intelligente mais perçue comme « semilingue » : ni vraiment japonaise ni vraiment étrangère, elle grandit entre deux langues et deux cultures, sans trouver pleinement sa place. Fille de parents japonais ayant grandi à l’étranger, elle se voit promettre par sa mère un destin hors du commun — devenir astronaute. Ce rêve, qu’elle s’approprie avec une détermination farouche, devient le fil conducteur d’un récit à la fois personnel et universel.

Ce premier tome pose les bases avec une efficacité remarquable. Kiko Urino ne cherche pas à impressionner par l’ambition visuelle ou les effets spectaculaires. Son trait, clair et expressif, accompagne une narration centrée sur le quotidien d’Alice : l’école, les amitiés qui se forment, les obstacles qui surgissent — et la façon dont cette jeune fille les affronte avec une énergie communicative. La dynamique entre Alice et son camarade de classe Syoko, sorte de rival-complice, est particulièrement bien trouvée : elle insuffle au récit une tension légère mais constante, qui maintient l’intérêt sans tomber dans le conflit artificiel.

Ce qui distingue Alice au-delà des étoiles, c’est son engagement thématique. Le manga aborde frontalement la question du bilinguisme, de l’identité culturelle et de la place que l’on s’accorde dans un monde qui aime les cases. Alice ne rentre dans aucune case, et c’est précisément ce qui la rend attachante. Son rêve d’astronaute n’est pas une échappatoire : c’est une affirmation. Devenir la première femme commandante de bord japonaise, c’est s’imposer dans un espace — celui des étoiles comme celui de la société — qui ne semblait pas lui être destiné.

Kiko Urino signe ici une œuvre qui porte un message fort sur la persévérance, l’appartenance et le dépassement de soi, sans jamais tomber dans la leçon de morale facile. Le récit avance avec fluidité, les personnages sont bien campés dès ce premier volume, et l’univers — ancré dans le Japon contemporain tout en gardant les yeux tournés vers le cosmos — offre un cadre original et stimulant.

Un premier tome qui convainc et qui donne résolument envie de suivre Alice dans son voyage vers les étoiles.

Résumé éditeur :

Sur le point d’entrer au collège, Alice est une jeune fille intelligente mais « semilingue » : née de parents japonais ayant grandi à l’étranger, elle ne maîtrise aucune des deux langues, que ce soit le japonais ou l’anglais. Commence pour la jeune Alice un parcours semé d’embûches. Mais sa mère lui a promis de l’aider à réaliser son rêve : devenir astronaute — et plus précisément, devenir la première astronaute japonaise commandante de vaisseau spatial, pour l’humanité.

📚 Fiche éditeur

Titre Alice au-delà des étoiles – Tome 1
Auteur Kiko Urino
Traducteur Djamel Rabahi
Éditeur Glénat Manga
Éditeur d’origine Shogakukan
Collection Seinen
Nombre de pages 208 pages
Format 133 × 181 mm
Date de parution 20 mai 2026
EAN 9782344073001
Prix 7,90 €

Adya et Otto van Rees, l’avant-garde en perpétuel mouvement

Adya et Otto van Rees, l’avant-garde en perpétuel mouvement
Adya van Rees-Dutilh, Dieu avertit, 1929
Broderie en laine • 190 × 234 cm • Coll. Textiel Museum, Tilburg • © Adagp, Paris, 2026

Dans les salles du Musée de Montmartre, les couleurs semblent arriver avant les œuvres. Elles flottent, avancent par vagues, par fractures, par éclats successifs, comme si tout le premier XXe siècle européen s’était dissous dans une même vibration picturale.

« Adya & Otto van Rees. Au cœur des avant-gardes » ne raconte pas seulement le parcours d’un couple d’artistes ; l’exposition donne à voir un art en état de mutation permanente, un art qui refuse obstinément de se fixer. Ici, chaque toile paraît quitter une esthétique au moment même où elle s’en empare.

Il y a chez Otto van Rees quelque chose d’un sismographe du modernisme. Le regard passe d’un héritage nabi à des audaces fauvistes, glisse vers des constructions cubistes avant de rejoindre des territoires proches de l’abstraction géométrique.

Mais cette traversée des styles n’a rien d’un catalogue académique des avant-gardes. Otto van Rees peint comme on traverse une frontière sans cesse mouvante. Ses tableaux gardent la trace du déplacement.

Une nature morte peut soudain devenir architecture mentale ; un portrait se fissure sous l’effet de la couleur ; un paysage semble déjà rêver sa disparition dans le signe pur.

Et puis surgit Adya van Rees, peut-être la véritable révélation de l’exposition. Son œuvre possède cette modernité rare qui paraît avoir attendu son époque pour être pleinement regardée.

Dans ses textiles, ses compositions décoratives, ses broderies abstraites, les lignes s’émancipent de toute fonction ornementale pour devenir rythme, pulsation, presque partition musicale.

Habiter la rupture

On pense parfois au Bauhaus, parfois à Sonia Delaunay, parfois même à certaines recherches contemporaines sur le motif et le geste féminin réhabilité. Pourtant Adya échappe à toutes les filiations trop simples. Elle invente une abstraction sensible, domestique et cosmique à la fois.

L’exposition a l’intelligence de ne jamais figer les artistes dans un récit héroïque des avant-gardes. Au contraire, elle montre combien ces mouvements furent poreux, mobiles, traversés de dialogues constants.

Le divisionnisme converse avec le cubisme, l’art décoratif avec la peinture de chevalet, l’intime avec l’expérimental. On voit les styles se contaminer les uns les autres, comme si la modernité n’était finalement qu’une immense circulation d’idées, de formes et de désirs.

On est saisi par l’incroyable contemporanéité de l’ensemble. Beaucoup de pièces semblent avoir été créées hier.

Certaines compositions textiles d’Adya pourraient dialoguer avec l’art conceptuel ou le design contemporain. Certains tableaux d’Otto possèdent cette fragmentation du regard que l’on retrouve aujourd’hui dans notre manière même de percevoir le monde : discontinue, accélérée, instable.

Le Musée de Montmartre transforme alors cette redécouverte historique en expérience presque physique. Les avant-gardes cessent d’y être des écoles successives soigneusement rangées dans les livres d’art.

Elles redeviennent une matière vivante, inquiète, électrique. Une façon d’inventer de nouvelles perceptions pour un siècle qui basculait déjà dans la vitesse, les ruptures et les métamorphoses.

« Au cœur des avant-gardes » réussit à montrer que la modernité ne naît pas seulement des grands manifestes ou des figures consacrées, mais aussi de ces artistes en circulation, de ces créateurs nomades qui ont fait de l’hybridation un territoire esthétique.

Chez Adya et Otto van Rees, les styles ne s’additionnent jamais. Ils explosent, se répondent, se réinventent. Et c’est précisément dans cette instabilité que leur œuvre trouve aujourd’hui sa jeunesse intacte.

Dates : du 20 mars au 13 septembre 2026 – Lieu : Musée Montmartre (Paris)

[BD] La Légende des Stryges – Tome 2 : Les Eaux du Chaos, de Corbeyran, Bègue & Fabbro (Delcourt)

[BD] La Légende des Stryges – Tome 2 : Les Eaux du Chaos, de Corbeyran, Bègue & Fabbro (Delcourt)

Couverture La Légende des Stryges Tome 2
Après sept ans d’absence depuis la fin du Chant des Stryges, Éric Corbeyran avait relancé en 2025 sa saga fantastique avec un diptyque ambitieux intitulé La Légende des Stryges. Le premier tome avait posé les bases d’un récit ancré dans la Belle Époque, mêlant occultisme, secrets d’État et créatures surnaturelles issues d’un passé trouble. Ce second et dernier volume, Les Eaux du Chaos, vient conclure.

Sardin et Bernat se retrouvent en Bavière, accueillis par un aristocrate versé dans l’occultisme qui met à leur disposition sa prodigieuse bibliothèque pour percer le mystère du liquide noir découvert dans les sarcophages des Stryges. Pendant ce temps, les ambitions militaires de l’empire germanique rôdent autour de cette substance, pressentant son potentiel dévastateur. Corbeyran entremêle habilement les fils narratifs — quête scientifique, intrigues politiques, révélations occultes — pour offrir un dénouement tendu et satisfaisant, fidèle à l’esprit de l’univers des Stryges.

Nicolas Bègue, au dessin, confirme dans ce second tome la réussite de sa prise en main de la franchise. Son trait travaillé, aux ambiances nocturnes et brumeuses, s’inscrit dans la continuité du travail fondateur de Richard Guérineau, tout en apportant sa propre sensibilité visuelle. Les décors bavarois et les scènes d’action bénéficient d’un soin particulier, renforçant l’immersion dans cette Europe fin de siècle si caractéristique de la série. La colorisation de Fabbro parachève l’ensemble avec des teintes mélancoliques parfaitement adaptées.

Cette conclusion du diptyque satisfera les amateurs de la saga, qui retrouveront avec plaisir l’univers sombre et fascinant des Stryges. Un album qui honore l’héritage tout en ouvrant des perspectives pour de futures aventures.

Extrait de la BD :

Couverture La Légende des Stryges Tome 2


couverture La Légende des Stryges T2 Résumé éditeur :

Conclusion du diptyque de La Légende des Stryges

Dans cette conclusion du diptyque de La Légende des Stryges, Sardin cherche à dévoiler la nature du liquide noir dans lequel baignaient les Stryges. Mais cette substance attise des convoitises bien au-delà de la recherche scientifique, et devient un enjeu de pouvoir au sommet de l’État. En Bavière, Sardin et Bernat sont accueillis par Kaspar von Harbow, aristocrate versé dans l’occultisme, qui les aide à étudier le liquide noir découvert dans les sarcophages des Stryges. Grâce à l’immense bibliothèque de leur hôte, Sardin tente d’en percer les mystères. Pendant ce temps, Sandor G. Weltman propose à l’empereur Guillaume de Prusse de transformer cette substance redoutable en arme de guerre.

Date de parution : 21 mai 2026
Auteurs : Éric Corbeyran (scénario), Nicolas Bègue (dessin) & Fabbro (couleurs)
Éditeur : Delcourt
Collection / Série : Machination – Fantastique / Occultisme
Format / Pages : Cartonné – 56 pages
Prix indicatif : 15,50 €

[BD] Mes Cop’s – BD audio, de Christophe Cazenove & Philippe Fenech (Bamboo Édition)

[BD] Mes Cop’s – BD audio, de Christophe Cazenove & Philippe Fenech (Bamboo Édition)

Couverture Mes Cop's BD audio
Depuis 2013, Mes Cop’s s’est imposée comme l’une des séries humoristiques incontournables du catalogue Bamboo Édition. En seize tomes, Christophe Cazenove (scénariste des Sisters et des Petits Mythos) et Philippe Fenech ont su capturer avec un regard tendre et espiègle la vie d’une bande de lycéennes aux caractères bien trempés, menées par la pétillante Jessica. La série, vendue à près d’un million d’exemplaires, franchit aujourd’hui une nouvelle étape en se réinventant sous un format inédit : la BD audio.

Cet album inaugural dans ce format propose une expérience de lecture immersive et originale. En scannant le QR code intégré à l’album, les lecteurs accèdent à une application gratuite qui enrichit les planches de bruitages, de musiques et de dialogues interprétés par des comédiens professionnels. L’humour visuel si caractéristique de la série se double ainsi d’une dimension sonore qui plonge dans l’atmosphère des aventures de Jessica et ses amies. Une façon inédite de savourer la BD, bien que cela puisse perturber au début !

Le trait de Philippe Fenech, dynamique et expressif, se prête parfaitement à cette hybridation. Les expressions outrancières des personnages, les situations absurdes et les gags bien ficelés de Cazenove trouvent dans la voix des acteurs une nouvelle résonance. Le concept de « BD à lirécouter » est astucieux et répond à une tendance forte : celle de l’audio, qui touche désormais toutes les formes culturelles. Bamboo Édition réussit ici à moderniser son offre sans trahir l’esprit potache et bienveillant qui fait le charme de la série depuis ses débuts.

Ce premier tome BD audio est une belle porte d’entrée pour ceux qui découvrent Jessica et sa bande, comme pour les fans de longue date qui retrouveront leurs personnages favoris sous un angle nouveau. Une expérience fraîche et amusante, idéale à partir de 7 ans.


couverture Mes Cop's BD audio Résumé éditeur :

La BD qui se lit… et s’écoute !

Prêts à retrouver Jessica et ses Cop’s comme vous ne les avez jamais vécues ? Cet album propose une expérience immersive où la lecture prend une toute nouvelle dimension. Il suffit de scanner le QR code avec votre smartphone pour accéder à une application gratuite et plonger au cœur de l’histoire. Bruitages, musiques et dialogues interprétés par des comédiens donnent vie à chaque scène et renforcent l’humour déjà culte de la série. Une façon inédite de savourer la BD… et de déclencher quelques fous rires, même en pleine salle d’étude !

Date de parution : 27 mai 2026
Auteurs : Christophe Cazenove (scénario) & Philippe Fenech (dessin)
Éditeur : Bamboo Édition
Collection / Série : Mes Cop’s – BD audio / Humour jeunesse
Format / Pages : Cartonné – 48 pages
Prix indicatif : 11,90 €

[BD] L’Évasion de Colditz – Tome 1, de Salva Rubio & Alejandro Gonzalez (Glénat)

L'Évasion de Colditz, couverture [BD] L’Évasion de Colditz – Tome 1, de Salva Rubio & Alejandro Gonzalez (Glénat)

Avec L’Évasion de Colditz, premier tome d’une nouvelle série historique signée par le scénariste Salva Rubio et le dessinateur Alejandro Gonzalez, les éditions Glénat s’attaquent à l’un des mythes les plus tenaces de la Seconde Guerre mondiale : Colditz, cette forteresse saxonne dont le IIIe Reich avait fait, sur le papier, la prison la mieux gardée d’Europe. Sortie le 20 mai 2026 dans la collection 24×32, cette bande dessinée historique remet en lumière une page rocambolesque du conflit, longtemps cantonnée à la culture britannique du POW story et restée largement absente des récits francophones.

Le château de Colditz, transformé en Oflag IV-C, abritait dès 1940 ces officiers alliés que les Allemands qualifiaient pudiquement d’ « incorrigibles » : autrement dit, ceux qui s’étaient déjà évadés d’autres camps. La propagande nazie en avait fait un symbole. Douves, paroi à pic de plusieurs dizaines de mètres, garnison surarmée : Colditz était officiellement inviolable. Dans les faits, la place forte détient le record paradoxal du plus grand nombre d’évasions réussies de tout le système concentrationnaire militaire allemand. C’est ce contraste, entre image de marque et réalité, qu’L’Évasion de Colditz entreprend de raconter, en s’appuyant sur des tentatives toutes attestées par les archives.

Le récit suit Gérard Bonaventure, pilote français engagé dans la Royal Air Force et capturé dès 1939. Évadé en série, il est envoyé en dernier recours derrière les murs de Colditz, où l’attend le lieutenant Wagner — un geôlier méthodique qui promet à chaque nouveau venu la même partie d’échecs : tenter sa chance pendant que lui fera tout pour la déjouer. Le sous-titre du tome, « Zugzwang », emprunté au lexique des échecs et désignant la position où chaque coup affaiblit le suivant, donne le ton : on est ici dans le duel psychologique où chaque tentative devient un acte politique de résistance.

À Colditz se côtoient Britanniques, Polonais, Hollandais, Belges et Français. Salva Rubio — par ailleurs scénariste du remarqué Photographe de Mauthausen et docteur en histoire — exploite cette mosaïque pour camper une véritable galerie de personnages, dont le capitaine Fournier, qui prend rapidement Bonaventure sous son aile. L’esprit du livre lorgne autant du côté de La Grande Évasion de John Sturges que de la mécanique horlogère d’une série comme Prison Break : tunnels improbables, planques, déguisements, ingénierie clandestine bricolée avec les moyens du bord. Mais l’auteur, fidèle à son sérieux documentaire, ne sacrifie jamais l’exactitude à l’effet : chaque dispositif présenté ici s’inspire d’une évasion réellement tentée — et parfois réussie — par les officiers prisonniers du château.

Côté graphique, Alejandro Gonzalez impose un style ample et coloré, héritage assumé de sa formation aux beaux-arts de Salamanque puis de son passage par le comic indépendant américain (Image, DC). Son trait précis sert aussi bien les vues d’ensemble de la forteresse au crépuscule que les mises en scène claustrophobes des coursives et des souterrains. La palette, dominée par des rouges sang et des ocres minéraux, n’esquive jamais le motif chargé — le drapeau à croix gammée occupe d’ailleurs la moitié de la couverture — mais l’utilise comme une présence oppressante plutôt que comme décor de plateau. Le grand format 24 × 32 cartonné met particulièrement bien en valeur ce travail de planches généreuses, déjà très cinématographiques, traduit avec finesse par Satya Daniel.

Premier opus d’un récit prévu en deux volets, L’Évasion de Colditz – Tome 1 : Zugzwang pose des fondations solides : sérieux historique, mise en scène nerveuse, personnages bien campés, ton qui sait alterner la tension et l’humour de connivence entre prisonniers. On le recommandera sans hésitation aux amateurs de bande dessinée historique exigeante, et tout particulièrement à celles et ceux qui auront apprécié Le Choc des tyrans ou la série Guerres secrètes de Philippe Richelle. Une chronique d’évasion qui, en filigrane, parle aussi de résistance morale — autrement dit de cette guerre-là qu’on continuait à mener, même quand toutes les autres armes vous avaient été retirées.

A lire !
L'Évasion de Colditz, couverture

L'Évasion de Colditz, couverture Résumé éditeur :

Comment s’évade-t-on de la prison la mieux gardée du IIIe Reich ?

Allemagne, 1939. Gérard Bonaventure, pilote français engagé dans la Royal Air Force, est capturé par les nazis. Connu pour s’être échappé de plusieurs camps de prisonniers, il est transféré cette fois vers un lieu dont personne ne s’évade : Colditz. Les nazis ont fait de ce château une prison inviolable ! Mais pour Bonaventure, la guerre ne s’arrête pas là. Il garde une mission en tête : voler de nouveau. Dans ce bastion perché sur un précipice, il va découvrir un monde à part : un lieu où l’honneur, la ruse et la volonté de s’évader deviennent les seules armes face à l’ennemi… Car dès son arrivée, le lieutenant Wagner lui lance un défi : tenter de s’échapper tandis que lui fera tout pour l’en empêcher. La joute mentale, entre stratégie, humour, tension et fraternité, ne fait que commencer. À Colditz, les nationalités se croisent. Quand Bonaventure rencontre le capitaine Fournier et le groupe des Français, l’ingéniosité de cette équipe va mettre à l’épreuve la réputation de Colditz. Ensemble, ils vont élaborer des plans à peine croyables, du plus simple au plus extravagant…

Date de parution : 20 mai 2026
Scénario : Salva Rubio
Dessin : Alejandro Gonzalez
Couleurs : Alejandro Gonzalez
Traduction : Satya Daniel
Éditeur : Glénat
Collection : 24×32
Format / Pages : 24 × 32 cm – 104 pages, couleurs
Prix indicatif : 19,00 €
EAN : 9782344062517

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